Metula. La localité la plus
au nord d’Israël.
Un joli village de montagne,
perché à 700 m d’altitude, adossé à la frontière libanaise.
Le village a été créé en 1897
avec un achat de terres réalisé par le baron de Rotschild.
Dans les années 70 et 80 le
centre de sports local abritait une patinoire, une piscine olympique et la
seule équipe de hockey sur glace d’Israël.
En contre-bas, dix kms au
sud, Kyriat Chemona, localité plus sérieuse, où se développe les quinze
dernières années ce qui est devenu une université il y a deux-trois ans, où se
dresse fièrement un centre de start-up, un palais de la culture…(en travaux ...visiblement après avoir été touché par un missile).
Ces deux localités ont eu
leur baptême du feu dans les années 80, avec la première guerre du Liban, et
furent au fil des années de plus en plus souvent arrosées de roquettes en
provenance du Liban.
Après le 7 octobre 2023, et
le début de la riposte israélienne et de l’entrée de l’armée à Gaza, le
hezbollah, installé dans le sud Liban et armé par l’Iran depuis une vingtaine
d’années, a commencé à bombarder le nord d’Israël « en soutien au peuple gazaoui
»….sans avoir le moindre conflit frontalier avec Israël.
Les localités frontalières du
nord et situées à moins de 5 kms de la frontière ont dû être évacuées ( 61800
personnes) tandis que la zone devenait zone militaire interdite aux civils.
Nous étions venus à Rosh
Pina, à 35 kms au sud de Metula en février 2024 et avions été sidérés du calme
qui y régnait. On ne sentait aucune atmosphère de guerre. Tout au plus y
avait-il eu trois alertes à Rosh Pina au cours des cinq derniers mois. On savait
que la route était fermée quelques kms plus haut mais on ne sentait rien.
Les gens à qui appartient le
B and B chez qui nous logeons ont passé près de deux ans dans un hôtel à
Tibériade, tandis que toute la population du nord était retranchée un peu
partout dans le pays en attendant que la zone soit ré-ouverte.
Les soldats en active ou en
réserve racontaient tous comment beaucoup de maisons de Metula et de Kyriat
Chmona avaient été touchées par des roquettes du hezbollah, ou des missiles
quand les houtim du Yemen puis les iraniens se sont joints -, comment les routes
et les rues étaient défoncées par les engins militaires plus lourds que les
voitures et camions civils.
Être cet été à Metula est à
la fois réconfortant et saisissant.
Réconfortant parce que les
habitants sont rentrés chez eux. Les chiffres les plus récents annoncent 87%
des « déplacés » retournés chez eux. Ni Kyriat Chmona ni Metula ne
paraissent vides.
Metula plus que Kyriat Chmona
cependant. Mais la localité a déjà fait l’objet d’énormément de travaux de
réfection.
Les routes, les rues, les
trottoirs sont neufs et paraissent avoir été rénovés à 90 %.
Il reste des maisons
endommagées mais on en voit beaucoup dans lesquelles les travaux sont
activement en cours, et surtout le centre du village fait l’objet d’un
important lifting, l’élevant au niveau des lieux dans lesquels on veille à
donner un aspect historique et authentique, tels Zikhron Yaakov, Binyamina ou
Rosh Pina.
Ce matin, crochet par le
promontoire « Dédo » d’où on voit tous les alentours, pour la plupart
plus bas que l’endroit où nous sommes. Le plus saisissant est le spectacle des
villages libanais proches de la frontière. Villages en ruines, dans lesquels la
plupart des maisons sont détruites. On dit en Israël que ces villages étaient
des avant-postes du hezbollah et que l’armée israélienne a dû déloger les
habitants et supprimer leur armement, ainsi que les quelques tunnels offensifs
qui avaient été creusés. Le but officiellement et ouvertement proclamé était de
créer une zone tampon élargie, ce qui fut fait. Ces destructions en sont le
signe tangible.
derrière le mur de séparation, un village entièrement en ruines.
Cet après-midi, randonnée à
la cascade en contrebas de Metula, où nous croisons peu d’autres promeneurs et
où la nature est tellement typique de cette Haute Galilée, avec figuiers, mûres
mais aussi eucalyptus, platanes et "pistachiers de palestine" avec leurs grappes
de fruits rouges, et surtout lauriers roses du nom desquels en arabe est nommé
le cours d’eau et ses multiples cascades dégringolant de la montagne.
Ce soir et demain soir,
concerts gratuits au parc de Metula. Ce soir Ehoud Banaï, demain Tippex, les
deux parmi les troupes israéliennes les plus populaires au cours des trente
dernières années.
Le grand nord est loin d’être
désert. Près de mille personnes à vue de nez dans le grand amphithéâtre en
plein air pour chanter avec Ehoud Banaï. Atmosphère chaleureuse et décontractée
« d’après guerre » avec une annonce sécuritaire en entrée de concert
vraisemblablement « pour la forme » (elle annonce que s’il y a alerte
le concert s’interrompra et ajoute qu’il y a en haut de l’amphi…une migounit,
ponctuée par les rires de l’assistance.
p.s. photo prise avant le début du spectacle et arrivée de toute l'assistance.
L’élément le plus visible- si
ce n’est omni présent à Kyriat Chmona est ce qui est appelé en hébreu
« migounit », abri de béton pouvant accueillir jusqu’à une vingtaine
de personnes et posé à côté de chaque arrêt d’autobus ou de loin en loin sur le
trottoir. Au centre de la localité, sur l’artère centrale, elles sont
peintes/décorées et rappellent en fait à presque chaque minute de quoi est ici
souvent le quotidien et combien ce que l’on voit aujourd’hui, la vie,
l’animation, la présence dans les restaurants, cafés et commerces est en
contraste et en soulagement avec cette guerre qui n’est pas terminée
formellement mais qui a cessé de paralyser la vie en Israël.
Restent ces abris et le son
du canon de temps à autre pour rappeler que les choses ne sont pas entièrement
revenues à la normale. Mais l’un comme l’autre sont le signe qu’Israël qui est
vue par les foules européennes de ces dernières années comme un monstre
guerrier quand ce ne sont pas des termes plus lourds qui sont employés, est une
société de vie.
L’effort central n’est
nullement de combattre l’ennemi. Il est de maintenir et de développer la vie.
Ce que les médias et les
manifestants européens omettent de mentionner ou même de remarquer, c’est
combien cette société de vie est aujourd’hui meurtrie. Peu d’israéliens diront
qu’ils ne connaissent personnellement personne qui ait été pris en otage, blessé
ou tué. Beaucoup sursautent encore aujourd’hui à quelque bruit lointain
difficile à identifier ou pouvant de loin rappeler une sirène. La caissière du
bazar de Kyriat Chmona racontait à une amie combien sa maison ayant été touchée
par une roquette était dévastée, le contenu presque intégralement à remplacer..
Les toits rouges de Metula
sous le ciel bleu du mois d’août, avec la végétation luxurieuse et les champs
qui les entourent sont cependant le signe le plus tangible de la santé et de la
vie.
Le troisième jour de notre
tout petit périple du nord se déroule dans le golan…peu visé durant cette
guerre, mais où on trouve aussi bon nombre de migouniot, y compris dans les
localités druzes.
N.B. sur le tuyau d'arrivée de l'eau plusieurs stickers dont le nord et les lieux de promenade du pays (aussi le gouch etzion) sont remplis. A la mémoire des soldats tombés...
On retrouve nos lieux de
randonnées de la période où les enfants étaient petits…et on reprend une dose
de sentiers jaunes (les épis) et noirs (les pierres et la terre volcaniques)
sous une température torride.
Là aussi relativement peu de
promeneurs. Quand nous avons raconté mercredi que nous étions en route pour
Métula, la réaction fut étonnée, presque admirative.


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