Une communauté créée il y a 42 ans, à l’initiative de Shlomo Balsam et qui cherchait à constituer un pool d’adresses d’hébergement pour les jeunes du bné Aquiva en année de hakhchara à Jerusalem.
De façon naturelle se créa un minyan ashkenaze-sefarade, non par choix idéologique mais du fait de la composition du groupe, de juifs français récemment devenus israéliens, et issus de la première communauté juive du monde, la communauté française, où se retrouvèrent ashkenazes et séfarades après deux mille ans, du fait de l’arrivée en France à partir de 1945 des juifs du magreb où se profilait déjà la décolonisation.
La communauté se créa alors qu’Itshak Madar, lui-même ancien de la hakhchara, lui-même fruit de mariage ashkenaze-sefarade et qui avait fait son alyah en octobre 1982, tombait lors de la première guerre du Liban, et elle fut nommée en son souvenir.
Elle s’édifia sur les bases de cette reprise alors embryonnaire de la rencontre cultuelle entre les ashkenazes et les sefarades, bases de la renaissance de l’identité hébraïque, du juif redevenant hébreu, si bien conceptualisée par Manitou, à une époque où ceux qui pensaient ainsi étaient l’absolue minorité, du monde dans son ensemble et même du monde juif.
La rencontre à l’échelle française se faisait « élégamment » ….au bras de fer. Certaines communautés parisiennes ou de l’est de la France, traditionnellement ashkenazes jouaient l’indifférence quand ce n’était pas le refus véhément de coopérer avec cette actualité d’immigration, tandis que dans bon nombre d’autres, les sefarades devenus progressivement les plus nombreux avaient changé le ton, imposé leur rite.
Personne ne « pensait » la chose. Elle se faisait.
Siakh Itshak fut une des premières tentatives de réflexion. Une réflexion qui, modelée sur le système mis en vigueur dans l’armée israélienne par le rav Goren, aboutit en deux trois ans à un échec : les sefarades quittèrent la communauté plus ou moins en claquant la porte.
Le système adopté ressortait en fait de la farce : du fait de l’existence au sein du monde ashkenaze du rite « sfard », le rite des hassidim d’Europe centrale, un rite un peu intermédiare (mais à la phénoménologie ashkenaze totale) entre le rite ashkenaze (des juifs allemands et alsaciens) et le rite des juifs orientaux. Ce rite devenait celui de Siakh Itshak, les ashkenazim persuadés d’avoir en cela accompli la réunion cultuelle du peuple juif. Les sefarades quittèrent en expliquant que les présentes dispositions ne leur permettaient en rien la transmission de leurs coutumes synagogales à leurs enfants. Les fêtes de tichré étaient pourtant organisées de façon à ce que chacun puisse avoir son rite. Deux offices séparés, mais toute l’année ne laissait aucune autre place au rite sefarade. Ils quittaient blessés. À juste titre.
"ner tamid" récemment créé et installé. Le Siakh Itshak est la prière, est le dialogue d'Itshak
mais est aussi un arbuste (siakh) composé de toutes les essences (ici 12 essences de bois)
constituant le judaïsme, représentés dans la communauté Siakh Itshak.
Siakh Itshak poursuivit son chemin comme communauté qui s’israélisait progressivement…mais qui vieillissait aussi au même rythme.
Il y a treize quatorze ans, alors que je voyais chaque trimestre diminuer le nombre de fidèles je commençai à faire entendre la voix de l’impératif d’une solution.
Celle-ci se présenta par l’intermédiaire d’une fille qui avait grandi dans la communauté, venait de se marier, et de se joindre à une tentative de création de communaute par un groupe de vingt à trente jeunes couples qui cherchaient un lieu.
Les premières réunions parurent de bon augure, et ce nouveau groupe avait une condition : il fallait que la communauté soit « israélienne » c’est à dire que les rites des offices soit alternés.
Ce mode commençait petit à petit à se répandre, d’une part dans bon nombre de petites localités, ou kibboutzim d’Israël où la situation démographique fabriquait le mèlange ashkenaze-sefarade, d’autre part dans les quartiers du sud de Jérusalem, en particulier du fait du mélange ethnique en cours dans la société israélienne, de mariages intercommunautaires.
La deuxième étape de l’entrée du nouveau groupe dans la communauté, du « mariage » qui se fit et prit rapidement l’aspect d’une grande réussite (il y a maintenant une centaine de familles, un public jeune, beaucoup d’enfants), fut la réalisation d’un modèle d’office combiné ashkenaze-sefarade pour les grandes fêtes. Modèle selon lequel ce n’est pas l’alternance d’un office à l’autre mais la fusion à l’intérieur de chaque office. Chaque office comporte ainsi des morceaux, des mélodies ashkenazes alternées à des sefarades, tandis que l’office est mené par non un mais deux ministres officiants, le tout imprimé sur un livre qui vient en complément du rituel que chacun apporte avec lui, qui rituel ashkenaze, qui rituel sefarade.
Siakh Itshak est donc une communauté à l’office « combiné » (il y a ces jours-là du fait de l’affluence, deux offices, un uniquement ashkenaze, l’autre selon ce mode qui n’est déjà plus nouveau) de laquelle se retrouvent quelques cent vingt hommes et le même nombre de femmes, où se réalise la véritable rencontre israélienne des diasporas. Prient chez nous des individus pourvus d’ancêtres polonais, allemands, alsaciens et autres français, ukrainiens, italiens, marocains, lybiens, yémenites, tunisiens, syriens, américains, anglais, afghans, australiens, argentins, lithuaniens, roumains, hongrois, turcs et israéliens…et j’en oublie. Au quotidien ne figurent pas de juifs éthiopiens parmi les fidèles, mais dans certaines familles, des éthiopiens se sont déjà mariés avec des enfants.
Ce public est présent cette dernière année pour la partie hommes de l’assemblée de façon très sélective, certains se trouvant sous les drapeaux, les autres ayant pour une bonne part sur l’épaule le fusil mitrailleur de leur situation de réserviste en permission, tenu de ne lâcher son arme nulle part.
La commission « aide intra communautaire » a énormément et de façon impressionnante travaillé cette année pour soutenir telle famille à mari mobilisé, telle famille accablée du deuil d’un proche tombé au combat.
Hier pendant l’office de Kippour, un de nos membres actifs racontait une anecdote rattachée à la guerre (il a lui-même un membre de la famille proche de sa femme parmi les otages et prend une part active aux manifestations en vue d’un accord pour les ramener dans leurs familles, et il intervient régulièrement dans des activités pour soldats du contingent ou réservistes) qui lui avait rappelé un souvenir familial qui m’en a en cascade évoqué un autre : ses grands-parents étaient arrivés à Jérusalem il y a 102 ans et vivaient dans de telles conditions précaires qu’ils élevaient leurs neuf enfants dans un deux pièces et que la table du repas de vendredi soir n’était autre que la porte d’entrée que l’on sortait de ses gonds pour l’occasion hebdomadaire.
Ceci me rappelait que mes propres grands-parents étaient aussi arrivés il y a quelque cent ants, mais à Tel Aviv….pour en repartir un ou deux ans plus tard, ma grand-mère, enceinte, craignant de ne pas réussir à nourrir l’enfant à naître tant les conditions économiques étaient dures. (La tradition familiale conserve le souvenir qu'ils habitaient une maison que mon grand-père avait construit de ses propres mains, en bois. A mon arrivée en Israël j'ai plusieurs fois arpenté Tel Aviv dans l'espoir de la trouver...sans succès). À cette époque. D’après la biographie de Ben Gourion, 90% des arrivants repartaient pour les mêmes raisons.
Mes grands-parents firent un second essai d’alyah raté au moment de la création de l’état, puis vinrent finalement s’installer à Jérusalem et y finir leurs jours, dans un vécu plus apaisé et satisfaisant que toutes les années qui avaient précédé, depuis la naissance et l’adolescence en Pologne, nourries de discrimination, de pogroms puis de l’extermination des proches, en passant par la Palestine d’alors puis la France où il a fallu subir les rafles, l’exode et les poursuites de la deuxième guerre mondiale suivis du redémarrage à zéro, assorti des démarches pour récupérer un appartement attribué à de bons français qui ne voyaient aucune raison de restituer les lieux…Malgré toutes ces mésaventures - de taille - ils avaient réussi à s’édifier, à élever plus qu’honorablement leurs enfants et à s’établir économiquement…mais ne devaient la survie du judaïsme dans leur maison qu’à l’énergie de leur descendance qui reprit le flambeau et le redémarrage des pratiques, puis leur ouvrit la voie du retour final en Israël.
Ce sont de telles situations que certaines bonnes âmes européennes qualifient d’invasion colonialiste…d’un peuple « sûr de lui et dominateur » qui en maltraite un autre sans raison et sans remords.
La prière hier, détail qui a son importance, était celle de Kippour et même si pour des raisons bien évidentes la compassion à l’égard des peuples libanais, gazaouis ou iraniens n’est pas à l’ordre du jour actuel (de trop nombreux endroits du pays vivaient hier un kippour trop assaisonné de sirènes et d’angoisse, certains comme moi-même avait qui un mari qui un fils qui une fille repartant encore durant la même journée au front), je n’ai aucun doute que les attentes de pardon et de rédemption n’étaient assorties que de façon extrêmement isolée de souhaits guerriers ou de vengeance.
Il s’agit d’un peuple duquel la majorité est issue de parents, grands parents ou ancêtres venus pour retrouver la terre historiquement occupée de très longues années par leurs ancêtres, une terre de laquelle ils n’avaient jamais cessé de rêver, une terre qu’ils mentionnaient au quotidien dans leurs prières et leur vécu dans l’attente d’un meilleur quotidien que celui que leur faisaient endurer les nations qui ne savaient que tolérer leur présence. Ces gens ne sont venus en aucun esprit de colonisation au profit d’une quelconque métropole vers laquelle ils pourraient toujours revenir mais ont tous quitté sans retour et sans profit de ventes de leurs biens. Les juifs de France, Angleterre ou états unis sont dans quand même dans cette situation mais ils sont la minorité du peuple israélien. Personne de ce peuple n’est arrivé en conquérant mais cependant animé d’un vif esprit de construction et de reconstruction.
Ce peuple rebâtit un judaïsme esquinté par les siècles, a fait revivre la langue hébraïque dont on m’enseignait en classe de sixième qu’elle était la langue morte d’un peuple disparu, et développe et construit une belle société.
Ce peuple aspire à la paix et à la coahabitation et l’opinion internationale devrait plus contribuer à y travailler qu’oeuvrer à la condamnation d’Israël.
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