mercredi 1 octobre 2014

"Win win lose lose" on the one hand. "Yom hadin" on the other hand.



Quand Abbou Mazen accuse à l'ONU les israéliens de commettre un génocide et d'être un état d'apartheid, c'est win win :

- c'est un double et énorme mensonge, et il en est parfaitement conscient, mais :

- il est un homme politique et ne doit donc, de son point de vue, aucun compte aux notions de vérité et mensonge. Il doit "marquer des points".

- il sait qu'il frappe sous la ceinture des juifs et des israéliens, qui s'étrangleront de fureur à chaque fois qu'il utilisera contre eux ainsi des termes qui sont encore au centre de leur subjectivité et de leur identité nationale et tripale, qui sont leur point faible.

- il sait que ces termes seront repris par les antisémites et néga-sionistes qui s'en délectent comme de mets succulents.

- il sait que les imbéciles souvent nés juifs et introduits depuis le biberon à la névrose existentielle s'identifieront immédiatement et donneront sans réfléchir dans la culpabilité instinctive. Eux qui ne sont jamais venus en Israël - pensez! l'état voyou, édifié sur les ruines de l'antique civilisation palestinienne - se rendront tout de suite à Ramallah et applaudiront la première analogie qui sera faite entre les camps ( réfugiés - concentration à la Saramago ou autres), en auront pour leur argent d'impression de colonialisme, de ségrégation et autres horreurs faites israéliennes.

-et il sait que le sujet fait recette, qu'il bénéficie de l'aura de la lutte des faibles contre les forts, les colorés contre les blancs, les colonisés contre les colonisateurs. La tactique Arafat de maintenir les palestiniens au statut de réfugiés et de ne surtout pas les hisser ou les développer a porté ses fruits. Les mangeurs de frites de la fête de l'huma. continuent à "acheter" et à descendre le boulevard Voltaire en portant la banderole - mitée, pensez! Après quarante ans...- du droit des palestiniens à l'autodetermination.

Et donc," à la Goebbels": "mentez ! Il en restera forcément quelque chose", il remet régulièrement une couche, et ça passe.


Quand Bibi parle à la même tribune, il ne vient que très indirectement en homme politique. Il vient tout d'abord s'égosiller à prouver que son armée est morale, et il le dit du fond des tripes, et il est tellement persuadé d'avoir raison qu'il oublie qu'il est politicien. Il redevient adolescent, sûr que comme il dit la vérité, il va forcément être cru et convaincre. C'est ce qui le place aussitôt en position d'infériorité, et cela contribue à détériorer sa crédibilité.

Le menteur a d'entrée de jeu une longueur d'avance, il a placé l'autre qui plaide l'integrité en position de devoir se défendre.

J'ai été frappé au début de l'été de découvrir sur un blog ouvertement propalestinien le jugement de Salomon placé comme en exergue. 

Je me suis demandé comment ce jugement de Salomon pouvait "appuyer" la thèse palestinienne, alors qu'il me saute régulièrement à l'esprit, pour appuyer le bon droit du sionisme justement.

La différence de vision résulte des différences de topiques selon lesquelles sont positionnés les protagonistes.

Celui qui s'attache aux éléments matériels et concrets du jugement de Salomon voit surtout l'enfant, dont une "mère" est légitime et l'autre non, comme l'objet du conflit. Cet enfant n'a pas de vie, il est le décor.  Aux yeux de ce premier protagoniste, celle qui accepte de le couper en deux se trouve dévoilée du fait de cette acceptation. Elle a mal joué.  
A ses yeux, la mère légitime est celle qui ne peut supporter l'idée de partager. Elle est vouée à celui qu'elle aime mais il ne compte pas en tant que lui-même, il est objet, l'objet du conflit. 

Selon cette topique, celui qui remplace "enfant" par "terre", voit comme illégitime le peuple qui accepte de partager la terre. Le peuple qui refuse le partage devient ipso facto à ses yeux le véritable propriétaire.

A l'inverse, l'autre protagoniste est positionné tout autrement. Celui qui met au premier plan les sentiments, la moralité, l'amour maternel, voit autrement le jugement, et fait à l'envers la retranscription au conflit israélo-palestinien : la mère illégitime tout à son argumentation "jette l'enfant avec l'eau du bain", prouve qu'elle n'a en fait aucun sentiment pour le bébé, tandis que la mère légitime met en premier plan la vie de l'enfant et préfère renoncer à le posséder pourvu qu'il vive. 
Selon cette topique, la possession est secondaire, c'est la fructification qui compte. Et le roi Salomon rend la vraie justice. Il ne récompense pas le plaideur mais il rend l'enfant à sa vraie mère, celle qui l'aime vraiment et qui ainsi prouve qu'elle est la vraie mère.

A mes yeux, les palestiniens qui n'ont jamais investi ni dans leur peuple, ni dans le développement, les propalestiniens qui voient un casus belli dans le développement des infra structures dans les territoires, prouvent par cela même que la vie du bébé ne compte aucunement pour eux. On pourrait ainsi se demander en quoi les dérangerait de recevoir en aboutissement d'hypothétiques négociations un pays déjà développé plutôt qu'un désert. 

Celui qui investit dans le développement et l'embellissement du pays, ainsi que dans la situation matérielle et spirituelle de ses habitants, celui qui a fait fleurir le désert fait montre de son authentique lien à la terre et à l'histoire, ainsi que de son authentique motivation. "les oliviers appartiennent à ceux qui les travaillent" disait Paco Ibanez.

Celui qui vise en premier lieu à discréditer, n'hésitant à utiliser aucun terme, aucune analogie fut-elle la plus horrible, est analogue à mes yeux à celle qui est prête à tout pour avoir raison, fusse au prix de la vie d'un enfant.

Et celui qui est avant tout attaché à sa propre moralité est hors jeu. Il n'aura gain de cause qu'au tribunal de Salomon. 

La tribune internationale, dont l'amphithéatre de l'ONU est la triste caricature, en est la plus flagrante antithèse. Chez elle, il ne s'agit pas de légitimité, de sentiments ou de sens commun, il s'agit d'une scène, d'un jeu, dans lequel il y a des perdants et des gagnants, un jeu qu'il faut gagner à tout prix.

Se battre en duel sur cette pseudo scène internationale n'a probablement aucun sens. Cela ne veut pas seulement dire qu'il n'y a là-bas aucune chance de gagner, cela veut surtout dire qu'il n'y a aucun interêt à essayer de gagner là-bas, dans ce casino où les dés sont pipés.

La "convocation d'automne" comme l'appelait Daniel Baroukh, est entre autres là pour nous rappeler que la situation n'est pas une situation de win ou de lose. Elle est plus complexe, elle a d'autres ramifications, de plus profonds enjeux, elle n'est pas qu'horizontale, et ne tient que peu aux qualités oratoires de ses protagonistes.

jeudi 18 septembre 2014

fin d'année, début d'année. Prière de vie, message d'adieu. Pour Martine zal.


Hanna  est la mère de Samuel, au nom duquel deux grands livres marquent le centre de la Bible.

Samuel marque un tournant décisif de l'histoire juive : celui du véritable début de l'histoire politique du premier état juif.

Le peuple d'Israël sort ainsi d'Egypte conduit par Moïse, et entre en terre de Canaan, après 40 ans passés dans le désert - 40 ans marqués en particulier par le Don de la Torah et l'institution de la prêtrise - et la disparition de ce dernier.

Une entrée qui est une conquête militaire, menée par Josué, et qui débouche sur une période d'environ 400 ans, marquée par le flottement et l'absence de direction politique continue, comme l'exprime le verset "à cette époque, il n'y a pas de roi en Israël, chacun agit à sa guise, en fonction de ce qui parait droit à ses yeux"(Juges 17-8 et 21-25)

Période dite des Juges, ces derniers ne rendant pas la justice à proprement parler , mais jouant le rôle à chaque fois provisoire de justicier du peuple d'Israël, sans vraiment instaurer d'institutions politiques et sociales.

Samuel est le dernier des Juges et il nomme Saül, le premier roi d'Israël.

Il naît d'une prière, ou tout au moins la prière de sa mère est évoquée avec une telle emphase que cela nous suggère qu'elle n'est peut-être pas moins centrale que celui qui en est né.

On lit chaque année cette prière chaque année le jour de Roch Hachanah, en haftarah de la lecture où est décrite l'annonce de la naissance d'Itshak, annoncėe à Avraham et Sarah par les anges.

Deux naissances en parallèle, deux naissances qui marquent un tournant majeur de l'Histoire. Itshak est le premier fils né dans un monde ayant eu accès au monothéïsme, il participe à l'instauration du peuple juif. Samuel instaure dirait-on l'état juif.

Les deux évènements ont ėté juxtaposés à Roch Hachanah, jour anniversaire de l'instauration du monde.

Comme pour dire : Instauration par Création divine, naissance par Création divine.

Création que l'on accrédite du caractère "ex nihilo" (יש מאין), mais tout en véhiculant oralement la tradition que le monde a été créé sur les ruines d'autres mondes l'ayant précédé. 

Un peu comme s'il s'agissait d'une création-tournage de page.

Chaque année, j'aborde quant à moi Roch Hachana avec en boucle dans ma tête la mélodie de ce cantique par lequel s'ouvrait la prière de Roch Hachana dans la synagogue de mon enfance : "akhot ketana" poème écrit par Rav Hazan de Gérone au treizième siècle, et dont j'ai déjà parlé dans ce même blog.

On entame la nouvelle année un peu comme en pansant les plaies de celle qui s'achève, en implorant le ciel que l'année qui vient soit année de bénédictions, année d'un ordre nouveau, d'une meilleure réalité que celle que nous souhaitons laisser derrière nous. Année où naîtront des enfants à ceux qui n'en ont pas, année de meilleur ordre politique, année de prospérité, année de paix, de stabilité.

Nous savons que le soleil qui se lèvera le lendemain matin sera le même que celui qui se lève chaque matin, et nous prions en parallèle pour cela aussi : pour que le monde reste ce qu'il est.

Et ce sont les principales questions qu'évoque cette prière de Hanna, en parallèle de la non-prière de Sarah.

Le monde changera-t-il mieux ou plus du fait de nos prières  ou du fait du bon vouloir du Maître de toutes choses ? Nos prières pourront-elles l'influencer ? Doivent-elles l'influencer de façon à modifier le cours des choses ?

La prière de Hanna est accompagnée d'un voeu. Celui de vouer le fils qui lui naîtra au Service divin. Les commentateurs évoquent plusieurs voix concernant ce voeu, comme s'interrogeant sur sa place, sur l'opportunité du voeu en général.

Nous faisons des voeux quand nous sommes en souffrance, quand nous implorons le ciel que notre situation change, et nous savons en nous que nous ne comprenons de la situation du monde que ce que nous réussissons à voir et à comprendre, ce qui veut dire très peu, très partialement et très mal. Et donc nous savons aussi au fond de nous que s'exprime principalement notre futilité, notre imperfection, notre petitesse au moment où nous exprimons prière ou voeu.

Ce chant Akhot ketana est lui aussi prière, mais il est aussi salut.

A travers le chant, nous saluons l'année qui sort, nous la saluons avec respect, en nous excusant peut-être un peu de n'avoir su que souffrir des difficultés qu'elle nous a apportées, alors qu'elle contenait probablement aussi providence et subsistance, et bénédictions. Nous avons souhaitė qu'elle se termine, et voici que le moment est arrivé et qu'il nous trouve démunis et suspendus à l'espoir que le soleil se lève à nouveau demain, et que le monde change, oui, mais tout en restant celui que nous connaissons, même s'il est ponctué de souffrances. Elle nous a été difficile mais elle nous a aussi portés, et nous l'appelons paradoxalement "petite soeur", elle qui nous dépasse tellement.

Je ne peux écrire ces lignes sans les adresser à une non moins grande dame qui vient de nous quitter, aujourd'hui, peut-être à l'instar de l'année qui est en train elle aussi de s'en aller.

Une très grande dame, qui est partie énormément trop tôt, qui était petite soeur, plus jeune que beaucoup d'entre nous, mais qui dépassait beaucoup d'entre nous à bien des égards. Une grande dame qui est partie après de trop lourdes souffrances, et un combat d'une demi décade, et qui est sortie par la grande porte, dans la plus grande des dignités, et en laissant dans son sillage un formidable souvenir.

Puissent son compagnon de toujours, son père, sa soeur et ses enfants être portés par les dimensions de sa personnalité, afin de pouvoir en retirer la force à la fois d'affronter les difficultés que les années à venir ne manqueront pas de porter avec elles, et d'oublier les souffrances qui ont marqué les derniers mois de sa trop courte vie.

Les amis auront à coeur de rester imprégnés de cette grandeur qui n'aura laissé personne indiffèrent.

Baroukh dayan haemet.

Tikhlé chana oukileloteah, takhel chana ouvirekhoteah.

mercredi 3 septembre 2014

Lévinas ou la synecdoque ?


J'étais parti pour écrire. J'avais même déjà commencé. Mais quelque chose n'allait pas ; sans que je trouve quoi.

Jusqu'à ce que je voie ce film, dont le titre est pourtant si paradoxal. 

Un film du non être. Avec un titre aux frontières de l'iconoclasme et de la mécréance. "le dieu absent". 

"Le dieu absent. Emmanuel Lévinas et l'humanisme de l'Autre" est avant tout un film de présence. Injustement désigné comme documentaire, il est au contraire une création. 

Alain Finkelkraut dit dans ce film qu'il y a deux sortes de livres, ceux que l'on a lus, et que la plupart du temps on a oubliés, et ceux que l'on lit. Que l'on retourne lire tout le temps. Et ce n'est pas la moindre des identifications que ce film a éveillé en moi.

Je n'ai pas lu Lévinas mais le lis, sinon tout le temps, au moins souvent, et surtout il est présent pour moi malgré les trente trois ans qui se sont écoulés depuis la dernière fois où il m'a été donné d'être assis à l'écouter.  

Et peut-être est-ce ici le premier commentaire sur le titre de ce film. Un film qui s'auto proclame comme décrivant l'absence et qui communique avant tout présence.

Ce n'est pas que le film soit parfait. Mais j'en dirai peut-être plus après second visionnement. Je ne vois en général pas les films plusieurs fois et je reverrai celui-là. Probablement plusieurs fois.

Pour son contenu, qui m'a déjà apporté beaucoup au premier service, mais aussi, et peut-être plus, pour l'effet qu'il eut sur moi.

Lévinas y apparait comme vivant, comme ce qu'il apporte à l'esprit, comme ce que son regard et sa pensée ajoutent.

J'étais donc en route pour décrier, pour continuer à me révolter contre ceux qui ne voient pas, ceux qui sont victimes de manipulations ou au moins d'aveuglement, que celui-ci soit voulu ou qu'il se produise spontanément, je prolongeais le fil de ma vindicte au delà des gens, et recherchai le mécanisme.

J'en étais arrivé à m'interroger sur ce que l'on nomme synecdoque, sous le régime de laquelle s’interchangent partie et tout, qui est figure de style en littérature, et mécanisme psychologique tout à la fois. 

Et ce film m'a permis de comprendre la futilité qu'il y a à décrier ce vers quoi s'égare l'intellect, l'individu ou le monde. Ce film m'a comme redressé le fil de la pensée, m'a permis de produire au lieu de ressasser, d'aller de l'avant au lieu de souffrir de ce qui ne permet pas de progresser. Ce film m'a nourri comme me nourrit la lecture de Lévinas et m'a surtout permis d'effectuer le saut de l'au-delà, la démarche de l'esprit qui permet de dépasser, de se dépasser, démarche tellement recherchée et prônée par Lévinas.

Parmi les intervenants (et ils sont nombreux, et aucun n'est superflu de Hagui Knaan à Eli Sheinfeld, en passant par ceux mentionnéés ici et plus bas et d'autres encore), Daniel Epstein a les mots qui permettent de donner encore plus de volume à la philosophie de Lévinas, dévouée à l'humanisme de l'autre homme : l'autre ne sera jamais "à notre pointure".

Ce n'est pas que nous devions décrier, dénoncer, déraciner cet autre, parce qu'il nous juge mal, parce qu'il nous déteste, parce qu'il nous critique, nous boycotte ou nous combat. Ceci est vain. 

Nous apprenons de la pensée de Lévinas que l'autre restera toujours autre. Il est là et il nous est difficile. Il ne peut devenir pour nous, il ne devient pour nous, que lorsque nous réussissons à le regarder, à recevoir son visage, que lorsque nous assumons la responsabilité qui nous incombe de son visage.

Ce film sur l'absence de Dieu est un film qui peut aider le spectateur à découvrir qu'il n'est pas seul comme il souffre de l'être.

Lévinas est le philosophe qui conceptualise ce que Winnicott a apporté à la psychanalyse. 

Le champ de la reflexion n'est pas qui est l'autre, mais qui il est pour moi. Le champ de la reflexion est l'interpersonnel, ce qui se joue entre lui et moi.

Il n'est pas tant fondamental de savoir s'il ment ou s'il dit la vérité que de me demander ce que je peux faire pour obtenir que notre relation ne soit pas une relation de mensonge.

Et pour Lévinas, il n'est pas tant question de ce que je peux faire, que du fait qu'il m'incombe, à moi, de faire. C'est ma responsabilité.

La projection du film à la cinémathèque hier soir, a ėté prolongée par la montée sur la scène du réalisateur du film, Yoram Ron, de deux intervenants dans le film, professeur Ephraïm Méïr et Tsvia Grinfeld, et de questions et remarques de l'auditoire.

Une séance qui s'est concluue sur le constat de l'étonnamment insuffisante popularitė de Lévinas, et de son corollaire :

Pourquoi n'est-il pas devenu Le Philosophe avec les plus grandes majuscules ? 


La réponse se tient dans le degré d'exigence qui émane de la philosophie de Lévinas. Qui a la force de se sentir ainsi responsable de son prochain ? De l'autre ? De toute personne qui est face à moi ?

Certainement peu de gens.

dimanche 24 août 2014

Drame ou tragédie ?


La dramatique - sinon tragique - situation actuelle dans laquelle nous nous trouvons, habitants d'Israël, est en train de clarifier des choses que, même si elles sont connues, n'en restent pas moins vraies et apparemment difficiles à comprendre et à accepter.

Cette situation démontre que ni la guerre ni les armes ne résolvent les problèmes. En général elles créent les problèmes, elles les enveniment. Elles ne les résolvent pas.

Cette situation crie à la face du monde que ce ne sont ainsi pas les militaires sur lesquelles on peut (et encore moins doit-on) compter pour trouver des solutions aux problèmes, et que ce ne sont pas non plus les politiciens qui sont capables de mieux faire.

Les militaires creusent les trous de boue dans lesquels les politiciens donnent l'ordre d'enliser militaires, civils et situations.

Cette situation nous montre - et pourtant on le savait ! On le sait aussi bien que quand cet enfant de 6 ans m'avait dit en classe :  "je n'ai pas besoin que la Torah me dise de ne pas mentir. Je le sais ", cette situation nous montre que  même si nous savons que cela ne sert à rien de dire : "je tue l'autre parce qu'il m'y contraint", nous devons encore une instance qui sache vienne nous aider à trouver une meilleure réaction que celle, tripale, qui nous pousse à tuer...PARCE QU'IL NOUS EST INTERDIT DE TUER, et apparemment d'autant plus que nous sommes le peuple juif.

Le monde ne se formalise pas des centaines de milliers de morts tués en Syrie, ou des massacres commis par l'EI , ou par Boko Haram, ou par les barbares, pas parce que le monde est antisémite. Parce que le monde s'attend à ce que nous ne soyons pas des barbares. Pour toutes les raisons de la terre.

Parce que nous avons reçu la Torah, parce que nous prenons sur nous de nous comporter en fonction de la Torah, et aussi parce que nous ne pouvons nous permettre de commettre des massacres, du fait précisément que nous avons subi des massacres.

Et l'opinion nous montre cela noir sur blanc. Et elle nous la montre d'autant plus quand des nitsolė shoah des Etats Unis manifestent pour dénoncer les massacres de Gaza.

C'est un art très difficile auquel il faut apparemment tenter de devenir experts : ne pas tomber dans le jeu des plus prompts à l'auto critique, qui en ont les yeux aveuglés au point de ne pas voir qu'ils ne font que fournir de l'eau au moulin de nos ennemis, mais ne pas plus rester agrippés pathologiquement aux branches les plus élevées d'un arbre dont on ne peut descendre.

J'étais étonné de la sérénité et de la sagesse avec laquelle Bibi semblait mener cette opération. J'étais étonné en particulier du fait que je n'avais jamais apprécié ses manières, ni quand il répétait à l'envie :"qu'ils donnent! Puis ils recevront" parce qu'il aurait fallu être sourd comme un pot pour ne pas entendre que ça cachait -mal - derrières ces paroles les prétextes ã ne rien faire avancer, ni en regardant rétrospectivement ce qui précisément a toujours été l'emblème de sa politique : l'immobilisme absolu.

J'étais étonné parce que j'avais toujours eu le sentiment que les discours des forts à bras qui parlaient des arabes de façon péjorative, et raciste, à coup de "ils ne comprennent que la force", ne nous emmèneraient nulle part, ou en tout cas en aucune direction dans laquelle je me sens prêt à les accompagner.

Et j'avais de quoi être étonné : dans l'état actuel des choses, nous (l'armée de défense – yaani. Ne menaçons-nous pas nous-mêmes ce nom en nous embourbant dans cette guerre d’usure improductive? - d'Israël)  n'en finissons plus de "porter des coups terribles" , de " faire payer le prix maximal", de porter "lourdement atteinte" aux capacités militaires du hamas....

Et tout ceci semble ne servir à rien d'une part, et à accumuler morts et critiques très lourdes contre nous d'autre part.

Parce que quand tu as tué deux mille deux cents personnes, dont des civils, des femmes et des enfants, tu pourras répéter jusqu'à la fin des temps que c'est la faute de quelqu'un d'autre, c'est quand même toi qui les auras tués.

Et tu peux t'offusquer que l'opinion réagisse à ces deux mille alors qu'elle ne réagit pas aux millions tués par les turcs (c'est pour ne pas répêter le mot barbare, j'emploie un synonyme..), c'est quand même toi qui les a tués, et c'est donc ta collectivité à toi qui devras en rendre compte.

Et c'est ce que nous souhaitons !!!

Nous sommes Israël non du fait de la couleur de notre sang, qui n'est plus bleu qu'aucun autre, mais du fait que nous devons agir au nom de la Torah !

Et donc, catch 22.

Le hamas ne veut pas discuter ni marchander avec nous mais nous exterminer, et il n'y a pas à discuter avec quelqu'un qui ne veut que ta disparition. C'est vrai. Mais ça ne nous dispense pas de chercher comment résoudre le problème, et ça ne nous autorise pas à accumuler les morts et les décombres dans le camp adverse.

C'est ici que les militaires et les politiciens doivent se rappeler qu'ils ne sont que des militaires et des politiciens, c'est à dire des éléphants dans les magasins de porcelaine.

Ils doivent faire appel non uniquement aux spécialistes de la diplomatie, des ministères des relations extérieures (surtout quand ils sont de la trempe de Lieberman, D. Préserve..), mais à des penseurs.

Tant que la place n’aura pas été faite comme il se doit à ceux-ci, tant que ceux-ci n’auront pas assumé leur rôle, leur devoir, il faudra continuer à entendre les discours d’immobilisme, de critique antisioniste/antisémite, ou les discours fascistes

Et il y a des penseurs ! même une fois que Leibovitz, Lévinas ou Hartman sont morts.

Il y a ici un problème à résoudre. 

Non uniquement un ennemi à vaincre au bras de fer et en faisant couler des litres de sang ! la différence entre le drame et la tragédie tient à l’issue.

Ce qui a un aboutissement est le drame, et nous pourrons supporter, avoir de la patience si nous sommes pris dans un drame. Ce qui ne mène nulle part est la tragédie et cette dernière est insupportable.

Les situations ne sont tragiques que selon la vision grecque du monde. Elles ne le sont pas si on regarde autrement, nous a-t-on toujours enseigné.


Il est temps de regarder autrement.

mercredi 20 août 2014

Discernement


Vous savez-bien ? Celui dont on remercie chaque matin le Créateur de l'avoir donné au coq, celui au nom duquel est nommėe en hébreu (en araméen en fait) la grenouille.

Pas la qualité la mieux distribuée dans l'humanité en général. En temps de guerre et de surchauffe émotionnelle en particulier.

Pas la qualité la plus représentée ce dernier mois,

Entre les blogueurs/journalistes/hommes politiques/activistes/militants qui chevauchent telle monture véhémente parfois au détriment d'un examen plus impartial/attentif de la situation, 

Les manifestants qui se retrouvent dans la rue à proférer des invectives sur des sujets qu'ils comprennent à peine,

Les acharnés il y a peu à soutenir les opposants à Bashar  el Assad, avant de découvrir que ces derniers sont encore pires que celui qui tente de les éradiquer,

Et les hommes/femmes de la rue -israélienne ou palestinienne ou française - ou issus des meilleurs universités, qui virent à l'extrémiste, pour ne pas dire au f.....e, probablement au delà de ce que leur conscience leur enseignerait de dire si leurs enfants ne se trouvaient pas en danger de mort.

Ce discernement serait bien difficile à atteindre, puis à conserver, et en route, à contrôler.

On en deviendrait jaloux du coq et de la grenouille qui l'auraient reçu au "biberon" si je peux m'autoriser cette déviation.

A la vérité, je n'ai jamais été impressionné ni par l'intelligence du coq ni par celle de la grenouille, mais c'est peut-être parce qu'à la différence du roi Salomon, ou d'Orphée, je ne les ai pas assez fréquentés.

Puisqu'on parle de lui, c'est précisément un roi Salomon qui nous fait en ce moment défaut.

Un talmudiste qui sache aider à trancher le sort de ce bébé dont deux femmes se disputent la maternité, ou de ce vêtement trouvé sur la voie publique et dont deux personnes se disputent l'ENTIERE propriété.

La paracha de la semaine s'appelle "vois". Regarde. Fais fonctionner ton discernement. Tu l'as reçu. Peut-être pas aussi performant que celui du coq mais utilise ce que tu as, ça suffira peut-être.

Rappelle-toi qui tu es, peut-être avant de détester l'autre, avant de chercher à le qualifier, à te focaliser sur la haine que tu devrais lui porter.

Rappelle-toi ces commandements qui seront le seul support sur lequel édifier ta présence sur cette terre. Rappelle-toi ce que toi, juif, peut ou ne peut pas manger, peut ou ne peut pas adorer, a le droit ou n'a pas le droit d'adopter comme comportement.

Rappelle-toi que le silence est parfois préférable à la parole, par exemple si tu es journaliste et que tu penses que tu dois interpréter les paroles de telle ou telle personne encore avant qu'elle ne les ait prononcées (un journaliste interprétait déjà les conséquences pour les palestiniens de la survie ou de la mort de Def. Ferme-toi la bouche et attends ! Ton rôle est-il de leur servir les arguments ? On a déjà assez de problême comme ça avec les interprétations qu'ils trouvent eux-mêmes, pas besoin de leur en rajouter)

Manitou enseignait que le rôle du sage est de diagnostiquer son époque. C'est à dire , d'avoir le discernement suffisamment aiguisé, par l'intelligence, par l'étude, par la pratique des mitzvot, pour comprendre ce qui se joue sous nos yeux.

Ça manque un peu de sages, je trouve, dans ce vacarme médiaticopolitique.

Où sont les têtes ? C'est pas qu'on n'en entende pas. Ou plutôt, on a l'impression que des choses intelligentes se disent aussi, parmi toutes les conneries, tous les excès, tous les extrémismes, ...mais on ne jurerait pas qu'elles soient entendues.

Quelqu'un va dire que le risque n'est pas seulement d'une deuxième opération terrestre mais d'un embrasement qui s'étende à - beaucoup - plus que deux belligérants ?

Quelqu'un va prendre les décisions au nom de cette amplitude de danger ? Dans une situation où les chiens aboient mais où rien n'arrête la caravane..

Vois. Je mets devant toi la berakha ou la kelala, la bénédiction ou la malédiction. 

Le ballon est dans notre camp. On le sait depuis longtemps.

Le camp d'un monde qui est en train de ne pas se rendre compte qu'il s'est peut-être déjà engagé dans une nouvelle échéance dont il faudrait non des jours ni des mois, mais des années pour se sortir. 

Le discernement ? C'est la différence entre le hakham et le navon. Le second sait ne pas entrer dans les situations desquelles le premier sait assez bien se sortir.


Réussira-t-on à limiter les pertes ? 

lundi 11 août 2014

Israel 11 aout 2014.


Quelles news ?

Les principales news à mon sens sont les écarts.

Ecart entre ce que vivent les habitants de la zone tout contre la frontière, dont le quotidien continue d'être d'une roquette à l'autre, à un rythme variant entre 50 et 100 par 24 H, et entre le reste du pays qui est revenu à une vie entièrement normale.

Ecart entre l'angoisse intense vécue pendant trois semaines par les parents des quelques 100 000 soldats concernés par cette action et dont la vie était en danger, et le soulagement depuis une semaine, depuis que les troupes sont sorties de là bas.

Ecart entre ce que dit le monde journalistique pour et celui contre. Non seulement sur l'interprétation des évènements et les manifestations de sympathie, mais aussi sur les faits eux-mêmes : combien de femmes et d'enfants réellement touchés face à ce qui est annoncé par le hamas?

Ecart entre ce que l'israélien moyen vit et pense de la rue europėenne et ce que voit et pense cette dernière de la situation ici.

Écart enfin entre un été de vacances et l'été 2014 entre le Jourdain et la méditerranée (et je n'oublie ni les kurdes ni les africains ni les ukrainiens mais c'est d'ici seulement que je peux donner des news).

Les enfants de nos amis sont tous rentrés et tous sont soulagés. Ce n'est bien évidemment pas le cas des parents des 64 qui ont trouvé la mort, et dans une moindre mesure, de ceux qui ont maintenant qui un fils qui un mari qui un frère qui un père moyen ou grand blessė.

Le plus surréaliste est le phénomène de ce film de propagande du hamas, qui a ici été tourné en ridicule et est devenu "le tube de l'été". Cela illustre le mépris dans lequel les israéliens tiennent le hamas. 

Cela n'annonce pas vraiment une paix pour bientôt entre Israël et le monde de l'islam. 

Je pense que les israéliens n'ont rien contre la vie aux côtés des arabes, et que par contre ils n'ont que le dos à présenter aux débordements islamistes (ou des frappes et de la destruction si ceux-ci agressent).

Sauf aux yeux de l'extrème extrème gauche ( Michel Warshawski, copain de cette coqueluche de Sibony), devenue ultra minoritaire, personne en Israël n'est prêt à gober le baratin du blocus, de la prison à ciel ouvert, blocus dont Israël devrait être incriminée. 

Tout Israël est regroupé derrière ce que répètent un après l'autre depuis 2005 les responsables du gouvernement, de Netanyahou à Barak : il n'y a aucun blocus humanitaire, il n'y a qu'un blocus à l'armement (lequel a d'ailleurs royalement été contourné - voir les tunnels) et celui-ci est justifié à 100% et il est en fait surtout blocus à l'islamisme.

Même durant l'opération les camions ont livré denrées et énergie à Gaza, et pour les israéliens, ceci est purement humanitaire - et superflu : les israéliens souhaitent se passer complètement des habitants de Gaza. Ils ont choisi le hamas qui a une charte dont l'élément majeur est qu'il oeuvre pour la destruction totale d'Israël ? Personne ne parlera avec eux et qu'ils aillent travailler et s'approvisionner ailleurs.

Notre armée a renvoyé de grandes parties de Gaza à l'âge de pierre et j'en suis fort triste, mais je crains que cela n'ait qu'été une situation que nous avons tout fait pour éviter (pour ce qui est de la période de juillet - je partage par contre les analyses qui accusent les Netanyahou et consorts d'avoir participé à créer cette situation par l'immobilieme derrière lequel ils se sont réfugiés durant des 10 dernières années. Mais je ne dis quand même pas que la situation actuelle est la faute de Bibi. Elle est la faute de l'islamisme et du crédit qu'il a reçu de crétins européens).

Je crains que ma position ne soit celle du consensus national. Faut-il s'en inquiéter ?

Le prof. Zeev Sternhel s'en inquiète, y voit la fin de la démocratie israélienne, y voit le spectre du fascisme, celui d'une societé de la parole unique. Je suis quant à moi moins inquiet que lui. Il a 75 ans et analyse le présent moyen oriental avec les outils du passé occidental. Je comprends - et partage quant à moi, et le consensus national et cette position.

Quelqu'un qui a un conflit territorial avec toi, tu dois lui parler. Quelqu'un qui veut ton anihilation, tu n'as aucun dialogue ni possible ni justifiable avec lui. 

Cela renvoie à ce que j'écrivais dans cette lettre ouverte qui n'a vu presque aucune réponse : ceux qui soutiennent le hamas sont prisonniers de l'extrème. Ils sont volontiers apparentés à l'extrème gauche et ils ne se rendent pas compte quel fascisme, quelle barbarie, quel antisémitisme ils cautionnent. Et oui  un fêlé du bocal, juif antisioniste de l'ufjp, Yaacov Cohen, participe à un meeting de soutien à la palestine organisé par Dieudonné, et il s'assied à sa gauche : j'ai vu de mes yeux la scène.

J'ai d'énormes difficultés à comprendre les positions d'un Michel Warshawski ou d'un Menachem Klein, parce que je les trouve aveuglés, mais ils ne sont rien à côté d'une Sibony ou d'un Salingue qui, eux, sont tout simplement antisionistes et donc pro palestiniens par principe. A leurs yeux, tout ce que feront les israéliens sera un scandale, à leurs yeux, les palestiniens sont des agneaux, et surtout à leurs yeux les palestiniens sont très malheureux du fait de l'existence même des israéliens qu'il est impératif de condamner, museler, juger...et ils choisissent de ne pas se rendre compte que leurs paroles sont utilisées pour renforcer ceux qui souhaitent non condamner ni juger mais éradiquer.

Ils ne comprennent rien à la situation et n'ont que critique, et condamnation aux lèvres. Ils manifestent aux côtés des antisémites et je partage l'opinion de Bibi que ce faisant, ils participent à prendre un billet pour avoir à faire face eux-mêmes à ce choléra à court ou moyen terme.

Le talmud raconte  ( berakhot,10a) les positions différentes de Rabbi Méïr et de sa femme Bruria face aux brigands de leur quartier. Tandis que lui souhaite leur disparition au nom du verset "itamou hataïm min haaretz"(Psaumes 104, 35), elle le reprend et lui fait remarquer que le mot "hataïm" peut être tant le pluriel de "fauteurs" que celui de "fautes". Elle, plus humaniste, plus sereine, plus mesurée, souhaite la disparition des fautes, souhaite que les fauteurs se repentent un jour. lui, plus excessif, souhaite leur mort.

Le hic est que le même talmud s'applique à souligner en un autre endroit, et concernant apparemment un tout autre contexte - comme en clin d'oeil - que Brouria est en fait perdue par sa naïveté, au point d'y perdre la vie ( avodah zarah 18b)

Beaucoup d'israéliens étaient "brouristes", et se sont ralliés aux opinions de Rabbi Méïr.

C'est comme le mot d'esprit qui demande la différence entre l'optimiste et le pessimiste, et qui répond que le pessimiste n'est en fait qu'un optimiste avec expérience.

On préfèrerait que l'expérience transforme le pessimiste en optimiste, mais cela ne marche que rarement comme ça. On préfèrerait que comme Rabbi Akiva, le spectacle du temple dévasté et hanté par les renards nous soit le signe que toutes les prophéties finissent par se réaliser, tant les prophéties de malheur que les prohéties de reconstruction, mais il faut pour être Rabbi Akiva réussir à s'élever à des hauteurs que la réalité empêche le plus souvent d'atteindre.

Souhaitons déjà longue vie à ce nouvel essai de cessez le feu.

lundi 4 août 2014

cette année, les soldats sont dispensés de jeûner


Nous sommes le 8 av, ce soir est le jeûne annuel du 9 av, pour lequel le peuple juif jeûne depuis des millénaires, déjà , à en croire le midrach, antérieurement à la destruction du premier temple ( le midrach rapporte que les Bné Israël creusaient chacun sa tombe le 8 av, chaque année des quarante ans du désert, puisque les 15000 qui mouraient chaque année mouraient ensemble ce même jour. Même s'il est vain d'essayer de prendre ceci à la lettre, l'idée exprimée est que ces trois semaines qui précèdent le 9 av sont une période de deuil, et comment aurait-on pu l'illustrer plus clairement que par les évènements de cette année ?

Nous lisons cependant le texte des Lamentations de Jérémie, écrits du fait de la destruction du premier temple, et nous lisons les prophéties d'Isaïe sur ce que doit vivre Israël, du fait de son comportement.

Loin de justifier ce que fait le hamas du fait de notre éventuel comportement collectif, il est cependant incontournable de nous interroger en ce jour, au lieu de seulement nous défendre et contre attaquer.

Le texte des Lamentations s'appelle en hébreu « eikha », et le mot signifie : « comment? ». Comment se fait-il ? 

Ce mot s'écrit aussi « Eikhakha » dans un autre texte, et sa signification est alors : « cela doit-il être ainsi ? »

Ce mot eikha est par ailleurs l'anagramme de la question adressée à Adam par D. Après la faute de la consommation du fruit, « aïeka? » Où es-tu ?

Comme si la question « comment est-ce possible? » Devait obligatoirement entraîner en nous la question : « où suis-je ? ».

C'est une question de solitude, et cela se rattache au mot « levad » qui accompagne le mot eikha deux fois au cours de son occurrence.

Les situations de catastrophe, de guerre, d'angoisse, nous font ressentir la solitude. Solitude de l'individu mais aussi, dans notre contexte, solitude du peuple, face aux nations.

Le rav Daniel Epstein enseignait ce shabbat que cette solitude trouve sa solution non tant dans la solidarité ( laquelle n'est quand même superflue en rien) mais dans la pérennité.

Adam est le paradigme de la solitude, quelqu'un qui est en deuil croule sous la solitude, et nous nous sentons en ce moment accablés de solitude, tant en tant que juifs israéliens qu'en tant que juifs parmi les nations.

De quelle pérennité doit-il s'agir ? Certainement pas de celle du temple, qui pourrait presque prétendre lui être le paradigme de la discontinuité et de la destruction.

Le Rav Epstein citait cette phrase que nous intercalons dans la amida les jours de fête quand nous prions pour que notre prière soit prise en compte au même titre qu'un sacrifice fait au temple.

Là est la pérennité, là est la continuité du judaïsme, dans les mots. Dans les mots par lesquels ne s'expriment ni haine ni vindicte ni même victoire (même si il est des temps et des situations où c'est ce qui sort de notre tête et de notre bouche), mais mots par lesquels s'exprime ce qui est l'identité d'Israël au fil des siècles.

Non tant être Israël par filiation génétique, mais être Israël par affiliation aux enseignements de patriarches puis des rabbanim, puis des sages, affiliation à l'identité de « rakhmanim bné rakhmanim », identification à une prière qui n'est pas la prière pour que soit exterminé l'autre mais qui est une prière : « eikha ? Aïeka? Eikhakha? ».

Une prière focalisée sur moi-même et non sur la culpabilité d'un autre, une prière centrée sur ce que j'ai à comprendre des évènements que je me trouve en train de vivre, et une prière qui ne dispense pas de se demander ce que je peux bien avoir comme responsabilité dans ce que je suis en train de vivre, une prière qui demande comment je pourrais agir de manière à ce que ma réalité soit autre. 

La prière est peut-être une des postures les plus difficiles à adopter, surtout quand on est agressé, quand on craint directement pour quelqu'un, quand on est polarisé contre un ennemi, et peut-être là est le fonds de ce jour de jeûne, qui n'est pas yom kippour mais qui pourtant y ressemble beaucoup, qui est un jeûne paradoxalement consécutif à cet qu'un autre vient de commettre contre nous.

D'aucuns ont du mal avec ce que je suis en train d'écrire, trouveront cela mièvre, ou apparenté au triste "tendre l'autre joue". 

Il ne s'agit pas de cela. Le judaïsme semble n'abandonner nulle part la composante guerrière. Il est un devoir de se défendre et même d'attaquer dans certains cas. Mais, de même, le judaïsme ne nous dispense jamais de jeûner à tishea beav et de nous interroger sur les composantes de la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Après le meurtre de Rabin, un groupe de gens dont j'étais a pris l'habitude d'aller s'asseoir par terre non à la synagogue ou à la maison, mais sur la tombe de Rabin. Afin de rattacher les évènements du présent de notre peuple à ceux du passé, afin de chercher dans le jeûne de tishea beav non uniquement une source dans une histoire ancienne, afin de ne pas invoquer en ce jour seulement une reconstruction mythique d'un temple, mais une reconstruction spirituelle, la reconstruction sur sa terre d'un peuple qui se revendique avant tout d'un message.

Cette année plus que de nombreuses années, le jeûne de tishea beav doit nous interpeller, nous mobiliser, et d’autant plus que les soldats sont dispensés de jeûner. Il n'y a pas trop d'efforts à faire pour l'intégrer sans notre actualité, cela se fait de soi-même.