dimanche 30 juin 2024

Les territoires perdus du bagage biblique.

 


Réflexions du binational que je suis, en situation de crises.

Crise en France mais vis à vis de laquelle la vie m’est relativement facile : je ne vis plus en France et ne me vois pas y retourner vivre un jour. J’ai manifesté comme lycéen puis comme étudiant contre l’extrême-droite et ai depuis longtemps pressenti ce que l’extrême-gauche avait de similaire, tout au moins dans ma relation à ces deux camps. Les deux sont gênés par mon existence. Les premiers en tant que juif petit-fils d’immigrés, par antisémitisme et xénophobie ataviques, les seconds en tant que sioniste, par dérive de leurs positions politiques qui ne les laissent pas voir Israël autrement que vecteur du colonialisme et de l’impérialisme.

Dans la crise française actuelle je vote par solidarité pour tenter d’aider mes coreligionnaires et amis à ne pas tomber dans Charybde ou Scylla mais ce n’est pas une situation qui me déchire, elle n’est pas nouvelle, c’est aussi elle que j’ai quittée en venant m’installer en Israël, même si ma motivation était plus positive que négative.

Et ceci m’amène à l’autre crise, qui m’est bien plus douloureuse, bien plus anxiogène, la crise en Israël.
Double crise, avec l’extérieur depuis 120 ans et de façon aiguë depuis huit mois, avec l’intérieur depuis bientôt deux ans. Et j’ai gardé le pire pour la fin.

La crise israélo-palestinienne est une constante des 120 dernières années. Ils ont une opposition de principe à la présence juive ici et je ne vois aucune autre solution que la conversion progressive de leur opposition en acceptation, qui dépend un peu de notre attitude mais en fait de façon marginale.

J’ajouterai que dans la situation de belligérance actuelle, je suis surtout oppressé et préoccupé par la question des otages, mais pas par la question des palestiniens. Ils ont ouvert une guerre qu’il faut mener, qu’il faut gagner, et pour ce qui est du dialogue avec eux, ils l’ont de facto reporté aux calendes, et ça peut attendre d’une certaine manière. On n’est plus à dix ans près.

La crise qui m’est le plus difficile est donc la crise intérieure, intra israélienne. Elle m’est le plus difficile parce qu’il ne faut surtout pas qu’elle soit insoluble …alors qu’elle parait telle quelle l’être.

M’est particulièrement difficile que l’origine de cette crise n’est pas comme en France des positions de gauche ou de droite, d’humanisme ou d’antisémitisme. Je me fiche en gros du peuple français. Ce n’est pas mon peuple. Je suis né en France mais c’était un aléa de mon parcours familial. J’ai grandi en français et cela m’a marqué, j’ai conservé beaucoup d’amis qui me sont très chers mais mes sentiments ne vont pas au-delà.

Je suis en Israël du fait de mon judaïsme. Du fait de mon attachement à la Torah. Et cette Torah m’est chère au point d’avoir mal de la façon dont elle peut être vécue et interprétée si différemment, par deux milieux qui me sont aujourd’hui adversaires si ce n’est antagonistes et opposés.

La Torah, ce que j’en ai étudié et ceux qui me l’ont enseignée, ont fait de moi quelqu’un qui y voit le fondement de son identité, une identité humaniste, altruiste, sioniste et limitée par l’identification aux mitzvot. Une identité riche de trois mille cinq cents ans de réflexion sur l’homme et ses aspirations.

Et je suis depuis bientôt deux ans dans une situation de pays gouverné par une coalition à laquelle je suis radicalement opposé mais non comme aux extrêmes français. Ceux qui sont vus par les yeux européens comme extrême-droite israélienne ne sont que des homonymes, ne sont pas issus de ce qui forge l’extrême-droite française ou allemande ou espagnole. Ils sont extrême droite dans leur posture sioniste uniquement, face à l’opposition arabe et internationale à ce sionisme. Ils réagissent avec une attitude extrême-droite dans son radicalisme mais n’ont rien à voir avec le fascisme.
Ils me sont néanmoins difficiles du fait que cette attitude est dictée par leur interprétation de la Torah, interprétation qui relègue au second plan (voire annule) les composantes morales de la Torah, en particulier vis à vis de « l’étranger qui vit en Israël » (appellation biblique), interprétation qui ne les empêche pas d’adopter un discours xénophobe vis à vis des palestiniens, une interprétation qui leur fait viser concrètement à élargir encore les frontières d’Israël, dans le souhait de donner à notre pays la taille la plus grande qu’il peut avoir au nom du texte biblique. Pour ces gens-là, l’opinion non thoraïque ou même non juive ne comptent pas ou doivent être combattues : ils sont fondamentalistes de la Torah (mais d’une interprétation de la Torah que je ne partage pas…une interprétation qui n’est pas celle que je vis avoir eu le mérite d’apprendre et de recevoir des maitres qui m’ont enseigné la dite Torah) et leur présence dans la coalition leur permet de mettre en application les conceptions extrémistes qui sont les leurs.
L’autre formation qui m’est extrêmement difficile est bien entendu celle des ultraorthodoxes planqués, ceux qui font tout pour recevoir de l’argent du gouvernement et ne rien donner en contrepartie pour participer à l’effort national lié à la guerre. Ils se défilent du service militaire, ainsi que de toute alternative civile, soi-disant du fait de leur interprétation eux aussi du texte biblique.

Ces gens-là, extrême-droite et ultraorthodoxes planqués, sont mon principal souci.

Je ne vais pas aux manifestations où on appelle aux élections parce que mon problème n’est pas tant avec les élus qu’avec les électeurs (même si il ne faudrait pas déduire de cette phrase une quelconque sympathie envers ne serait-ce qu’un seul d’entre ces élus). Électeurs que je ne cherche pas tant à vaincre ou à combattre - comme je le ferais peut-être si je vivais en France - qu’à rencontrer.

Il ne nous faut pas remporter les élections, il nous faut redéfinir une interprétation commune de la Torah. Il en va de l’existence ou de la destruction de l’état juif. Et ce n’est pas que je sois le seul à le dire. De plus grands que moi, de David Grossmann, à Mikha Goodmann, en passant par Ilaï Ofran ou Eli Faran ont déjà fait lire et entendre leurs positions dans cette direction.

Et c’est finalement en cela que notre actuelle guerre est une seconde guerre d’indépendance.

Ceux qui nous ont envahi et ont commis le massacre du 7 octobre ont déclenché la guerre, mais il est bien probable que ce 7 octobre n’ait eu lieu qu’à cause des dissensions internes au pays, dissensions antérieures à ce 7 octobre 2023.

Nous devons vaincre les ennemis du 7 octobre, après avoir ramené les otages, et pour l’instant ne pas dialoguer avec eux sur l’avenir.

Par contre il nous est impératif de dialoguer avec l’extrême-droite israélienne et avec les ultraorthodoxes pour redéfinir ensemble ce que doit être un état juif…surtout que les discours émanant de la majorité des pays du globe viennent vraiment confirmer que nous n’avons pas d’autre pays « ein li eretz akhéret »…(ce qui confirme qu’on ne saurait me soupçonner d’être le porte-parole des Ilan Pappé et consorts qui ne véhiculent que la version non-religieuse de l’idée ultraorthodoxe des « netouré karta » selon laquelle nous n’avons aucun droit à nous installer ici).

Nous devons trouver le chemin pour qu’eux comprennent dans quelle dérive ils ont donné, quitte à ce que nous en avalisions une part (va savoir…), mais afin que tant l’état que le patrimoine littéraire reconquièrent leurs titres de gloire…

Il s’agit des territoires perdus du bagage biblique, territoires spirituels plus que géographiques.

lundi 17 juin 2024

Eteindre l’incendie.


 Incendies de feu dans le nord du pays, pour la plupart provoqués par les tirs du hezbollah, incendies de paroles et de rages dans tout le pays, provoqués…


Provoqués par quoi justement ?

Manifestations presque quotidiennes depuis….depuis le 7 octobre ? Depuis bien avant semble-t-il…

Manifestations contre le gouvernement d’extrême droite ? Contre un premier ministre opportuniste et indifférent ? Contre les harédim qui ne savent plus comment faire honte au peuple juif ?

Un texte du rav-psychologue-petit-fils d’Ychayahou Leibovitz, Ilaï Ofran, circule depuis ce matin. C’est un pamphlet pour ne pas dire un « pachkevil » (affiches de dénonciation, d’appel à prières, à révolte, à boycott…que l’on voit surtout dans les quartiers ultraorthodoxes ) contre les positions planquées des harédim, positions qui viennent d’être ancrées dans la loi par les sus mentionnés gouvernement (de crapules) et premier ministre (toute honte bue).

Ilaï Ofran est virulent si ce n’est ultravirulent, contre tous ces impies qui se prétendent agir au nom de la Torah alors qu’ils la déforment…on retrouve la verve de son grand-père, on dirait qu’il n’a eu qu’à laisser sortir cette rage qui est son ADN et qu’il dissimule en général derrière un discours mesuré. Malheureusement, ce ton l’associe à ce que fut son grand-père : un prophète vitupérant….que peu de gens écoutent ou suivent, surtout du fait de l’extrémisme de son discours, surtout du fait du ton employé, surtout du fait du clivage sur lequel il s’édifie.

Ilaï Ofran a raison, Ychayahou Leibovitz avait raison, les manifestants ont raison, mais à quoi ceci nous avance-t-il ?

En matière de prévention routière prévaut en Israël le slogan « n’aie pas raison ! Sois avisé ! »

Qu’Ilaï Ofran ait raison convaincra-t-il ne serait-ce qu’un ultraorthodoxe ? fera-t-il revenir un seul otage à la maison ? Aboutira à la chute du gouvernement, à la fin des carrières politiques de Netanayahou ? de Ben Gvir ? de Smotritch ? de Struck ? de Karei ? de Lewin ? Mènera-t-il à la victoire contre le hamas ? À la mort de Sinwar ? De Nasrallah ?

Les extrémistes doivent assumer l’échec du 7 octobre, et des huit mois qui ont suivi et démissionner. Les ultraorthodoxes doivent descendre de leur perchoir et réaliser que leur comédie a assez duré, le hamas doit disparaître, et le hizbaklah doit retirer ses troupes au nord du Litani mais rien de cela ne se produira du fait du pamphlet de Ofran ou de quelqu’un d’autre.

Il est temps de réaliser que les manifestations sont le symptome et non la solution du problème, c’est à dire que le malaise, la fracture, la corruption, le complotisme, le wokisme, sont le problème.

Les manifestations « contre » l’attitude du gouvernement face aux otages, face aux ultraorthodoxes, face aux populations déplacées du nord du pays n’ont fait que relayer les manifestations contre la réforme judiciaire, et semble-t-il, n’ont été que la face émergée du malaise de la société.

Pas uniquement notre société israélienne. Il y a un malaise, une crise qui traverse le monde.

Il ne faut pas avoir raison, il ne faut pas annihiler l’ennemi, il ne faut pas que l’autre réalise qu’il a tort, il faut prendre du recul et trouver le moyen de remettre en place les ponts qui ont disparu entre lui et moi.

Le vénerable sociologue de 102 ans Edgar Morin (au nom juif francisé depuis la résistance) proclame que les idées humanistes et émancipationistes ont cédé la place au suprémacisme et à la xenophobie. Je serais tenté de décrire une situation dans laquelle on a régressé d’une posture visant à l’harmonie et au bien-être, vers une posture « schizo-paranoïde » comme on dit en psychanalyse.
Une posture, une attitude de repli, de méfiance, de rejet, et quand ce n’est pas contre celui qui « pense aux antipodes de ce que je pense », alors c’est contre celui « qui est religieux aux antipodes de comment je le suis », à moins que ce ne soit contre celui « qui voit le judaïsme autrement que comme je le vois », à moins que ce ne soit contre celui « qui occupe telle ou telle terre à ma place », à moins que ce ne soit contre celui « qui dit que je dois être en confinement », à moins que ce ne soit contre le statut accordé aux palestiniens, aux immigrés, aux sans logis…

Il s’agit d’une posture de repli, de crainte, de haine.

C’est là le vrai problème. Celui de cette régression vers une attitude « méfiante absolument » à l’égard de tout ce que je ne pense pas.

Ilaï Ofran combat en particulier les ultraorthodoxes et leur attitude insensée à ses yeux et dépourvue soi disant d’enracinement authentique.

Or, dans le midrach sur le psaume 149 qui tout à coup passe d’un discours de louange à un registre de haine et de vengeance, le texte marque expressément que « l’épée du peuple juif est sa bouche », que « le Créateur livre la guerre et combat les ennemis et délivre de l’oppression » à l’aune de la consécration juive dans la prière et l’étude de la Torah….!!!

Peut-être faudrait-il tant du côté des ultraortodoxes que de celui de Ilaï Ofran ne pas s’accrocher à la lettre des textes.

Ils diront ce qu’on cherchera à leur faire dire, ils diront une chose et son contraire, ils renforceront la conviction d’avoir raison…et n’apporteront aucune solution, aucune libération, aucune rémission.

On ne règlera pas les profonds différends qui nous déchirent année après année, en se muant d’un contexte à l’autre, à coup de textes prouvant que nous avons raison. Il faut « autrement qu’être » si vous voyez ce que je veux dire..

 

jeudi 6 juin 2024

Des choses et leurs contraires. De l'homme et ses ennemis.

 


Une lecture du midrach d’un psaume ( psaume 148) fait découvrir une chose surprenante : il y est question de la prière (ce psaume est récité quotidiennement dans la partie ascensionnelle de la prière dont l’aboutissement est la amida, les 18 bénédictions) et de son rôle vis-à-vis du Créateur, prière comme visant à le glorifier.

Or il apparait que le terme utilisé dans ce midrach veut dire glorifier dans la bouche (sous la plume) des docteurs du talmud et du midrach comme les appelait Lévinas tandis qu’il ne veut pas moins dire que son opposé dans la Bible, où il s'ignifie critiquer, blâmer !

Les exemples sont ainsi nombreux d’antinomies au sein d’une même racine littérale ou comme dans notre cas d’évolution du langage au fil du temps. Quelqu’un est ainsi aujourd’hui couramment MDR…sans que sa vie ne soit menacée d’une quelconque manière.

Le langage évolue donc mais aussi le regard, l’évolution du langage pouvant provenir de ou accompagner l’évolution du regard…

La guerre à Gaza fait donc l’objet de l’inquiétude du monde au sujet du « massacre » qui s’y produirait, et nous assistons à un curieux phénomène : alors que le 7 octobre 2023 se produisait un gigantesque massacre au sens propre, aux caractéristiques ouvertement génocidaires, un phénomène de barbarie rare entre autres par l’exhibitionnisme qui l’accompagnait (massacre filmé en live, diffusé par les perpétrateurs eux-mêmes, exportant films et conversations dans lesquelles ils se glorifiaient de leur barbarie, et des actes qu’ils avaient commis), alors que ce massacre était accompagné de toutes les violences humaines connues ( les détailler est insupportable pour celui qui lit autant que pour celui qui écrit), alors que ce massacre était commis sur un territoire étranger après destruction de la barrière frontalière, alors que ce massacre faisait un nombre inimaginable de morts de civils de tous âges (d’embryons jusqu’aux vieillards), d’une part il ne fut pas dénoncé par tout le monde (alors que dans le monde occidental il y a en général unanimité à la condamnation au 21ème siècle de pareils actes) mais d’autre part se produisait DES le lendemain un retournement de la description des évènements de cette région.

Israël réagit militairement et c’est cette réaction qui était condamnée encore dès son commencement. On entendit rapidement parler de massacre, mais il n’était plus question que des massacres commis à Gaza par l’armée israélienne, on entendit parler de génocide et il ne s’agissait que de génocide duquel Israël était soupçonnée si ce n’est accusée, on condamne les bombardements israélienset il n'est jamais question des tirs incessants de roquettes sur le territoire souverain et jusqu'au centre du pays depuis le sud comme depuis le nord et de façon aveugle menaçant biens et vies humaines .

La cour internationale de justice fut bientôt saisie (par l’Afrique du Sud, ce bastion des droits de l’homme, cette Suisse africaine dans laquelle il fait si bon vivre…dans laquelle personne ne se sent en danger) et se prononça à une majorité terrifiante par une accusation/condamnation, puis une autre, puis une prononcée par la cour pénale,  en particulier d’Israël.

Une députée française --non voix unique loin s'en faut - au parlement européen s’exprimait vindicativement contre le silence, contre une insuffisante intervention visant à arrêter….Israël au nom de « un massacre est en cours…avec bébés décapités (sic) » alors que ces massacres ont bien eu lieu, et leurs perpétrateurs s’en sont vantés….mais le 7 octobre et par des palestiniens et alors que jamais ceci n’a été commis par le moindre soldat israélien, alors que 124 personnes de tous les âges sont encore otages du hamas et nul ne sait combien sont déjà morts tant ils n’ont pas été visités même une fois par la croix rouge internationale, n’ont pas été l’objet d’une véritable intervention d’aucune des forces internationales. On entendit blâmer Israël pour avoir osé frapper la population et y compris des hôpitaux "lieu de soins" alors qu’Israël montrait encore et encore une fois comment le hamas avait construit des centaines de kilomètres de souterrains voués uniquement à l’attaque militaire et nullement à la protection de la population, comment les hôpitaux étaient utilisés à protéger les organisations militaires (salles de réunions, quartier général), les armes, les terroristes, comment les écoles (installées et gérées par l’UNRWA) renfermaient des entrepôts de munitions, des rampes de lancement de missiles.

C’est encore aujourd’hui (alors que certaines voix se font entendre entre autres pour dénoncer cette inversion de la description de la situation) contre Israël qu’ont lieu au quotidien énormément de manifestations (au cours desquelles on peut entendre et voir réclamée « libération de la Palestine du fleuve à la mer » alors que ceci n’est rien d’autre qu’un appel génocidaire ipso facto) de par le monde entier, c’est encore Israël qui est accusée de tous les maux de cette guerre qui ne fut déclenchée que par le massacre du 7 octobre que rien n'annonçait, en territoire israélien.

Ainsi que trop peu de voix le dénoncent, la solution à deux états est brandie à outrance comme si elle était la véritable solution, comme si la guerre en cours ne l’était que du fait d’un refus israélien de l’autoriser, appels qui résultent eux aussi du même phénomène d’inversion de la situation.

Se pose donc la question du pourquoi.

Pourquoi c’est Israël qui « commet un génocide » alors qu’elle n’agit aucunement dans ce sens et alors que l’attaque du 7 octobre était bel et bien d’essence génocidaire ?

Pourquoi cette exonération du monde arabe d'une quelconque responsabilité de ce qui se passe en ce moment alors que les palestiniens ne sont nullement les bienvenus dans aucun de ces pays, alors que les juifs ont été expulsés de nombreux pays arabes et sont interdits de séjour ou même de passage dans un nombre non négligeable d’entre eux ?

Pourquoi cet acharnement à exiger d’Israël un cessez le feu , alors que les otages sont maintenant huit mois sous la terre au secret et que rien ne parait indiquer que quelqu’un les rendra spontanément, alors que la célèbre phrase de Golda Méïr demeure absolument vraie « qu’ils déposent les armes et il y aura la paix, que nous déposions les armes et nous disparaissons » ?

Pourquoi clamer que c’est Israël qui empêche les Palestiniens d’exister alors que non seulement ils existent en Israël mais y vivent, travaillent, étudient, et ont surtout des liens avec bon nombre de juifs que ce soit en territoires souverains ou occupés, tandis que le contraire ne se produirait pas automatiquement loin s’en faut (Israël donne accès au mont du temple aux musulmans et n’a jamais eu accès (ou très très parcimonieusement) au mur des lamentations quand celui-ci était sous domination musulmane, et alors que les juifs (et surtout quand ils sont israéliens) sont personna non grata dans bon nombre de pays musulmans ?

Pourquoi enfin associer à un prétendu soutien aux palestiniens des appels à la disparition d’Israël, pays non seulement souverain, pays dont bon nombre de terres ont été dûment rachetées puis travaillées par les juifs eux-mêmes alors réfugiés pour la plupart d'entre eux, et en outre pays historiquement rattaché au peuple juif ?

Certains politiciens pratiquent cette inversion au nom de leur propagande électorale, ils se fichent autant des palestiniens que des juifs quand ce n’est pas détestent autant les uns que les autres, mais qu’en est-il des journalistes (ceux qui ne sont pas directement corrompus, payés pour faire avancer telle ou telle cause), qu’en est-il des militants des « justes causes » (écologiques, anti impérialistes, mobilisés pour le soutien aux populations dans le besoin, pour les réfugiés) ? qu’en est-il des étudiants en sciences politiques, en géopolitique, individus prétendûment instruits, auxquels le savoir et la documentation sont accessibles ?

Le peuple juif serait-il encore ce peuple déïcide, maudit et à cause de cela exilé, auteur des « protocoles des Sages de Sion », ayant sous son emprise les capitaux mondiaux ?

Le monde peut ouvrir les yeux sur la société israélienne et constater son véritable état, observer les relations des populations juives et arabes (que ce soit dans le monde hospitalier où c’est le plus visible ou dans le monde du travail en général), mettre sérieusement à l’examen ces questions si difficiles de l’impérialisme, de la colonisation, de la coexistence, les individus intelligents, instruits, curieux peuvent s’informer, venir voir de leurs propres yeux, poser des questions, et ne pas tomber dans la démonisation et la condamnation aveugles, or beaucoup ne le font pas. Pourquoi ?

Pourquoi les significations des mots se transforment-elles au point de devenir antinomiques à ce qu’était le mot antérieurement ? le midrach ne propose pas d’explication au phénomène, comme si les Sages ne pouvaient que le constater.

Pourquoi l’être humain est-il si versatile, si influençable, si enclin à penser les situations par l’intermédiaire de clichés et d’idées préconçues, pourquoi doit-il penser de manière à se placer en opposition et toujours désigner un ennemi, de manière à détester autrui ?