dimanche 13 octobre 2024

Office de kippour. Siakh Itshaq, octobre 2024



 


Une communauté créée il y a 42 ans, à l’initiative de Shlomo Balsam et qui cherchait à constituer un pool d’adresses d’hébergement pour les jeunes du bné Aquiva en année de hakhchara à Jerusalem.


De façon naturelle se créa un minyan ashkenaze-sefarade, non par choix idéologique mais du fait de la composition du groupe, de juifs français récemment devenus israéliens, et issus de la première communauté juive du monde, la communauté française, où se retrouvèrent ashkenazes et séfarades après deux mille ans, du fait de l’arrivée en France à partir de 1945 des juifs du magreb où se profilait déjà la décolonisation.


La communauté se créa alors qu’Itshak Madar, lui-même ancien de la hakhchara, lui-même fruit de mariage ashkenaze-sefarade et qui avait fait son alyah en octobre 1982, tombait lors de la première guerre du Liban, et elle fut nommée en son souvenir.


Elle s’édifia sur les bases de cette reprise alors embryonnaire de la rencontre cultuelle entre les ashkenazes et les sefarades, bases de la renaissance de l’identité hébraïque, du juif redevenant hébreu, si bien conceptualisée par Manitou, à une époque où ceux qui pensaient ainsi étaient l’absolue minorité, du monde dans son ensemble et même du monde juif.


La rencontre à l’échelle française se faisait « élégamment »  ….au bras de fer. Certaines communautés parisiennes ou de l’est de la France, traditionnellement ashkenazes jouaient l’indifférence quand ce n’était pas le refus véhément de coopérer avec cette actualité d’immigration, tandis que dans bon nombre d’autres, les sefarades devenus progressivement les plus nombreux avaient changé le ton, imposé leur rite.


Personne ne « pensait » la chose. Elle se faisait.


Siakh Itshak fut une des premières tentatives de réflexion. Une réflexion qui, modelée sur le système mis en vigueur dans l’armée israélienne par le rav Goren, aboutit en deux trois ans à un échec : les sefarades quittèrent la communauté plus ou moins en claquant la porte. 


Le système adopté ressortait en fait de la farce : du fait de l’existence au sein du monde ashkenaze du rite « sfard », le rite des hassidim d’Europe centrale, un rite un peu intermédiare (mais à la phénoménologie ashkenaze totale) entre le rite ashkenaze (des juifs allemands et alsaciens) et le rite des juifs orientaux. Ce rite devenait celui de Siakh Itshak, les ashkenazim persuadés d’avoir en cela accompli la réunion cultuelle du peuple juif. Les sefarades quittèrent en expliquant que les présentes dispositions ne leur permettaient en rien la transmission de leurs coutumes synagogales à leurs enfants. Les fêtes de tichré étaient pourtant organisées de façon à ce que chacun puisse avoir son rite. Deux offices séparés, mais toute l’année ne laissait aucune autre place au rite sefarade. Ils quittaient blessés. À juste titre.


                              "ner tamid" récemment créé et installé. Le Siakh Itshak est la prière, est le dialogue d'Itshak 

                                                                     mais est aussi un arbuste (siakh) composé de toutes les essences (ici 12 essences de bois) 

                                                                    constituant le judaïsme, représentés dans la communauté Siakh Itshak.


Siakh Itshak poursuivit son chemin comme communauté qui s’israélisait progressivement…mais qui vieillissait aussi au même rythme.


Il y a treize quatorze ans, alors que je voyais chaque trimestre diminuer le nombre de fidèles je commençai à faire entendre la voix de l’impératif d’une solution. 


Celle-ci se présenta par l’intermédiaire d’une fille qui avait grandi dans la communauté, venait de se marier, et de se joindre à une tentative de création de communaute par un groupe de vingt à trente jeunes couples qui cherchaient un lieu.


Les premières réunions parurent de bon augure, et ce nouveau groupe avait une condition : il fallait que la communauté soit « israélienne » c’est à dire que les rites des offices soit alternés.


Ce mode commençait petit à petit à se répandre, d’une part dans bon nombre de petites localités, ou kibboutzim d’Israël où la situation démographique fabriquait le mèlange ashkenaze-sefarade, d’autre part dans les quartiers du sud de Jérusalem, en particulier du fait du mélange ethnique en cours dans la société israélienne, de mariages intercommunautaires.


La deuxième étape de l’entrée du nouveau groupe dans la communauté, du « mariage » qui se fit et prit rapidement l’aspect d’une grande réussite (il y a maintenant une centaine de familles, un public jeune, beaucoup d’enfants), fut la réalisation d’un modèle d’office combiné ashkenaze-sefarade pour les grandes fêtes. Modèle selon lequel ce n’est pas l’alternance d’un office à l’autre mais la fusion à l’intérieur de chaque office. Chaque office comporte ainsi des morceaux, des mélodies ashkenazes alternées à des sefarades, tandis que l’office est mené par non un mais deux ministres officiants, le tout imprimé sur un livre qui vient en complément du rituel que chacun apporte avec lui, qui rituel ashkenaze, qui rituel sefarade.




Siakh Itshak est donc une communauté à l’office « combiné » (il y a ces jours-là du fait de l’affluence, deux offices, un uniquement ashkenaze, l’autre selon ce mode qui n’est déjà plus nouveau) de laquelle se retrouvent quelques cent vingt hommes et le même nombre de femmes, où se réalise la véritable rencontre israélienne des diasporas. Prient chez nous des individus pourvus d’ancêtres polonais, allemands, alsaciens et autres français, ukrainiens, italiens, marocains, lybiens, yémenites, tunisiens, syriens, américains, anglais, afghans, australiens, argentins, lithuaniens, roumains, hongrois, turcs et israéliens…et j’en oublie. Au quotidien ne figurent pas de juifs éthiopiens parmi les fidèles, mais dans certaines familles, des éthiopiens se sont déjà mariés avec des enfants. 


Ce public est présent cette dernière année pour la partie hommes de l’assemblée de façon très sélective, certains se trouvant sous les drapeaux, les autres ayant pour une bonne part sur l’épaule le fusil mitrailleur de leur situation de réserviste en permission, tenu de ne lâcher son arme nulle part.


La commission « aide intra communautaire » a énormément et de façon impressionnante travaillé cette année pour soutenir telle famille à mari mobilisé, telle famille accablée du deuil d’un proche tombé au combat.


Hier pendant l’office de Kippour, un de nos membres actifs racontait une anecdote rattachée à la guerre (il a lui-même un membre de la famille proche de sa femme parmi les otages et prend une part active aux manifestations en vue d’un accord pour les ramener dans leurs familles, et il intervient régulièrement dans des activités pour soldats du contingent ou réservistes) qui lui avait rappelé un souvenir familial qui m’en a en cascade évoqué un autre : ses grands-parents étaient arrivés à Jérusalem il y a 102 ans et vivaient dans de telles conditions précaires qu’ils élevaient leurs neuf enfants dans un deux pièces et que la table du repas de vendredi soir n’était autre que la porte d’entrée que l’on sortait de ses gonds pour l’occasion hebdomadaire.


Ceci me rappelait que mes propres grands-parents étaient aussi arrivés il y a quelque cent ants, mais à Tel Aviv….pour en repartir un ou deux ans plus tard, ma grand-mère, enceinte, craignant de ne pas réussir à nourrir l’enfant à naître tant les conditions économiques étaient dures. (La tradition familiale conserve le souvenir qu'ils habitaient une maison que mon grand-père avait construit de ses propres mains, en bois. A mon arrivée en Israël j'ai plusieurs fois arpenté Tel Aviv dans l'espoir de la trouver...sans succès). À cette époque. D’après la biographie de Ben Gourion, 90% des arrivants repartaient pour les mêmes raisons.


Mes grands-parents firent un second essai d’alyah raté au moment de la création de l’état, puis vinrent finalement s’installer à Jérusalem et y finir leurs jours, dans un vécu plus apaisé et satisfaisant que toutes les années qui avaient précédé, depuis la naissance et l’adolescence en Pologne, nourries de discrimination, de pogroms puis de l’extermination des proches, en passant par la Palestine d’alors puis la France où il a fallu subir les rafles, l’exode et les poursuites de la deuxième guerre mondiale suivis du redémarrage à zéro, assorti des démarches pour récupérer un appartement attribué à de bons français qui ne voyaient aucune raison de restituer les lieux…Malgré toutes ces mésaventures - de taille - ils avaient réussi à s’édifier, à élever plus qu’honorablement leurs enfants et à s’établir économiquement…mais ne devaient la survie du judaïsme dans leur maison qu’à l’énergie de leur descendance qui reprit le flambeau et le redémarrage des pratiques, puis leur ouvrit la voie du retour final en Israël.


Ce sont de telles situations que certaines bonnes âmes européennes qualifient d’invasion colonialiste…d’un peuple « sûr de lui et dominateur » qui en maltraite un autre sans raison et sans remords.


La prière hier, détail qui a son importance, était celle de Kippour et même si pour des raisons bien évidentes la compassion à l’égard des peuples libanais, gazaouis ou iraniens n’est pas à l’ordre du jour actuel (de trop nombreux endroits du pays vivaient hier un kippour trop assaisonné de sirènes et d’angoisse, certains comme moi-même avait qui un mari qui un fils qui une fille repartant encore durant la même journée au front), je n’ai aucun doute que les attentes de pardon et de rédemption n’étaient assorties que de façon extrêmement isolée de souhaits guerriers ou de vengeance. 


Il s’agit d’un peuple duquel la majorité est issue de parents, grands parents ou ancêtres venus pour retrouver la terre historiquement occupée de très longues années par leurs ancêtres, une terre de laquelle ils n’avaient jamais cessé de rêver, une terre qu’ils mentionnaient au quotidien dans leurs prières et leur vécu dans l’attente d’un meilleur quotidien que celui que leur faisaient endurer les nations qui ne savaient que tolérer leur présence. Ces gens ne sont venus en aucun esprit de colonisation au profit d’une quelconque métropole vers laquelle ils pourraient toujours revenir mais ont tous quitté sans retour et sans profit de ventes de leurs biens. Les juifs de France, Angleterre ou états unis sont dans quand même dans cette situation mais ils sont la minorité du peuple israélien. Personne de ce peuple n’est arrivé en conquérant mais cependant animé d’un vif esprit de construction et de reconstruction. 


Ce peuple rebâtit un judaïsme esquinté par les siècles, a fait revivre la langue hébraïque dont on m’enseignait en classe de sixième qu’elle était la langue morte d’un peuple disparu, et développe et construit une belle société. 


Ce peuple aspire à la paix et à la coahabitation et l’opinion internationale devrait plus contribuer à y travailler qu’oeuvrer à la condamnation d’Israël.

mercredi 9 octobre 2024

Simkhat Torah, symbole de la nouvelle page d’Israël. Veille de Souccot 5785.


Nous voici un an en guerre.

Une question qui se pose et qui est débatue ces derniers jours dans notre communauté (minyan israéli, ashkenaze-sefarade, sud de Jérusalem, de laquelle ont péri durant l’année quelques cinq soldats, qui directement qui indirectement lié, dans laquelle le 7 octobre dernier se célébrait en plus de la fête du jour la bar mitzva d’un enfant dont le père a juste pu entendre la lecture de Torah avant de partir rejoindre son unité, à laquelle se sont joints durant l’année quelques familles de « déplacés » de Kyriat Chemona, de laquelle beaucoup beaucoup d’ hommes - et quelques femmes - ont été mobilisés de longues périodes et plusieurs fois, dans laquelle le nombre d’armes et de fusils en bandoulière varie de shabbat en shabbat entre 5 et 10, de laquelle de très nombreuses personnes ont ajouté à leur quotidien telle ou telle activité de volontariat, de soutien, dans laquelle la tefila de chaque shabbat matin depuis le 7 octobre est ponctuée de la lecture des noms de tous les otages, dans laquelle quelques familles ont le triste privilège de connaître personnellement un ou plusieurs otages, parfois quelqu’un de proche), une question qui se pose est : « comment fêter Simkhat Torah ? ».

Cette année, et dorénavant.

C’est une question spécifique et générique.

Je suppose que selon les communautés, il va y avoir un prisme de modification du déroulement de la tefila ce jour-là, depuis les communautés, les synagogues où rien ne sera modifié (je crains qu’elles ne seront les plus nombreuses) jusqu’à celles où cette fête sera occultée, en passant par les multiples degrés d’insertion de quelque chose qui rappelle le 7 octobre dans la célebration. 

Chez nous, semble se dégager de maintenir le rituel, y compris les « hakafot » au cours desquelles on tourne, et on danse avec les sifré Torah ( dans toutes les synagogues du monde), mais en en modifiant une ou deux, en les faisant silencieuses, une pour le souvenir des morts, civils ou militaires, une pour les otages, et en choisissant les chants de manière à tempérer la joie.

En parallèle a été proposé de rajouter quelques mentions spécifiques au « yskor » du jour, et reste non tranchée la question des sucreries traditionnellement distribuées ce jour aux enfants. Doit-on leur faire partager cette diminution de la fête, ou ont-ils déja assez vécu cela tout au long de l’année écoulée ?

En Israël, la guerre a éclaté le 7 octobre et c’était le huitième jour de la fête de Souccot, jour de Shemini Astéret simultanément à Simkhat Torah, tandis qu’en dehors d’Israël, Simkhat Torah n’ètait fêtée que le lendemain, les deux fêtes se succédant.

Hier, un rabbin suggérait de garder le 7 octobre comme date du souvenir, et de fêter simkhat Torah sans le moindre bémol, du fait que cela sera cette année à une autre date (24 octobre en Israël, 25 octobre dans le reste du monde), et afin de ne pas affaiblir notre ferveur.

Au plan générique, cela s’intègre à la question du « comment continuer? », comment intégrer à la vie, mais aussi à l’Histoire, à la transmission transgénérationnelle du judaïsme, un judaïsme qui parait ouvrir une nouvelle page, au gré de ce nouveau chapitre.

Ce chapitre est non achevé, et nul ne peut dire aujourd’hui ni quand il s’achèvera, ni de quoi sera fait demain, en particulier du fait de la partie « guerre contre l’Iran » que comporte cette guerre.

Le 7 octobre 2023 a été un jour terrible, se soldant par près de 1200 morts, par plus de 250 otages, et par énormément de destruction, en particulier concernant les 21 villages et kibboutzim du pourtour de la bande de Gaza, directement agressés et en partie brûlés et détruits par l’attaque.

A suivi une période d’un an jusqu’à aujourd’hui, d’une certaine manière non moins terrible. La guerre qui a commencé encore le soir du 7 a occasionné beaucoup de pertes humaines, en Israël et chez les palestiniens, a déclenché l’attaque progressivement plus destructrice du hezbollah en provenance du Liban, se sont ajoutés les envois de missiles en provenance du Yemen, d’Irak et d’Iran, le tout provoquant le déplacement d’énormément de populations, au sud et au nord d’Israël, dans la bande de Gaza, et au sud Liban. En parallèle les otages ont pour près d’une moitié été libérés, vivants pour une partie, morts pour l’autre, tandis que la situation perdure pour quelques 100 d’entre eux, au sujet desquels personne dans le public israélien ne sait dire qui d’entre eux sont en vie, qui sont morts, ni où ils sont et dans quelles conditions ils sont détenus.

La situation de belligérance et de prise de ces otages agite la rue et la diplomatie du monde presque entier, et l’année 2024 a été le théatre de très nombreuses manifestations, déclarations, interventions, en soutien à Israël pour une partie d’entre elles, en soutien aux palestiniens pour une autre partie, cette deuxième partie assortie de manifestations antisionistes ou ouvertement antisémites, tandis que la quantité d’incidents antisémites dans le monde croissait.

Dans quinze jours, la question « comment fêter Simkhat Torah ? » aura été dépassée, la guerre ne se sera vraisemblablement pas encore arrêtée, et je tiens à maximiser cette question tant qu’elle est encore d’actualité.

La situation de cette dernière année suscite en effet de nombreuses questions de fond, tandis que le quotidien, entre les opérations militaires, les disputes entre gouvernement et opposition les repoussent en arrière de la scène, les éloignent des projecteurs.

Une des questions est l’état extérieur d’Israël, celle de notre situation internationale. Du soutien ou des condamnations dont nous faisons l’objet, et en relation directe, de la situation des israéliens et des juifs dans le monde.

Une autre question est celle de l’état intérieur d’Israël, de nos dissensions internes ou au contraire de notre unité. Au plan politique, mais aussi au plan religieux, au plan éducationnel, au plan moral, ou de façon plus générale au plan de la société. 

1. Au plan extérieur, il apparaît clairement que le monde vit en 2024 un retour sur ce qui s’était joué entre 1933 et 1948 , c’est à dire une profonde modification de la situation des juifs dans le monde, ouverte avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler, suivie de la shoah, puis de la création de l’état d’Israël, avalisée par l’ONU.

S’en étaient suivis beaucoup de mouvements de populations juives au cours des 75 ans derniers, avec les arrivées successives des juifs rescapés des camps, des pays arabes, de l’ex-URSS, d’Ethiopie, portant la population juive en Israël à presque sept millions, soit un peu plus de la moitié de la population juive mondiale. 
L’antisémitisme, inexprimable après la shoah, s’est progressivement fait ré-entendre, avec le soutien iranien au négationisme né en Europe, au rythme du conflit israélo-palestinien, devenu de plus en plus vociférant au fil des années et des guerres frontalières d’Israël, et avec une brutale aggravation depuis le 7 octobre 2023.

Israël qui n’était au début du vingtième siècle qu’un état embryonnaire peuplé de réfugiés, est devenu un pays de presque 10 millions d’habitants, au niveau de vie presque européen, avec niveaux universitaires et industriels de plus en plus développés, et avec une puissance militaire impressionnante.

Ces développements sont au profit comme au détriment d’Israël, duquel les habitants continuent à se sentir « en voie de développement » tandis qu’ils sont vus comme presque invincibles par le monde qui peut par exemple « oublier » les bombardements quotidiens (!!) de toute une année sur tout le territoire…du fait que ceux-ci ne font que très très peu de victimes humaines, grâce au très haut niveau de protection militaire et physique de la population. Une situation qui encourage la rue internationale à voir ce pays comme une superpuissance colonisatrice, alors que ce n’est ni le cas ni le vécu de ses habitants.

Ces paradoxes nuisent à la solution incontournable et jusqu’ici inatteignable au problème palestinien.

Tandis qu’Israël s’est développé économiquement, s’est maintenu d’une part un décalage entre la croissance côté juif et côté arabe, et s’est énormément accentué l’écart entre Israël et la bande de Gaza ou le Liban, la Jordanie ou l’Egypte.

Les palestiniens de Gaza et des territoires souffrent très certainement de cet écart, et le monde a tendance à voir la situation actuelle entre Israël et le hamas comme une agression et une oppression d’une toute puissante armée sur une population impuissante et enfermée.

Il parait clair que ceci est à être géré, modifié, si ce n’est règlé.

Il parait non moins clair que l’actuelle guerre, vécue par Israël comme lui ayant été imposée, et impossible à terminer tant que ces 100 otages ne sont pas rentrés dans leurs maisons, ne va pas accélérer le processus de normalisation. 

Et pourtant, il nous incombe de régler ce problème, presque plus vis à vis de l’intérieur que vis à vis de l’extérieur.

Regler ce problème aidera à calmer la rue et restituera le calme au chapitre de l’antisémitisme, mais le plus important me parait la composante interne à l’état d’Israël.

Si Golda Méïr a eu raison de dire que nous ne détestons pas tant nos ennemis par ce qu’ils nous font que parce qu’ils poussent nos enfants à les haïr, ceci est presque dix fois plus grave et urgent aujourd’hui, 50 ans après sa disparition.

2. Et ceci nous amène au plan intérieur.

Cette guerre ne s’est pas déclenchée au déclin d’un magnifique et tranquille été, mais au contraire au terme de dix mois de tempête politique dans le pays.

Cette tempête, provisoirement mise en arrière-plan aux premiers jours de la guerre, a réapparu depuis déja de longs mois et est inséparable au quotidien de la question sécuritaire, de la gestion de la guerre.

Il n’y a pas aujourd’hui en Israël d’autorité reconnue par tous et acceptée par tous, ni au plan gouvernemental, ni au plan religieux. Il n’y a pas de « voix nationale » et il n’y a au contraire, juste derrière le paravent de la solidarité réveillée par la guerre, qu’agressivité mutuelle, dénigrement ou condamnations publiques.

C’est en fin de compte le plus grave problème d’Israël à l’heure actuelle.

Israël est mené depuis presque deux ans par un gouvernement qui n’a réussi à obtenir un consensus national sur aucune de ses décisions, un gouvernement qui ne sait pas exprimer une voix au nom de tous les citoyens qu’il est censé administrer, un gouvernement qui agit comme s’il était encore hier frustré et dans l’opposition et qui parait plus occupé à rendre les coups qu’à administrer le pays entier, un gouvernement enfin incluant des partis vus de l’extérieur d’Israël comme de l’opposition, comme extrémistes si ce n’est néo-fascistes.

Au plan religieux aucune instance ne sait fédérer les opinions et donner une direction.

Les politiques savent apparemment jouer des coudes pour obtenir des sièges, mais n’ont pas la capacité humaine requise pour asseoir leur autorité, comme avait si bien su le faire Yossi Sarid, qui avait été élu à la knesset comme représentant de l’extrême gauche, mais qui avait su être le ministre de tous les citoyens.

C’est d’une capacité telle dont Israël a besoin.

Ce n’est pourtant pas que le pays ne dispose pas de cerveaux et de voix. Il est impératif de rétablir une situation de consensus, à l’initiative de personnalités qui soient acceptables, respectables, et en conséquence, acceptées et respectées.