dimanche 16 août 2026

Petite chronique estivale israélienne. 1ère partie.

 

L’école de nature de Kfar Etzion organise tout au long de l’année une large variété d’activités de nature. Randonnées pédestres, cyclistes, en jeep, centres aérés d’été pour enfants.
Le lieu, du point de vue géographique, est en bordure du désert de Judée, sur la crète au sud de Jérusalem. À 950 m d’altitude. Les monts de Judée. 
Du point de vue géopolitique, c’est le gouch Etzion. Ce groupe de localités qui s’était créé dans un premier temps en 1927 jusqu’aux massacres de 1929, dans un second temps dans les années 40 du vingtième siècle, groupe duquel les habitants ont été chassés pour certains, massacrés pour la plupart, le drapeau blanc à la main, après s’être rendus aux jordaniens….. le 15 mai 1948.
Depuis 1967, ces territoires, qui étaient aux mains des jordaniens pendant 19 ans, sont redevenus sous contrôle israélien, parmi les « territoires occupés »….mais avec un statut un peu différent du fait de l’ancienneté et de l’antériorité. Les localités ont été reconstruites, de nombreuses autres ont été créées, certaines du nom des premiers fondateurs (Kfar Etzion), certaines en souvenir de l’arbre symbolique du lieu (Alon Shvout), certaines en reférence à tel évènement de l’histoire ancienne (Eléazar du nom du frère des Macchabés qui tua de son javelot l’éléphant du roi Antiochus v et périt sous lui en -167), certaines en référence à tel texte (Tekoa, mentionné comme lieu de résidence du prophète biblique Amos). Même quand le sujet des « territoires occupés à rendre» surgissait toutes ces dernières années, peu pensaient y inclure le gouch etzion.

Au mois d’août, l’école de nature organise une « colonie de vacances pour grands-parents et petits-enfants ».
Un centre aéré de deux jours avec nuit optionnelle sur place.
Les inscrits sont six couples de grands parents, chacun comme nous ayant emmené les petits enfants d’âge compris entre 5 et 13 ans.
Au programme, balades sous le soleil (33° aujourd’hui), d’un point d’eau à un autre. Ici un puits ancien, là une source aménagée, là encore une conduite souterraine creusée il y a deux mille ans…en pente douce sur 20 km !!. Entre tous ces points, des vergers. À l’horizon les localités juives…et les villages arabes.



Nous passons par un lotissement de huit caravanes…qui ne sont autre que l’extension de la localité où nous logeons, ou selon une appellation plus répandue « une ferme ». 





Une parmi les quelques dizaines (plus de cent) qui ont fleuri depuis 2023, par un double phénomène : celui de la politique de la coalition et du gouvernement de droite, et celui de l’invasion/massacre/prise d’otages du 7 octobre 2023.

Les habitants des localités du gouch etzion sont pour la grande majorité d’entre eux de droite et souhaitent l’extension du contrôle israélien sur la plus grande partie du territoire. Mais ce qui était souhait s’est muté en politique de réaction.
« Vous considérez que rien de ce territoire ne nous est légitime (à preuve vous envahissez les villages du sud en bordure de Gaza bien qu’étant situés du côte israélien de la frontière internationalement reconnue et souveraine) ? Vous voulez la terre? Vous ne nous reconnaissez pas de terre ? La terre vous est plus importante que la population ?(vous avez sciemment exposé si ce n’est sacrifié la population de Gaza pour laquelle vous n’avez mis en place aucune protection même en ayant fait venir l’armée israélienne jusque dans les villes) ?».…« Nous vous prenons de la terre…ou tout simplement nous agrandissons notre peuplement ».
Le tout dans une atmosphère paradoxalement non guerrière. Le gouch etzion fait un effet d’agglomération très active. Beaucoup de circulation, beaucoup de lieux d’attraction, beaucoup de boutiques et centres commerciaux. Il y a de la présence militaire, et certains parmi les locaux sont armés mais l’ambiance est joviale et calme.

Les moniteurs font un tour de table des participants. Chacun raconte sa provenance. Il y a des locaux, dont les petits enfants habitent ailleurs dans le pays (Tel Aviv, Rehovot, Akko), certains sont natifs d’Israël, certains sont même troisième ou quatrième génération dans le pays ou même dans le gouch etzion, certains sont venus de Biélorussie, du Canada, de France, de Panama, du Mexique…

Deux seuls jours plus tard, mais alors qu’il semble aux heureux grands-parents qu’un mois entier s’est écoulé, la colonie s’achève par la sensationnelle visite de la conduite d’eau « Biyar » creusée il y a plus de deux mille ans dans le roc en pente contrôlée sur les quelques 20 kms qui nous séparent de Jérusalem, afin que l’eau n’y manque pas, surtout lors des fêtes de pèlerinage pendant lesquelles affluait le peuple de tous les coins du pays si ce n’est du moyen orient. Une réalisation plus qu’impressionnante dans laquelle nous marchons quelques vingt minutes, eau glacée jusqu’aux genoux, parfois en devant rester tête baissée. Les petits ont préféré ne pas se joindre à nous…et ils ont bien fait, le trajet leur aurait été fastidieux.

Nous bouclons notre séjour par une visite au point culminant du gouch etzion, « l’observatoire des mille » situé dans la localité Neveh Daniel, et s’élevant à 1000 m au-dessus du niveau de la mer. La vue sur 360 ° est dynamisante. Le vent est à couper la tête. 



Tous les petits-enfants de ce centre aéré sont des petits israéliens. Pour la plupart, ignorants de l’histoire du conflit dans lequel vit le pays depuis un siècle. Ils sont tout simplement nés ici. Ils grandissent comme des petits juifs israéliens, dont la nationalité va de soi, qui savent qu’il y a une guerre, depuis bientôt trois ans. Ils ont vu le chaos du pays après le 7 octobre. Certains ont frère, père ou proche qui a passé une part non négligeable des trois dernières années en uniforme, certains ont même connu personnellement tel ou tel otage, telle ou telle victime, tel ou tel soldat tombé au front. Ils ont tous vécu les bombardements iraniens, ou de Gaza, ou du Hezbollah ou du Yemen, tous sont encore directement ou indirectement sous le choc du 7 octobre, et ont l’habitude d’entendre des alertes et de descendre dans les abris. 

Mais ce n’est pas leur quotidien.
Le quotidien de pratiquement tous les enfants de ces deux jours est le judaïsme dans la vie quotidienne. Ils étudient pour presque tous dans les écoles du réseau national-religieux, qui les préparent aux études en université, mais avec un fort bagage juif en plus du bagage séculier, ils arborent comme c’est devenu la mode ces derniers temps péot abondantes et tsitsit bien visibles.
Ils vivent ce que la gauche islamogauchiste appelle un formatage au sionisme mais qui est vécu par les locaux comme l’éducation au judaïsme des « juifs redevenus hébreux », c’est à dire juifs qui ne sont plus soumis aux lois de l’exil, qui ne sont plus « citoyens de seconde zone » dans des pays où l’antisémitisme parfois sommeille parfois se réveille, juifs qui considèrent la Torah non comme un livre religieux mais comme un livre qui contient les éléments d’une société entière, avec ses lois sociales, ses lois sur les relations interpersonnelles, et sur comment vivre son judaïsme au quotidien, au rythme h24 comme on dit en France, 24/7 comme on dit en Israël. Cela inclut l’enseignement du sionisme au biberon, et l’importance de la présence juive en Israël.

Le programme de ces deux jours alterne donc promenades entre les vergers et les arbres (on est à 950 m d’altitude, il fait très chaud mais il y a beaucoup de végétation et de vent), activités de terrain (fabrication de pitot, baignade en sources, feu de camp avec pommes de terre en chemise ), et pour les plus grands un audiovisuel de récit de l’histoire du lieu, qui a donc compris première installation en 1927, destruction avec massacre puis de nouveau reconstruction suivie cinq ans plus tard de ce massacre…le 15 mai 1948 (jour de proclamation de l’état ! ) et reconstruction en 1968 juste après la guerre des six jours. Le lieu a été reconstruit dès 1967 (première implantation !) entre autres par onze enfants des premiers pionniers (l’audio visuel raconte comment ils ont pris la décision d’évacuer les femmes et les enfants à temps), le gouch s’est beaucoup développé et agrandi, y vivent aujourd’hui plus de cent mille habitants juifs, ainsi que les arabes palestiniens des villages environnants.







combien est-il un microcosme de la société israélienne ? Ce serait exagéré de le prétendre. Mais c’est l’Israël des partisans de Ben Gvir, Smotritch, Orit Strok, la frange religieuse de la coalition sur laquelle s’est constitué le gouvernement qui est en train de finir son mandat.
Un gouvernement qui s’est placé et maintenu en opposition à une prétendue gauche soupçonnée de brader le pays et les valeurs juives, en particulier soutenu par cette frange de la population.
Un gouvernement qui n’a pas vu arriver le 7 octobre 2023, mais qui se défend d’en assumer la responsabilité, tout en menant depuis une guerre qui a bien terni l’image d’Israël aux yeux de l’opinion mondiale.

Combien ceci préoccupe nos petits-enfants ainsi que ceux qu’ils ont cotoyés pendant ces deux jours ? Probablement encore assez peu…mais il faudra qu’eux aussi s’attèlent bientôt à cette difficile tâche, assumée au fil des siècles par Avraham, Itshak, Yaakov, les patriarches, Yossef, Moshé, Yehoshua, Shmuel, David, Shlomo, Yoshiahou, Ezra, les bibliques, Shimeon Hatzadik, Matityahou, Rabban Yohanan Ben Zakaï, Rabban Shimeon ben Gamliel, Rabbi Akiva, les figures rabbiniques qui ont tenu les communautés de diaspora au fil des siècles, Hertzel, Ben Gourion, les modernes, et ceux qui leur ont succédé à la tête de l’état…la tâche du judaïsme au fil des siècles, de l’accomplissement individuel et sociétal de ce que la Torah contient, pour le bénéfice potentiel de l’humanité, de façon conjuguée avec le reste du monde.

 

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