jeudi 28 janvier 2021

Comme ce mythe du petit garçon hollandais qui tient la digue de toute la Hollande avec le petit doigt.

 



Derrière ce qui semble ne paraître aux principaux commentateurs politiques que jeux de scènes et d’intérêt, ne se dissimuleraient-ils pas de bien plus profonds enjeux ?

En ce janvier 2021, tandis que la science et le covid paraissent aveuglément engagés dans un interminable bras de fer, Israël est aux prises avec une situation sociale aussi effarante qu’aberrante : les harédim connus pour leur discipline communautaire, pour leur attachement thoraïque à la suprématie de la vie humaine sont tout à la fois la frange la plus touchée par le virus et la plus indisciplinée vis à vis des consignes de protection.

On voit très peu de gens masqués dans les rues de méa shéarim, on les voit s’agglutiner au moindre enterrement, au repas de tel maître, et surtout on assiste à de violents affrontements avec les forces de l’ordre.

Les commentateurs pointent les enjeux politiques du doigt et décrivent deux paramètres. Netanyahou est en campagne électorale et il fermera les yeux à toutes les infractions pourvu que les partis ultraorthodoxes le soutiennent et lui donnent cette majorité si de plus en plus fragile au fur et à mesure de ses années au pouvoir, d’un côté.

Les partis ultraorthodoxes n’ont aucune idéologie politique autre que le porte monnaie et ils ne donnent ou retirent leurs voix qu’à l’aune des budgets qu’ils éspèrent obtenir, de l’autre côté.

Il est certain que ces enjeux ne sont pas minimes, mais ils me paraissent être insuffisants à expliquer le paradoxe actuel.

Il y a ici pléthore de contradictions dans ce que peut voir le plus myope des observateurs. Ils ne se protègent pas d’un danger qui n’est hypothétique qu’aux yeux des aveugles, ils enterrent plus de morts que toutes les autres franges réunies, et surtout personne chez eux ne semble mener les violences, comme si elles se déclenchaient toutes seules.

Mieux, tout chef spirituel ou politique interviewé aura à coeur de se défendre : “ ce ne sont pas nos ouailles”, “tout le monde chez nous fait très très attention, respecte la loi”...

Et le choeur de poursuivre : “ ils sont aveuglés. Ils ont eu la même attitude pendant la shoah qu’ils ont été les derniers à voir venir et à fuir”..

Alors quoi ? Qui ?

Il me semble que la comparaison avec la shoah est à sa place mais un peu inexactement vue.

Autant pendant la shoah que face au corona, ce qui meut les rabbins (cette communauté suit ses maîtres, on ne prend pas d’initiative politique ou sociale quand on est ultraorthodoxe. Si on est en désaccord, il faut avant tout que cela ne se voie pas) est bel et bien la préservation...mais la préservation des individus de façon secondaire uniquement.

Passe devant la préoccupation historique. L’enjeu primordial est la survie du judaïsme face aux tumultes de l’histoire.

Et les ennemis que sont les nazis ou le corona sont considérés moins dangereux que le sécularisme.

Le regard ultraorthodoxe sur le monde moderne et laïque est éminemment méfiant si ce n’est condamnatoire.

Internet, les smartphones et la télévision sont les pires dangers parce qu’ils tourneront et perdront toutes les jeunes têtes dont les yeux auront été happés par ce qu’il y a à y voir.

A y voir (impureté par absence de pudeur) et à y découvrir.

Aux yeux des chefs de file les plus obscurantistes, wikipédia est ainsi potentiellement plus nocive que les sites pornographiques. Les derniers excitent mais la première bouscule. Les derniers font perdre la tête mais la première trouble l’esprit.

Les ultraorthodoxes sont obnubilés d’un vécu assez bien mis en scène dans ce mythe du petit garçon hollandais qui voit une fissure dans la digue et une brèche par laquelle coulent quelques gouttes d’eau. Il enfonce son doigt dans la brèche, et l’y maintient, comprenant que si l’eau continue à passer, la digue cèdera bientôt et submergera toute la partie de son pays gagnée sur la mer.

Et donc, il tient. Acte héroïque s’il en fut. Mais tout autant acte de panique et de paralysie. Il ne peut que rester immobile à tenir, il ne peut pas voir ce qui se passe autour de lui, tant il doit se crisper et ne pas lâcher.

Aux yeux des ultraorthodoxes, le monde ne tient que par la Torah. Qu’elle soit oubliée et le monde sera inondé, ou disparaîtra. Et la Torah ne subsiste que si on l’étudie. L’idéologie ultraorthodoxe israélienne ne se borne pas à éduquer les enfants à devenir des adultes qui concilieront vie professionnelle et étude de la Torah, ils aspirent, et en fin de compte exigent de ne faire qu’étudier la Torah, et de recevoir pour cela un salaire. C’est la seule activité licite du monde ultraorthodoxe israélien. Ceux qui font autre chose sont “second choix”.

Le petit garçon hollandais du mythe ne pense semble-t-il pas à appeler au secours, à se faire aider. Il tient la digue et c’est l’essence de sa vie.

Les ultraorthodoxes sont plus que sceptiques de l’usage fait de la Torah par tous ces modernes, qui leur rappellent deux mille ans de vie des juifs dans le monde catholique, lui-même issu d’un modernisme de la Torah. Un modernisme qui a évolué non seulement en tout autre chose, mais en pogroms, jusqu’à la shoah.

Ils se sont mis des œillères parce que les déviations proviennent des yeux. Ils ne regardent pas autour d’eux, comme Tartuffe...puisqu’ils utilisent largement et bénéficient de tout le modernisme, et de toutes les infrastructures de ce pays qu’ils dénigrent tant...puisqu’il est si loin de l’image idéale - la seule envisageable - de ce que doit être la terre d’Israël du retour de l’exil.

Ils sont prêts - de façon pathétique - à commettre des actes désespérés s’ils ne peuvent plus étudier cette Torah, seule raison de leur existence.

Et la plupart d’entre eux sont cent pour cent sincères. Sont acquis à la cause du “torato oumanouto” (son activité est la Torah, aboutie au vingtième siècle en position exclusive : “il n’est d’activité licite que la Torah”), et ceci malgré un appauvrissement lamentable de cette même torah : le monde ultraorthodoxe n’est pas représenté aujourd’hui par un Soloveitchik, un gaon de Vilna, un rabbi Hayïm de Volojyn, un rabbi de Kotzk ou un Hazon ich. Il est représenté par des individus qui reçoivent de façon éminemment respectueuse de pompeux et élogieux titres sans que parvienne à nos oreilles le moindre écho de quoi que ce soit, de quelque enseignement, de quelque vision du monde qui justifie de tels superlatifs. Et les lumières qui éclairent le monde juif d’aujourd’hui, le rav Zachs, le rav Steinzaltz, ou autre penseurs et figures contemporains ne méritent aux yeux de la population ultraorthodoxe que mépris, ou dans le meilleur des cas indifférence.

Ces personnages ont le défaut principal d’être ....instruits. Cette exigence de placer la Torah en position d’exclusivité a pour résultat d’imposer de ne pas perdre son temps à étudier autre chose...ce qui aboutit à une ignorance très étendue.

C’est en fin de compte le pire. Ils condamnent leurs ouailles à la plus grande ignorance qui soit....dissimulée sous un vernis d’étude ininterrompue. Une étude qui n’est trop souvent que répétition interminable des textes, dans le cadre d’un système scolaire qui fonctionne sans formation et sans inspection, c’est à dire sans tentative de réguler l’approche et l’approfondissement (il y a ainsi quelques maîtres qui sauront approfondir mais il ne s’agit vraisemblablement que de la minorité). Et ils justifient le refus d’étudier quoi que ce soit de laïque par l’importance allouée à la Torah supposée “incluant tous les savoirs”.

Une des conséquences afférentes est le manque total de conscience politique. Un manque provenant du refus d’étudier le sujet, associé au refus de fonder une société en Israël tant que le messie ne sera pas venu, associé à deux mille ans de vie juive en général en marge de la société, une société qui ne leur donnait pas de droits citoyens.

Une autre conséquence est l’ignorance dans le domaine scientifique, aussi jugé idéologiquement problématique si ce n’est dangereux, tant la science s’étant positionnée en concurrence de la religion dans la civilisation occidentale.

Il y a aussi bien entendu une ignorance littéraire et artistique à peu près totale, mais qui est moins problématique que l’ignorance politique et l’ignorance scientifique. Si la première n’a que la conséquence de produire un public ignorant, les deux autres mettent le public ultraorthodoxe en situation paradoxale...et parasitaire. Ils utilisent, et consomment et profitent de ce qu’ils dénigrent ouvertement.

Ce que les dirigeants de cette société semblent ou sont incapables de prendre en compte - et peut-être de voir - c’est que la démographie fait de ce monde une société. Si il peut être justifiable au niveau individuel de se consacrer à la Torah, si il peut tout autant être un vœu licite de parents de voir leur enfant emprunter une telle voie, le système ne peut être celui d’une société entière à moins d’en faire - ce qui est le cas actuellement en Israël - un groupe qui vit aux crochets du système.

Il s’agit d’une société empêtrée dans un vécu subjectif et presque psychotique de péril imaginaire. Il s’agit d’une société qui est loin d’être monolithique mais que ce thème de complexe du petit garçon hollandais réunit réellement. Il s’agit d’une société qui commet dans la situation actuelle une sorte de suicide passif. Il faut leur souhaiter et souhaiter au judaïsme si ce n’est au monde que la catastrophe qui les frappe en ce moment soit le moteur de leur éveil.

vendredi 25 décembre 2020

Le 10 Tébet 5781.

 

Aujourd'hui 10 Tébet – mais aussi par hasard 25 décembre, jour de Noël – est un jour bien particulier.

Certains juifs ne jeûnent pas ce jour. Parfois parce qu'ils ne sont pas juifs pratiquants et ne se plient pas aux consignes du rituel, parfois parce qu'ils ne "sentent" pas ce jeûne, qui figure dans les calendriers traditionnels comme commémorant la première brèche faite dans la muraille de Jérusalem par Titus, qui détruisit ensuite le temple, six mois plus tard, le 9 av de l'année +70 (3828 selon le compte depuis la création du monde, compte selon lequel nous sommes dans l'année 5781), considérant que cet évènement du 10 Tébet est peut-être largement dépassé : pourquoi jeûner pour cette première brèche quand c'est en fin de compte  toute la ville qui a été détruite ? pourquoi jeûner pour la destruction d'une ville qui a été reconstruite depuis longtemps ?

Certains juifs jeûnent ce jour, parce qu'ils sont juifs pratiquants, parce qu'ils se plient aux consignes du rituel, ou parce qu'ils regardent ce jour comme tragique du fait qu'il a marqué le commencement de la fin, on ne doit pas seulement marquer l'aboutissement d'un processus de destruction mais remonter à sa source.

Certains juifs, cependant, jeûnent ce jour pour une raison supplémentaire : le 10 Tébet depuis trente ans a été déclaré "jour du kaddish indéterminé", c'est-à-dire jour où on dit le kaddish pour les individus dont on ne connaît soit pas la date exacte de décès, soit pas le lieu  de sépulture.

Cette déclaration a permis à ceux qui ont perdu un proche par exemple lors de la shoah, n'ont pas su le jour exact de l'extermination et n'ont pas de tombe sur laquelle aller se recueillir, de pouvoir dire le kaddish pour eux "en compagnie", de pouvoir bénéficier d'une reconnaissance publique de cette disparition et de leur deuil.

Mon père a ainsi perdu sa mère et a bénéficié de cette décision de mise à jour de la halakha.

Tristement, cette décision sert aussi à alimenter une autre controverse : celle qui est née de la proclamation du 28 Nissan comme "jour anniversaire de la shoah et de l'héroïsme", par les autorités israéliennes et sionistes dès après la proclamation de l'état d'Israël en 1948. Certains ne voulurent pas honorer cette décision par désaccord idéologique avec ses proclamateurs, soit qu'ils étaient en désaccord avec le sionisme et ses réalisations, soit qu'ils ne s'identifiaient pas à la réunion de la shoah et de l'héroïsme militaire de l'armée israélienne ou des juifs qui ont vaincu l'opposition antisémite ou antisioniste, refus de s'identifier soit politique soit religieux.

Je m'associe quant à moi non tant pour saisir une occasion qui m'est donnée que pour saluer ce pas. Un très juste et heureux pas en avant qui atteste d'une trop rare capacité des décisionnaires du judaïsme religieux de faire preuve de clairvoyance et de capacité de décision et d'impact.

Je jeûne le 10 Tébet en tant qu'il est le jour où s'est trouvé marquée la tragique disparition de ma grand-mère à Auschwitz en 1943, en souvenir d'elle, et pour m'associer au deuil de ceux qui ont aussi perdu un/e proche dans ces circonstances et ils sont nombreux.

Je ne jeûne pas par contre du fait de cette brèche d'il y a 2000 ans, parce que je considère que jeûner pour cette raison revient à nier l'histoire de ces dernières cent et quelques années, histoire qui a permis et vu la proclamation de l'état d'Israël et par cela, la réinstallation du peuple juif sur sa terre et la renaissance inégalée tout au long de l'histoire du judaïsme de ce fait.

Depuis les débuts du sionisme, l'hébreu a été ressuscitée comme langue parlée et écrite, et l'étude de la Torah a été revivifiée. L'état d'Israël a permis l'accueil et le sauvetage de milliers de juifs du monde entier et est le lieu d'un développement (démographique, scientifique, culturel mais aussi moral et civilisationnel) qui n'a pas son équivalent dans le monde. Israël est un lieu d'où émanent énormément d'apports à l'humanité entière – même si je ne voudrais pas que l'on oublie que ce tableau comporte encore bon nombre d'imperfections – et ce jour du 10 Tébet est témoignage et attestation de cela.

En ce jour, triste parce que nous nous devons d'honorer la mémoire des disparus, mais honorable et solennel, je salue tous ceux qui liront ce texte et s'y associeront, qui soient-ils et où soient-ils de par ce monde.


mercredi 30 septembre 2020

Sur l'origine du nom Pisanté על מוצא השם משפחה פיזנטה

 

Petit récapitulatif de recherche des origines du nom Pisanté  :
 

Texte bilingue -טקסט עברי-צרפתי

תמצית תוצאות החקר הלא מקצועי שערכתי על מקורות שם המשפחה שלנו :


A la différence de celui qui nait Dupont ou Goldberg, patronymes dont l’origine est évidente, celui qui naît avec un nom que personne d’autre ne porte (et en France, je n’ai jamais connu d’autres Pisanté que dans ma famille) est naturellement poussé à s’interroger sur l’origine du nom. Le point de départ auquel je me suis trouvé confronté est celui de l’ignorance complète, de l'énigme absolue. Je ne suis pas le premier à avoir posé la question, je suis à peu près sûr que mon père l’avait posée, mais lui et moi n’avons pas eu de véritables réponses, n’avons entendu que des suppositions :

אם למי שמסתובב עם שם ברור כגון כהן או גולדברג, או פרנקפורטר אין שאלות על מקור שמו, מי שנולד בארץ בה הוא האדם היחיד הנושא שם מסויים, מובל אוטומטית לשאלות אטימולוגיות. ידוע לי שהנרי (אבי עליו השלום) שאל את עצמו ואני שאלתי את עצמי כל אורך הדרך, גם ביני לבין עצמי, גם בעקבות הערות/שאלות/השערות של הסביבה.


  • Mon grand-père qui avait dit que quand on appelait les Pisanté à la Torah en Turquie, ils étaient « ben peshat » et donc, l’origine du nom était probablement le métier de changeur de monnaie (peshat comme pesetas),  
  • Yaakov Pisante de Rishon letzion tient de son père la même hypothèse (il est hispanophone, prononce son nom Pissanté et dit que l'origine du nom serait  "pesante" comme pour désigner en espagnol celui qui pèse), l'origine du mot pesetas…
  • Ruth Rachelberg, spécialiste universitaire israélienne de littérature séfarade et qui affirmait que l’origine du nom était la ville de Tolède,
  • Certains qui avaient émis l’hypothèse de Byzance→ Byzantin→ Pisanté..
  • Et rapportons aussi l'hypothèse du rédacteur de l'encyclopédie "arzé levanon", Moshe Wanono, qui voit dans certain poème l'indication que le nom Pisanté renverrait à la colombe . Je n'ai pas encore trouvé le dit poème ni élucidé cette hypothèse..

 

...et je me sens quant à moi assez tenté d’opter pour une hypothèse « Pise-Byzance » pour plusieurs raisons :


  • il y avait à Constantinople du moyen âge (années 1100-1200) trois quartiers dans lesquels vivaient des juifs au sud de la corne d’or, un de séfarades espagnols (déjà avant l’expulsion de 1492), un de vénitiens et un de pisans, et il y avait au nord de la corne d’or, dans le quartier Pera nommé aujourd’hui Galata un quartier de juifs mizrahim-égyptiens et byzantins (romaniotes) . Il y a eu plusieurs vagues, de quartiers qui ont brûlé, d’où les juifs ont été chassés au fil des guerres et des changements de souveraineté, en particulier le quartier pisan qui fut incendié en 1203, et une nouvelle fois quelques années plus tard, provoquant des déplacements de sa population. 

  • David Jacoby (historien de l'université hébraïque de Jérusalem spécialisé dans l'histoire des juifs balkans et auteur de très nombreux articles sur le sujet) a retrouvé des contrats d'achat de maisons, par des pisans, dans le quartier de Pera. Par ailleurs, le statut pisan était très auto valorisé et il est bien possible que cela ait poussé des exilés à se parer de leur provenance, ou à être désignés par leur provenance. Le même Jacoby dit qu'on ne trouve plus trace de commerce avec des pisans passé 1390, ce qui pourrait indiquer qu'à cette époque le quartier fut habité par d'autres habitants et que l'identité pisan ne fut plus qu'un souvenir à garder. J’imagine donc aisément qu’un pisan qui arrive dans un autre quartier, Kuzkunjuk par exemple, alors village sur la rive asiatique du Bosphore, peuplé essentiellement de juifs et dans lequel se seraient installés les sefaradim à leur arrivée d’Espagne, puisse être appelé Pisanté, ou décider de se faire appeler ainsi, peut-être même en double souvenir, de Pise et de Byzance, deux nationalités déchues, à l'époque où les juifs romaniotes se sentaient un peu malmenés par cette vague d'immigration de juifs d'Espagne qui les a finalement noyés, peut-être dans un accès de créativité…même si la créativité n'était pas trop en vogue dans cette période de l'histoire du monde. 




  • le Bosphore et Istanbul vus depuis Kuskunjuk. הבוספורוס והעיר איסטנבול, מבט מקוזקונג'וק


  • De la même manière, la terre d’Israël ayant été incluse dans l’empire ottoman à compter de 1244, il est possible d’imaginer que d’autres pisans aient pu aller se réfugier jusqu’en Bulgarie ou en Israël, ce qui expliquerait la présence de Pisanté aussi à Tsfat et à Jérusalem (comme en attestent le "livre des envoyés d’Israël" qui mentionne deux Rabbi Pisanté, un né en 1540 environ, l’autre en 1820 environ, et l’encyclopédie « Arzé halevanon » qui fait mention de cinq rabbis Pisanté supplémentaires au fil des siècles, les cinq ayant vécu en Israël).

  • Renforce cette hypothèse l’opinion d’Avshalom Kor, spécialiste de la langue hébraïque, dont personne en Israël n’ignore le nom et les capacités, en matière d’étymologie de l’hébreu en général et des noms en particulier, consulté sur le sujet, et qui rattache le nom Pisanté à Pise,

  • Renforce cette hypothèse le type nettement italien de plusieurs des membres de la famille (Jacques, mon grand père, Rebecca) et cela va dans le sens de ce qu'écrivait Moïse Franco en 1897, dans son "essai sur l'histoire des israelites de l'empire ottoman depuis les origines jusquà nos jours".

  • Renforce cette hypothèse le résultat de mon analyse de salive par ancestry qui me gratifie de 9% d’origine italienne contre 0% espagnole

  • Renforce cette hypothèse le fait que le nom Pisanté ne figure pas sur la liste des noms des ressortissants espagnols potentiels publiée par le ministère espagnol des affaires civiles.

  • S’oppose à cette hypothèse l’affirmation de ma cousine Cela d’Istanbul qui véhicule la tradition que les Pisanté sont des séfarades d’Espagne,

  • S'oppose également à cette hypothèse la lecture "Pissanté" (et donc hispanophone ) du nom.

  • Mais je peux comparer à ce sujet ma propre expérience d’un grand-père qui ne m’a laissé aucune tradition en ladino (mais je sais de source sûre qu'il parait ladino parfaitement. Néanmoins, il semble que la langue de la famille était plutôt le français), avec par exemple d’autres traditions de juifs turcs qui ont reçu encore et encore maintes recettes de cuisines ou traditions en ladino.

  • Et mon grand-père en arrivant en France, se fait appeler Pisanté (et non Pissanté), de même qu'est inscrit sur la tombe de Bekhor "Pizante", de même que les rabbins mentionnés au fil de l'histoire portent en hébreu le nom "Pisanté" (c'est-à-dire avec un "zaïn" et non avec un "samekh",

  • Et renforcent enfin l'hypothèse d'une origine Pizanté-Pizanty (plutôt que Pissante) les nombreux personnages que l'on trouve en sollicitant google en hébreu (joueur de foot, joueur de basket, professeur au technion, professeur en stomatologie, avocat, prof. de Feldenkreiz, tourneur professionnel et autres), ainsi que dans le domaine du judaïsme (un Reuven Pizanty qui écrit des livres de commentaires de la Torah, un David Pizanti parmi les enflammés du troisième temple..ceci pour Israël. En faisant la recherche en lettres latines, on trouve aussi une Nathalie Pisante, sculptrice, en Grèce…

  • Facebook est aussi relativement rempli de Pisante et de Pizante et il me semble que les premiers sont surtout italophones, et non juifs, tandis que les seconds sont plus hispanophones , et aux USA ou en Amérique, et juifs pour une assez grande partie d'entre eux.

  • Tout ceci atteste d'une assez large présence du nom en Italie et aux USA, mais aussi semble renvoyer à une présence en particulier dans l'ancienne Asie mineure (Turquie, Rhodes, Grèce, Egypte, Israël et Bulgarie). De plus, existe une compilation des rabbins "babyloniens" (c'est-à-dire étant arrivés à Jérusalem d'Irak et alentours) dans laquelle figure au moins un Pisanté.

 




נוכחתי לגלות שנקודת המוצא ביחס לחיפושים אודות השם פיזנטה היא אי ידיעה מוחלטת.

·         הנרי אבי קיבל מאביו את התשובה : ״כשעלו בני המשפחה לתורה, היו קוראים להם ״בן פשט״ וזה אולי מתחבר למילה הספרדית ״פסטה״ שמשמעה מטבע כסף, דבר שאולי נובע מזה שהפיזנטה הראשון התעסק - כמו הרבה יהודים - בסחר של כסף, חלפנות.

·         יעקוב פיסנטה, מראשון לציון, בן דוד רחוק, קיבל מסורת קרובה : מקור השם במילה "פסנטה" שבספרדית משמעה "לשקול", כשם שניתן לאדם שעיסוקו שקילה, שקילה של כסף...מקור שמד דומה ומוביל אף הוא למילה פסטה..


 כשהגענו ארצה מצאנו עוד מספר לא מבוטל של אנשים בעלי אותו שם (או בווריאציות קלות, פיזנטי למשל), רשימה ארוכה למדי אפילו. הייתה למשל חנות של מוכר שעונים/תכשיטים פיזנטי מול הדואר המרכזי בירושלים, ברחוב יפו, הייתה רופאת פה לסת בהדסה בשם פרופסור פיזנטי. וחיפוש בגוגל מעלה עוד הרבה בעלי אותו שם. אלה מהחנות וגם הרופאת שיניים היו מבולגריה. אחרים הם מרודוס, ממצרים, היה שחקן כדורגל ידוע בעל אותו שם, וגם כדורסלן, ויש חרט ידוע בשם פיזנטי. ויש ראובן פיזנטי אחד שגם כותב ספרים בנושאים של יהדות, ויש דוד פיזנטי אחד בין פעילי הקמה מוקדמת של בית 

המקדש השלישי.

גם מצאנו קרובי משפחה, והם הגיעו ארצה מארגנטינה – אחרי שהיגרו לשם מתורכיה -  והם כותבים את שמם "פיסנטה". הם צאצאיו של יצחק (שהיה אחיו של יעקוב, סבא רבה שלי) וכתבתי לעיל מה השערותיהם על מקור שמם,

 אבל טרם נמצא מקור מוצק לשם.

 פרופ׳ רות רחלברג, המנוחה, שהיתה מומחית לספרות ספרדית, וליהדות יוצאי ספרד באוניברסיטת בר אילן, ידעה להגיד שבאופן וודאי מקור השם הוא בעיר טולדו שבספרד.

 ברם, כאשר ממשלת ספרד פירסמה לפני מספר שנים את רשימת שמות המשפחה של אלה שיכולים לבקש אזרחות ספרדית, על פי היותם צאצאים של מגורשי ספרד, השם פיזנטה לא היה ברשימה.

 

Et donc. En l’absence de certitudes, il faut faire des choix. Comme je l’ai écrit, l’hypothèse Pise-Byzance est celle qui me plait le mieux. Je ne me sens pas espagnol, et les analyses historiques que j’ai lues, en particulier dans les nombreux articles de David Jacoby, me permettent de tenter de reconstituer comme un itinéraire des Pisanté au fil des siècles, englobant l’Italie, la Turquie, Jérusalem, la France, itinéraire par des lieux que j’aime, ayant comme une sympathie pour le judaïsme italien, pour la Turquie (sympathie teintée de craintes vis à vis d’un peuple que je vis comme très agressif, malgré la douceur de sa cuisine), ayant conservé un fort attachement à la France où j’ai encore de la famille ainsi que de très bons et chers amis, aimant trouver la trace de plusieurs Pisanté ayant vécu au fil des siècles à Jérusalem où je vis depuis presque quarante ans.

 

ולעניות דעתי, אני מרגיש נמשך אל המקור האיטלקי-טורקי מקורי, כלומר אני נמשך לראות את השם "פיזאנטי" כנובע מ"פיזה" (העיר) ומ"ביזנטיום" (שמה הקדום של איסטנבול), בעיקר בעקבות קריאת מאמריו של פרופסור דוד יעקובי מהאוניברסיטה העברית בירושלים שכתב עשרות מאמרים בנושא יהדות טורקיה ויוון, מימי הקדם ועד היום.

 

הוא מספר כיצד עד לשנת 1390 היה בקונסאנטינופוליס, רובע של יוצאי העיר פיזה שבאיטליה, ושיש עדות ליהודים ביניהם. רובע זה היה סמוך לרובעיו של יוצאי וונציה. והייתה גם פעילות מסחרית ענפה לתושבי שני רובעים אלה, וגם תחרות ביניהם. ההיסטוריה של העיר כללה לא מעט כיבושים, מצורים, מלחמות, ולמשל רובעיו של יוצאי פיזה הוצת מספר פעמים, פעם אחת זכורה לשמצה בשנת 1203. יעקובי מספר על תושבים שעברו את "קרן הזהב" והלכו להתיישב בשפה הצפונית שלה, ברובע שנקרא אז פרה, ונקרא היום גלטה.

 

אני מסתדר יפה עם השערה לפיה היו כבר יהודים בקונסטנטינופוליס עוד לפני גירוש ספרד, ואני מדמיין יהודי אחד, או יותר מאחד שעבר מהרובע האיטלקי הזה אל החלק האסיאטי של הבוספורוס, והגיע לכפר קוזקונג'וק, שם הייתה כבר קהילה יהודית, והוא החליט לשמר את מקורותיו וקרא לעצמו פיזנטה (או פיזאנטי), על שם פיזה, או שמא קרא לעצמו כך, או שקראו לו כך, כתערובת של יוצא פיזה ויוצא ביזאנטיון, שהיה שמה של העיר עוד הרבה לפני כן.

 

תומכת בהשערה זו (שקוראת תגר להשערה ה"ספרדית") עובדת איזכורם של לא פחות מחמשה רבנים בשם "פיזאנטי" .באנציקלופדית "ארזי הלבנון", איזכורם של עוד שניים בספר שלוחי ארץ ישראל (שד"ר

 

 וגם תומכים בדעה זו ד"ר אבשלום קור ומשה פרנקו  שכתב ב1897 את הספר הראשון בדבר הסטוריית היהודים באימפריה האותמנית..

ובמצב בו אין לך מסורת מוצקה, או וודאות,

 

אני בחרתי בהשערה הזאת בגלל תחושת בטן, לפיה אני לא מרגיש ספרדי מספרד. ועל אף דעותיהם של צ'לה מאיסטנבול, אלמנתו של מימי, שהיה נכדו של בכור פיזנטי מקוזקונג'וק, ועל אף המסורת שאבי שמע מאביו, ועל אף דעתו של יעקב פיסנטה (פסטה – המטבע הספרדי), אבל אם מקור השם היה "פיסנטה", למה היה סבי קורא לעצמו בצרפת "פיזנטה", ולמה נקראו כל הרבנים האלה "פיזאנטי" ?

 

גם בגלל שאחרי שמסרתי דגימת רוק ל"אנססטרי" הם ייחסו לי 9% שורשים איטלקיים ואף לא 1% שורש ספרדי מספרד, וגם בגלל ששת הרבנים, עליהם אני אפרט קצת בהמשך.

 

מי שמחפש Pisante  ב FB ימצא בעיקר איטלקים, רובם ללא קשר כנראה עם העולם היהודי. מי שמחפש Pizante באותו מקום, ימצא הרבה אמריקאים, מצפון ומדרום אמריקה, לנראה שלרוב יש קשר עם היהדות.

 

נוסף לכל זה, עליי להוסיף אנקדוטה : אבי הפך עם הגעתו לירושלים ליהודי הרבה יותר הדוק מכפי שהוא גדל בפריס. עם השנים הוא עשה עצמו קבוע במספר בתי כנסיות בעיר, וכולן היו בתי כנסיות בבליים. על אף שהכרנו מקרוב מאד את נוסח יהודי צפון אפריקה, לא נמשכנו אליו, לא הוא ולא אני. לפעמים, קול האינסטינקט גם מדבר.

 

Appendice :

 

A.    les sept Pisanté mentionnés dans l’encyclopédie des Cèdres du Liban .

 

Rabbi Moshé Pisanté. Le plus sulfureux des quatre, mais aussi le plus ancien. On pourrait dire qu’il est « premier du nom », on le trouve mentionné en de nombreux endroits, du fait des livres qu’il a laissés, certains lisibles aujourd’hui, certains disparus. Prof. Spiegel de l’univ. Bar Ilan a consacré une recherche sur son livre, "Houkat haPessah", qui est un commentaire sur la hagadah de Pessah’, imprimé pour la première fois...en 1565 à Constantinople, réédité peu après à Salonique, et réédité à Jerusalem....en 1998 !

Ses autres livres sont : « la maison de prière » commentaire sur la prière, un commentaire sur les pirké avot - disparu, un commentaire sur le traité kidoushin - disparu, « le livre du pauvre, commentaires sur divers sujets »- disparu, « zera kodesh » commentaire sur le "zeraïm » du talmud de Jérusalem - disparu, « ner mitzva  » commentaire sur les mises en gardes de Shlomo Ibn Gvirol, « yesha Israël » commentaires sur la fête de Souccot,

 


R. Moshé Pisanté est aussi au nombre de ceux que l’on a appelés « shloukhim derabanan » (envoyé des rabbins), il figure comme ayant été basé à Safed, et....capturé en compagnie de deux autres juifs par des brigands turcs qui l’ont finalement assassiné - à 33 ans ! en 1573 - alors qu’une somme d’argent était en route pour tenter de le sauver. Le titre de « rabbin de grand chemin » lui revient de plein droit. Un rabbin dont l’érudition a eu un impact plurimillénaire, mais qui n’a eu que vie de vagabondage, errance et pauvreté, qui ne s'est trouvé "envoyé" apparemment que par lui-même et sa situation économique catastrophique, comme il en atteste lui-même dans une de ses introductions à ses livres, et qui n’a pas établi de famille.

 

Rabbi Yossef Pisanté qui semble avoir vécu au XVIIème siècle , à Jérusalem, célèbre pour sa h'azanout.

3.Rabbi Haïm Moshé Pisanté, lui aussi « envoyé rabbinique », de qui on trouve la trace en particulier au Maroc, au XIXème siècle, 1838-1857.

Rabbi Yehouda Yehoshua ben Haïm Pisanté, rabbin à Constantinople, est passé en 1877 puis a exercé à Jérusalem jusqu’en 1915 environ.

rav Ytshak Haïm Pisanté(1876-1930) Jérusalem, fils du précédent, dayan.

Rabbi Yehouda ben Ytshak Haïm Pisanté, Jérusalem, fils du précédent

B..   Les 360 fois où le nom Pisanté (פיזאנטי) est référencé dans une banque de données de livres traditionnels (אוצר החכמה), il s'agit des mêmes six cités ci-dessus, mais c'est une attestation de la valeur de leurs propos, suffisamment lus, estimés et retenus pour être cités..

  

נספח.

 

א.      שבעת רבי פיזאנטי אשר מוזכרים באנציקלופדיית "ארזי הלבנון".

 

1.      הראשון ביניהם, הקדום מכולם, הוא גם העסיסי מכולם : ר' משה בן חיים פיזאנטי נולד כנראה ב 1540 ונרצח ב 1574, כלומר בהיותו בן 34 בלבד. הוא כתב לפחות שמונה ספרים שרק ארבעה מתוכם הגיעו עד אלינו, אבל אחד מהם  "חוקת הפח", שהודפס לראשונה בעיר קונסטנטינופוליס ב 1567 הודפס שוב לאחרונה בשנת 1996 ! יתרה מזו, ספר זה, שהוא פירוש על הגדת פסח הוא זה שזכה להכי הרבה אזכורים בספרות היהודית מכל העולם. הרב משה פיזאנטי כתב גם "בית התפילה" פירוש על התפילה, פירוש על פרקי אבות – נעלם, פירוש על מסכת קידושין – נעלם, "ספר העני" אוסף פירושים – נעלם, "זרע קודש" ספר על סדר זרעים מתלמוד ירושלמי - נעלם, "נר מצווה, פירוש על אזהרותיו של שלמה אבן גבירול, ו"ישע ישראל" פירוש על חג הסוכות.

חייו של רב' משה בן חיים פיזאנטי מעוררים חמלה יותר מהערצה. הוא כנראה נמנה על שלוחי ארץ ישראל (שלוחי דרבנן) מעצם העובדה שלא יכל לקיים את עצמו, ובגלל זה יצא לדרכים, תוך שהוא נודד מעיר לעיר, מתארח אצל מי שמקבל אותו, וכותב, כותב ולומד כנראה בצורה אינטנסיבית ומרשימה עד מאד. סופו הטראגי אינו פחות עסיסי מהשאר : ביחד עם עוד שני יהודים, הוא נשבה על ידי לסטים טורקיים...שרצחו אותם על אף שהיה מישהו בדרך אליהם כדי להביא כופר להציל אותם...האך הגיע מאוחר מדי. ר' משה בן חיים לא זכה להקים משפחה ולהוליד ילדים. ספריו הם אלה שהשאירו את זכרו חי עד היום.

2.      ר' יוסף פיזאנטי, שחי במאה ה 17 בירושלים והתפרסם בזכות החזנות שלו והפייטנות שלו.

3.      ר' חיים משה פיזאנטי, אף הוא שליח ארץ ישראל, שהיה פעיל במרוקו בשנות 1838-1857 בערך.

4.      ר' יהודה יהושע בן חיים פיזאנטי שהיה רב בקונסטנטינופוליס ועבר לירושלים ב1877, ונפטר כנראה ב 1915.

5.      ר' יצחק חיים פיזאנטי, ירושלים, סופר בי"ד ודיין, בן של הקודם.

6.      ר' יהודה בן יצחק חיים, בנו של הקודם, אף הוא סופר בי"ד בירושלים,

7.      ר' בן ציון פיזנטי, שהיה גם הוא בנו של ר' יצחק חיים פיזנטי, וחי בירושלים עד שנות ה 30 של המאה ה 20.(1876-1930), גם הוא סופר בי"ד.

 

ב.      השם פיזאנטי (או פיזנטי) מובא לא פחות מ 360 פעם באתר "אוצר החכמה". רוב הערכים הם מתוך ה"חוקת הפסח".