vendredi 18 avril 2014
Et sur cette matzah ?
Quelques reflexions sur la matzah...avant qu'elle n'ait rassis et ne soit releguée au second plan - quand ce n'est l'extrême fond du placard..d'où elle sera sortie in extremis la veille de Pessah' prochain, pour connaître le sort dévolu au hametz : brûlée jusqu'au bout.
Je suis frappé chaque année par le paradoxe qui accompagne cette matzah, dont il est simultanément dit qu'on la consomme en souvenir de la précipitation de la sortie d'Egypte, au cours de laquelle "la pâte n'a pas eu le temps de lever" ( Ex. 12, 34), alors que l'ordre donné par D. en Ex. 12, 8, et Ex. 12, 15, et Ex. 12, 17, et Ex. 12, 19 - donc quinze jours avant les évènements, est déjà de cuire spécifiquement des matzoth, de manger l'agneau avec matzoth et maror, de manger des matzoth durant sept jours.
De plus, cette matzah est tout aussi simultanément pain de misère et pain de libération, pain de fête qu'il est d'usage de cesser de consommer un mois avant Pessah', pour ne pas en galvauder le goût.
Face à ces facéties (ces quatre mots à lire à haute voix), plusieurs attitudes.
L'attitude la plus courante étant quand même l'indifférence ("on connait bien ces contradictions, mais bon.."), deux autres attitudes semblent s'affronter : l'attitude fruit de lecture contingente et celle issue du mysticisme.
La première nous fera entendre des arguments du genre "la Torah a probablement été écrite en compilation de plusieurs morceaux réunis ensemble sur le tard", en général avec preuve historique à l'appui.
Et quand l'auditeur, insatisfait de l'insuffisance de la réponse, demande : "mais, non seulement il est déjà question de la matzah encore bien antérieurement, en Genèse 19, 3, quand Loth reçoit les anges juste avant la destruction de Sodome et Gommorhe, mais en plus Rachi dit à cet endroit "il servit des matzoth parce que c'était Pessah' !!!?", alors la réponse vire à l'évasif et sonne du genre : "ah ! Mais c'est un Rachi tardif...".
La deuxième attitude est aujourd'hui très peu populaire. Manitou en était le hérault francophone le plus populaire, mais il ne fit que dire, n'écrivit pas, et son message lui survit assez peu, ne parvient pas - malgré de louables efforts de publication, et même d'enseignement oral en son nom - à avoir un poids comparable à celui que donnait le charisme du personnage.
Son enseignement lui venait surtout de son père et de ses pères, mais aussi du Rav Kook, dont les idées messianiques sont aussi aujourd'hui très passées de mode.
L'enseignement de Manitou, très anachronique aujourd'hui, aussi indigeste que la matzah elle-même ( en cette époque moderne bénie, on trouve plus facilement dans wikipedia la composition chimique de la matzah que son sens symbolique, et on met plus volontiers l'accent sur ses vertus constipatoires que sur celles libératrices, on vend de la matzah complète, ou de seigle et autres c.......ries), l'enseignement donc de Manitou est que la matzah ne nous provient pas du Pessah' de la sortie d'Egypte, mais est d'usage permanent, sept jours par an, depuis les patriarches. La preuve par Loth.
Je ne vois d'autre issue à ce fossé des conceptions qu'une tentative de réflexion, visant à extraire ce qui est sous tendu par ces deux approches.
Ainsi, le premier aspect de cette controverse qui saute aux yeux est la différence de regard, entre une approche qui se veut découler de l'histoire et une autre qui se veut déterminatrice de l'histoire.
Manitou n'était pas d'obédience déterministe mais prônait le thème du "aujourd'hui comme fruit de ce qui s'y passe et de ce qui devait s'y passer, mais qui aurait tout aussi bien pu ne pas se passer".
Manitou enseignait que l'histoire et la création ont des points de convergence, enseignait que l'histoire vient ainsi parfois rencontrer la création : selon cet enseignement, la fête de Pessah' est donnée hors contexte historique ( ce que le texte biblique confirme à moitié : la prescription de la fête est antérieure aux évènements, mais est en fait comme le programme des évènements annoncés et qui vont immédiatement se produire) , et elle rencontre son évènement historique lors de la sortie d'Egypte. Manitou disait même que c'est le rôle principal du sage, ou du rabbin : savoir "diagnostiquer son époque", autrement dit, savoir voir dans ce qui s'est déroulé sous nos yeux au delà de ce que nous en apprenons, savoir relier ce qui se passe avec les enseignements du passé.
Et ainsi, cette approche propose un regard plus profond, moins anecdotique que son opposée, sur cette matzah.
On ne la mangerait pas uniquement en souvenir de cet évènement qu'a été la sortie d'Egypte, mais dont on peut aussitôt après se demander s'il a réellement eu lieu, ou se demander si il y a encore un sens aujourd'hui à se le remémorer, on la mangerait en référence à une raison plus profonde, permanente et non contingente.
Se conforme-t-on à un commandement parce qu'on le voit en relation avec notre vécu, notre expérience, notre histoire ? Nous exprimons expréssément le contraire : "nous ferons avant de comprendre" (Exode 24, 7) est quand même le fanion de notre identité juive.
Il semblerait ainsi ressortir que nous devrions chercher plus volontiers ce que vient nous enseigner la matzah, qu'en souvenir de quoi nous la mangeons. Un peu comme si on disait : l'important est ici de raconter, de donner un sens à ce qu'on raconte, afin que cela continue à être raconté par nos descendants.
C'est un autre aspect de cette opposition des conceptions. Raconte-t-on les faits, l'histoire ? Ou transmet-on quelque chose ?
Il est clair que le judaïsme ne s'est maintenu que du fait de cette volonté de transmettre, transmettre des enseignements et pas le récit de notre vie. Transmettre un mode de vie.
Rav Shaül-David Butchko, anciennement de Montreux, puis de Maisons Alfort (ou Alfortville ou Saint Maur ?), a écrit un commentaire que je viens de découvrir, commentaire d'approfondissement de Rachi, intitulé בעקבות רש״י ("behikvot Rachi"), très interessant.
Sur ce sujet des matzoth servies par Loth, et sur la matzah en général il apporte deux précisions :
1. Rachi ne dit que "c'était Pessah'" (deux tout petits mots) sur le verset Genèse 19, 3 , parce que - dans la version qu'il a de Rachi, qui est apparemment plus complète de celle généralement imprimée -, Rachi dit déjà plus haut, en Genèse 18, 34, sur "כעת חיה" , plus longuement et plus en détails, que tout l'épisode de la visite des anges, de la naissance de Itshak un an plus tard, a lieu à la période de Pessah'. Autrement dit, en Genèse 19, il ne fait que renvoyer à ce qu'il écrit plus haut. Et donc, il ne s'agit pas de deux petits mots anachroniques et fruits du hasard, mais de la petite partie de tout un enseignement.
2. La phrase de la haggadah que nous lisons lors du seder ne dit pas "nous mangeons des matzoth parce que D. Nous a fait sortir d'Egypte", mais "c'est pour ce que nous avons en main - les matzot - (״בעבור זה״) que D. Nous a fait sortir d'Egypte.
Autrement dit, tant du fait du 1. que du 2. Il parait y avoir une insistance sur l'inversion du sens selon lequel la lecture est recommandée.
On ne fête pas Pessah' parce que c'est l'anniversaire de la sortie d'Egypte, on ne mange pas de la matzah en souvenir de la sortie d'Egypte,
mais
On fête Pessah' depuis les Patriarches, et la sortie d'Egypte a eu lieu pour nous donner une raison tangible et historique à consommer sept jours des matzot chaque année à cette période.
Cet enseignement, ce regard, sont très impopulaires aujourd'hui, dans le monde du "evidence based".
Peut-être même dans cette impopularité se niche sa principale qualité ?
Peut-être, probablement, est-il plus riche de sens de chercher ailleurs que dans le concret, que dans la preuve historique, le sens profond de notre vie, de nos actes, de ce qui nous sert ou nous dessert?
Peut-être est-il apparemment plus difficile (indigeste, comme prétendûment la matzah elle-même) d'enseigner, de prôner des choses qui ne sont pas "evidence based", mais n'est-ce pas la principale vertu de ce judaïsme que nous nous efforçons de transmettre, de conserver ? Il n'est pas le fruit de la logique, car s'il l'avait été , il ne serait probablement plus depuis longtemps.
Le judaïsme n'est pas justifié par l'histoire, n'est pas le souvenir d'une belle histoire. Il est un autre regard.
Bien connu le "jeu de mots" des exégètes sur le verset "vous conserverez les matzot" (Exode 12, 17), qui le lisent "vous conserverez les mitzvot". Peut-être contient-il le sens profond de ce qu'est la matzah : à la fois pain de misère et pain de liberté, ou plutôt accessoirement tant pain de misère que pain de liberté, pain de tous les temps, pain paradoxal, pain de questionnement, pain message, pain symbole non de satieté mais d'interrogation et d'enseignement.
Ce petit texte est bien loin d'avoir épuisé ce vaste sujet de la matzah. Il en aura effleuré le caractère symbolique, aura peut-être ouvert l'appêtit.
mardi 1 avril 2014
Traiter les troubles autistiformes.
Un récit publié cette dernière fin de semaine dans le moussaf de Haaretz me permet de revenir sur des sujets qui me sont chers.
Le sujet est l'autisme et la difficulté presque insurmontable de son traitement, et le récit est celui des vingt et une dernières annėes de la vie d'un garçon de 24 ans, devenu autiste à 3 ans d'après ce qu'en racontent ses parents.
Le récit est impressionnant, émouvant, édifiant, et je ne vais pas ici le résumer, parce qu'à l'instar de ce que j'ai à dire, ce n'est pas le contenu qui est le centre - même s'il a de l'importance.
L'autisme est un sujet brûlant de nos sociétés modernes. Comme le rappelle le père de l'enfant en question, Ron Suskind, on compte aujourd'hui un enfant sur 88 atteint d'autisme, et si on ouvre plus les yeux, qu'on se rappelle que les garçons sont beaucoup plus frappés que les filles, et qu'on ne compte que pour les garçons, alors la proportion monte à un garçon sur 54. (Comme le rappelle aussi l'auteur du récit, pour comparaison, le syndrome de Dawn concerne un enfant sur 691).
Le monde occidental se casse les dents sur l'autisme, ne parvient pas à en retrouver les causes, ne réussit pas à comprendre cette montée en flèche de son occurence, passée de 1 enfant sur 700 il y a vingt ans, à ce qu'elle est aujourd'hui.
Et se pose ici la question de ce sur quoi il convient de se casser les dents, ce que doivent être les rôles respectifs des individus sensibilisés à la question.
Dans le même numéro de Haaretz, un autre article, sur la dernière découverte scientifique en date concernant l'autisme. Il en ressort que l'autisme se déclencherait encore intra utéro, au cours du dernier tiers de la grossesse.
Pour qui cette nouvelle a-t-elle de l'importance ?
Cette nouvelle a de l'importance pour les sociologues, les journalistes, et les officiels de la santé.
Pour les parents, et pour les enseignants-soignants, cela ne change rien à rien. Pour ces derniers, la vraie question, la seule question est celle de la possibilité de se mesurer avec l'autisme de l'enfant autiste.
Le récit de Suskind est par contre, à mon sens, éminemment pertinent pour cette catégorie, à laquelle j'appartiens, qui est à la recherche d'outils.
Tandis que les chercheurs, les officiels, appuyés par les journalistes et les sociologues, induisent et prennent des décisions sur les traitements qu'il convient ou non de subventionner, ceux qui sont les plus en mal sont ceux qui sont face aux enfants autistes au quotidien.
Un récit comme celui-là est édifiant pour ce qui est du monde intérieur de l'enfant qui en est le sujet central, et pour le message qu'il véhicule concernant le traitement.
Il n'est pas question ici de techniques, qui vont plus ou moins marcher, compte tenu de telles ou telles théories cognitives sur ce qu'est ou non capable de faire l'enfant autiste, il est question du monde intérieur de cet enfant, il est question de communiquer, réussir ou ne pas réussir à communiquer avec un individu.
C'est la vocation même de la reflexion psychanalytique, essayer de comprendre les processus de la subjectivité - et non de son système nerveux ou cognitif - de l'individu, et dans le cas spécifique de l'autisme, chercher à aider le praticien, ou/et les parents, à essayer de percer le barrage ou la coquille dont l'enfant autiste enferme sa subjectivité.
Les officiels qui ont décidé que la psychanalyse n'était d'aucun ressort pour traiter les autistes ne savent pas faire la distinction entre une pratique dont ils ne comprennent pas le mécanisme - ce qui se justifie, surtout quand celui-ci se présente de façon aussi impénétrable que le cerveau d'un autiste - et la reflexion sur laquelle repose cette pratique, ou les pratiques engendrées par cette reflexion.
Tandis que les techniques cognitivo-comportementales reposent sur des théories ancrées dans la constitution biologique des individus et s'articulent sur des pratiques surtout destinées à rassurer le praticien, ou les compagnies d'assurance médicale, qui préfèrent de très loin qu'on leur vende des thérapies courtes et concrètes, les praticiens qui se mesurent vraiment à ces enfants savent que des résultats ne peuvent être vus qu'au prix d'énormément de patience, qu'au bout d'énormément de temps, et que le concret et le spécifique ne sont que des leurres.
Les praticiens - dont je suis - savent aussi que c'est le processus, la dynamique, qui font naître le contact, la confiance et la relation interpersonnelle, ce sont ces processus qui sont importants, bien plus que le contenu verbal de prétendues interprétations, ou que le résultat de prétendues acquisitions de telle ou telle fonction cognitive.
Les praticiens savent, comme en témoigne ce récit, que ce n'est nullement le cognitif qui est en question, mais beaucoup plus l'affectif, ils savent qu'il n'est pas tant question d'apprendre telle ou telle loi du comportement à un enfant qui ne "peut pas", qui n'a soi-disant pas la capacité de connaître, que de percer le barrage de quelqu'un qui s'est fermé au monde environnant.
Ce récit témoigne d'une évolution qui se fait sur plusieurs dizaines d'années, et au prix d'un énorme budget, et de gens qui consacrent énormément de leur temps et de leur disponibilité à un processus qui est lent mais aussi souvent éprouvant et épuisant.
Ce récit témoigne d'un autisme dont personne ne peut peut-être savoir s'il a été psychogène ou entraîné par x ou y phénomène, mais il témoigne d'un autisme dont l'évolution a été le fruit d'efforts principalement psychologiques, psychothérapeutiques, enracinés dans l'approche psychanalytique, efforts axés essentiellement non sur l'apprentissage et le conditionnement, mais sur le moyen de percer la coquille, en accord avec celui qui s'est trouvé entouré de cette coquille.
Ivan, l'enfant au centre de ce récit, a la chance d'avoir eu un environnement qui n'a pas baissé les bras, qui a su avoir le souffle nécessaire.
vendredi 28 février 2014
Rideau, toile, sanctuaire et Presence Divine
"Il fit le voile, en étoffes d'azur, de pourpre, d'écarlate et de lin retors. Travail d'artiste, damassé de chérubins." Exode 36 35.
Cette tenture de l'Antiquité, baldaquin d'ouvrage extrèmement circonstancié, était probablement une des splendeurs de l'Asie mineure. Réalisée une première fois lors de l'épopée des hébreux dans le désert du Sinaï, elle était tendue devant l'arche qui renfermait les Tables de la Loi, d'abord dans le Sanctuaire, plus tard, dans le temple de Jérusalem. Très épaisse, ce qui la rendait aussi lourde, il fallait selon la tradition trois cents prêtres pour la porter, à chaque fois qu'il était nécessaire de la tremper dans l'eau pour la purifier.
Majestueux tissu de 8 cm d'épaisseur, composé de soixante douze couches tissées en enchevêtrement de quatre couleurs, il fallait régulièrement en remplacer les couches extérieures qui se trouvaient souillées du fait du service pontifical, ou que les rudes conditions climatiques avaient usées ( Shekalim 8,5 ).
Il était composé de matières évoquant les quatre éléments de la nature, mais tout en étant comme le maximum de ce à quoi peut s'élever la créativité humaine. Sa réalisation visait, dans l'esprit de Betsalel fils d'Ouri fils de Hour, grand architecte du sanctuaire, à exprimer la version humaine, bi-dimensionnelle, de ce que sont les Chérubins, ces créatures célestes qui veillent sur le jardin d'Eden depuis que l'homme en a été chassé.
Selon certains versets, il était "ouvrage brodė" ("maassé rokem", Ex. 26, 36) tandis que selon certains autres, il était "oeuvre d'art" ( "maassė khochev", Ex. 26, 31), et Rabbi Youda, dans le talmud de Jérusalem, a une explication, propose une interprétation : "Dans le premier cas, il s'agit d'un seul visage, dans le deuxième cas, de deux visages" (Shekalim 8, 2). Comme pour dire que l'homme doit conceptualiser la rencontre avec l'autre pour s'élever au niveau de l'art. Comme pour dire que le niveau de l'art est aussi celui de la pluralité, du regard pluridimensionnel. Tant que l'homme ne voit qu'un seul visage, il reste au niveau ( quand même impressionnant ) de l'artisanat.
| un visage de lion ? deux visages de lions ? |
Des jeunes filles nubiles rompues à la technique du métier le tissaient, et différentes thèses ont été émises quant à son aspect. Certains disent qu'étaient brodés un taureau sur une face et un aigle sur l'autre, tandis que d'autres ne démordent pas d'autres versions, différemment zoomorphiques.
Son rôle était de séparer, de faire écran.
Ecran devant les tables de la loi dans le premier temple, mais écran devant le vide dans le second, l'arche et les tables n'y étant pas été réinstallées, ou encore écran pour l'homme face à la divinité, à moins que le Baldaquin n'ait été Lieu de la divinité elle-même?
Le Baldaquin symboliserait ainsi peut-être la pudeur, l'intimité. Ce de quoi on doit garder distance, ou encore ce qui aide à rester distant. Intimité d'Israël, symbole de l'intimité universelle.
Titus, pénétrant dans le Saint des Saints, armé de son épée, flanqué d'une prostituėe, viole, au sens propre, l'intimité d'Israël - Guittin 56 : -. En conquérant, il profane la propriété, il anéantit l'identitė, il viole l'intimité universelle. En tant que lui-même, il se dévoile individu brutal, dépourvu de sensibilité.
Dans le midrach, en Exode rabbah 50 4, dans un paragraphe un peu différent, ne contenant aucune référence à un quelconque "dit", est soudain cité ce qui pourrait apparaître comme le récit d'un rêve fait par Rabbi Eleazar fils de Rabbi Yossi : "j'ai vu le baldaquin à Rome". (Certains diront qu'il ne s'agit pas d'un rêve mais bien d'un souvenir, le talmud attestant en plusieurs endroits que ce rabbi fit partie d'une délégation de rabbanim qui se rendirent à Rome afin d'intervenir contre un décret antisémite, et il est même mentionné dans une autre source - Meïla 17: - qu'il avait en outre une question précise à poser au sujet des taches de sang que l'on voyait sur le baldaquin. Mais a-t-il réellement vu ce tissu ? À moins qu'ayant été considéré oeuvre d'art il n'ait été exposé par les romains au parlement ou en un quelconque autre endroit où se trouva Rabbi Eleazar...on se demande un peu si la chose a réellement pu se produire).
Que cela soit comme ci ou comme ça, laissons-nous aller à imaginer qu'il s'agit d'un rêve, imaginons que le Baldaquin représentant la Divinitė, il se soit joint à l'exil des hėbreux vaincus. Laissons-nous associer cette vision de Rabbi Eleazar à cette autre source talmudique citée ci-dessus selon laquelle Titus pėnėtra dans le Saint des saints, et transperça de son épėe ce dais, duquel jaillit...du sang !
Laissons nous ainsi nous demander ce qui occupe l'esprit de Rabbi Eleazar. Cherche-t-il, comme le suggère le contexte en Meïla 17, à donner une réponse hilkhatique à une question très précise concernant la pureté ou l'impureté de tel ou tel sang ? Ou, confronté à l'antisémitisme, et aux dures et nouvelles conditions auxquelles est contraint le peuple juif, ne prend-il pas ce sang au second degré ? Ne se pose-t-il pas des questions sur l'avenir de ce peuple, encore une fois menacé, et au sujet duquel la question la plus cruciale serait de savoir s'il est maintenant (depuis la destruction du temple, depuis la destruction de Jérusalem, depuis l'exil) encore protégé ?
Quelqu'un a des doutes sur le niveau de réflexion auquel peut s'élever un rabbi du talmud ? Il est possible que l'actualité mette à mal notre capacité d'apprécier le niveau auquel il convient de situer les rabbins, quand certains évoquent plus volontiers le curé des campagnes, quand leur voix se fait surtout entendre lors de leurs inombrables querelles de clochers, quand on les voit plus attachés à leur pouvoir politique qu'à la prestigieuse pensée juive, quand d'autres se font prendre en flagrant délit de plagiat, quand d'autres encore, comble de la déchéance, se retrouvent sur les bancs de la justice pour des délits parmi les plus variés et les plus indéfendables ?
Lévinas, qui les qualifiait de docteurs du talmud, n'avait pas de doute. J'ai aussi appris chez un autre maître à ne pas considérer le talmud comme une relique poussiéreuse mais comme un trésor qui ne s'est pas tant conservé du fait des soins qui lui ont été prodigués que du fait de sa haute valeur, du fait du haut niveau des débats dont il fourmille.
Et donc, qui Rabbi Eleazar a-t-il pu voir à Rome, entâché de sang, sinon le peuple juif lui-même, sinon la Présence divine elle-même ?
Et la question à laquelle il convient de répondre n'est-elle pas la question de ce qui fit couler ce sang ? L'épée de Titus ou les sacrifices faits à Kippour par le grand-prêtre ? Peut-être comme pour demander ce qui menace réellement le peuple juif, l'épée du conquérant, l'Iran, ou l'impureté au regard des lois de la Torah ?
Et aujourd'hui, nous qui réfléchissons sur le Baldaquin, merveille de l'Antiquité, sur tous les articles de la Tente d'Assignation, doit-on les regarder comme autant de reliques archéologiques d'un passė révolu ou comme ayant étė les symboles de ce qu'était le judaïsme quand il y avait un temple à Jérusalem ?
Doit-on souhaiter la restauration de cette antique beauté, doit-on espérer le retour concret à ce glorieux passé, avec reconstruction du même temple ( ou, pourquoi pas, de la même tente ) et remise en route des sacrifices d'animaux par des prêtres vêtus de robes blanches, coiffés de tiares et affublés de plastron d'or ? Ou doit-on chercher ce qui est aujourd'hui le symbole vivant du judaïsme d'aujourd'hui ? Ce qui symbolisera au mieux ce que le judaïsme doit être pour ne pas être le boulet au pied d'un peuple, ni un anachronisme que l'on ne cherche qu'à retaper ou à enfouir ?
N'avons-nous pas en nous de quoi fabriquer une si magnifique tenture d'aujourd'hui, qui nous servira à montrer au monde entier quelles sont les séparations que sait enseigner le judaïsme, quelle est l'impureté dont il faut à tout prix ne pas se souiller ? Impureté sexuelle ? Impureté sociale ? Impureté liée à la bouche ?
Le talmud nous enseigne que Titus pénètre accompagné d'une prostituée dans le Saint des saints où le grand prêtre risque sa vie s'il entre en état d'impuretė, qu'il y commet les pires actes au regard de la religion, de la sainteté, de la pudeur, de la dignité humaine, et qu'il ne lui arrive rien.
Le judaïsme mentirait-il donc à proclamer que le grand-prêtre risque sa vie ?
Le judaïsme propose à l'homme un système pour devenir autre, pour l' "autrement qu'être". S'il est autre, pureté et impureté sont une partie des données de sa vie. À un certain degré d'adhérence et de responsabilité collective, comme dans le cas du grand prêtre affecté au pardon du peuple le jour de Kippour, il risque sa vie à se rendre impur. S'il se contraint à des lois qui caractérisent une sociétė saine, il se met en danger en les enfreignant. Si au contraire l'homme est un loup pour l'homme, s'il vit selon les lois de la jungle, il ne risque sa vie que du sang versé par l'épée d'une autre bête sauvage.
Le Baldaquin représente la beauté et la noblesse de cette Divinité, représente le poids de l'impureté sur l'ensemble du peuple. Et cela explique qu'une collectivité doit s'unir pour l'entretenir. Pour le déplacer, pour symboliser l'importance accordée au niveau d'humanité de la collectivité et aux moyens utilisés pour la protéger de l'impureté.
N.B. Sources talmudiques empruntées à un excellent article d'une certaine Rabbine Professeure Dalia Marx, par l'entremise de cette gigantesque tenture du monde moderne, nommée communément...internet. Une tenture sans majesté, que l'on consulte sur écran, à défaut qu'elle-même ne fasse écran. Une toile qui renferme son potentiel d'impureté, qui peut tout autant être potion de vie et d'enrichissement que poison.....une des merveilles du monde moderne en quelque sorte.
jeudi 20 février 2014
dimanche 26 janvier 2014
Life of Pi, midrach asiatico-canadien ?
Un bateau japonais au nom hébraïco-cabalistique ("Tsimtsoum"), les entrailles bourrées de tous les animaux de la création appartenant à un propriétaire indien, ayant appareillė depuis Pondicherry en direction du Canada et qui est mis en péril au milieu de l'atlantique, on a compris : on est en allégorie de l'histoire de Noé.
Quand de plus il s'avère que le héros, fils du propriétaire des animaux est affublé d'un nom monosyllabique, ou plutôt converti en tel, et hanté de rêves messianiques, le doute n'est plus possible.
Nous avons donc un individu qui se retrouve seul survivant d'une catastrophe aquatique, en compagnie d'animaux dont la gestion de la cohabitation s'avère impossible, un individu qui a montré encore avant ce développement combien la chose métaphysique était au centre de ses préoccupations, avec une forte tendance pour l'universalisme, un individu qui va réussir le tour de force de l'apprivoisement d'un tigre du Bengale, alors qu'ils sont deux, seuls au coeur de l'immensité.
Aucun doute, c'est vraiment de l'histoire du déluge qu'il est question. Un déluge dont on se souvient qu'il fut dans le récit biblique envoyé au monde entier en punition de l'anarchie qui l'envahissait. "Pi" représentant, comme nous le savons tous depuis le collège, la mise en présence du cercle et de la droite, autrement dit des éléments de la nature d'une part et de l'homme d'autre part, il est clair que c'est le véritable nom du héros du déluge, celui à qui incombe la tâche de refaire redémarrer une humanité plus saine. Le héros du film aura eu comme première "épreuve" sur cette terre de découvrir sa véritable identité, ayant été de naissance affublé d'un nom ridicule qui n'appelle son propriétaire qu'à en se choisir un autre.
Crème chantilly sur le gateau : le tigre avec lequel Pi se bat une heure de spectateur (277 jours d'après le scénario) sur le bateau, n'existe pas, n'est que le fruit d'images de synthèse. Et cerise sur cette crème : le tigre parait ne pas avoir existé du tout mais avoir été un rêve, un délire, un fantasme, ou la conversion en animal de la propre férocité de Pi à combattre les difficultés de l'existence. Le récit auquel le spectateur vient d'assister se retrouve en effet modifié par le narrateur lui-même quand il s'aperçoit que personne ne peut vraiment croire à sa rocambolesque aventure de Noé sauvé du déluge. Il le modifie en ré-humanisant les personnages, et en laissant le spectateur perplexe, et s'interrogeant sur ce qu'il vient de regarder deux heures durant, un peu comme l'homme du 21 ème siècle qui se trouve soudain invité, aux détours d'un midrach, à se demander des récits de ses ancètres ce qui est réalité et ce qui n'est qu'allégorie. Clin d'oeil à la portée du récit biblique ? Ou clin d'oeil à la confrontation sempiternelle du survivant (de la shoa par exemple) à une humanité incrédule ?
On notera le passage éclair de notre Pi-héros par l'île imaginaire, apparemment dans le rôle de la "terre qui digère ses habitants", allusion à celle -d'Israël-, au centre du récit biblique, qui se vit gratifiée du "glorieux" attribut de terre qui les vomit. Version cinématographique de l'alternative canadienne à la terre promise?
Un film "mise en abyme" qui se paie comme décor les fonds de l'abîme !
dimanche 15 décembre 2013
Allez ! On vous la raconte !
On nous marque dans
les sites météorologiques locaux que la précédente similaire remonte à 1878. En
février 1950, la situation avait été semblable, mais c'était fėvrier, une
pėriode de l'année où il est courant de voir de la neige à Jérusalem. C'est
vrai que ce qui n'avait pas été courant cette année-là, c'est qu'à Yafo il y
avait eu de la neige. Cette année, le sinaï en a reçu, ainsi que la banlieue du
caire, mais pas la côte d'Israël.
Cette année, l'extraordinaire est principalement que
l'on est encore avant la mi-décembre. Moi qui ne suis que depuis 32 ans à
Jérusalem, n'ai jamais vu de neige avant le 31 décembre.
Sont tombés à Jérusalem 250 mm d'eau en quatre
jours, qui sont le double de ce qui tombe en général sur tout le mois de décembre,
qui sont presque la moitié de ce que la ville reçoit en un an, qui sont le
record de tout le pays pour cette tempête.
Dès jeudi se sont produites les premières
coupures de courant. Certains n'en ont pas eu du tout, certains en ont eu des
courtes, certains sont sans electricité depuis jeudi. C'est le cas de
l'internat où je travaille, qui est à Abou Gosh, et où le village entier est
resté très longtemps sans electricité, mais vu qu'y habitent 100 enfants et
quelques trente adultes, l'armée est venu rajouter quelques générateurs,
et il y a à manger et même un peu de chauffage.
A la maison, nous avons eu 7 heures de coupure
vendredi, pendant lesquelles la tension est montée ici, du fait que shabbat
aprochait, du fait que l'on voyait que le plus dur était encore à advenir, du
fait que nous avons un sous-sol protégé d'inondations par des
pompes....électriques.
Heureusement Marianne, plus prévoyante et
avisée que moi, avait réussi jeudi après-midi à louer un gėnérateur. Un
générateur, qui permet de brancher sur lui les deux pompes, mais au prix de
bruit énorme, d'émission de gaz d'échappements...on l'a quand même utilisé
deux-trois fois vendredi après-midi avant qu'à notre énorme soulagement,
l'électricité ne soit revenue, à 19:00.
C'était le début d'un shabbat assez
désagréable du point de vue climatique, gris foncé, chutes intermittente de
pluies et de neige, ou de "graupel", mais avec chauffage central,
chile con carne cuisiné par notre soldate végétarienne de fille, et ambiance
familiale chaleureuse, ajoutée d'un repas chez des grands parents bien chauffés
et en état tout à fait honorable.
La présence à la synagogue était remarquable,
avec au programme un superbe dvar Torah, d'un de la communauté que la coupure
d'élétricité chez lui avait contrain à passer shabbat à une heure de marche,
qu'il avait fait bravement à 7:00 du matin.
Puis, le chauffe eau a cru de son devoir de
faire sauter le courant de toute la maison. Il faut dire que comme à peu près
tout à Jérusalem, il est sur le toît, installé pratiquement sans protection, et
certainement pas pour tenir des conditions de tempête et de pareil enneigement.
Heureusement, il est possible de faire alors monter sur le toît notre
éléctricien de fils, assisté de son frère, qui diagnostiquent rapidement la panne
et trouvent la solution qui permet à toute la famille de se doucher.
Donc, au final, même en ce dimanche où les
rues restent couvertes de verglas quatre heures après l'apparition du soleil,
la situation est au total très bonne.
L'architecte a apparemment prévu très
correctement l'équipement de la maison, s'il tient des situations d'une fois
tous les 60 ans, et qu'il en soit ici officiellement loué.
Les pompes ont encore du travail : celle
affectée à l'évacuation du jardin a encore à se préparer à la fonte des trente
cms de neige qui recouvrent le jardin, et donc à devoir rester en état de
marche pour la semaine à venir. Celle liée au niveau du nahal refaïm enterré
sous toute la rue Emek Refaïm et notre rue qui est sa prolongation, devra
peut-être aussi se remettre en route, mais elle est apparemment sollicitée
surtout au moment où la pluie tombe, ce qui parait ne pas être au programme au
moins des trois jours à venir.
Et pour la suite ? L'hiver est encore devant
nous. Et il est prévu d'être long puisque l'année est embolismique, mais fort
de cette expérience, restons avec bon espoir que la prochaine tempête ou fin de
semaine pluvieuse ne nous soit pas pire que celle-ci.
P.s. Les photos dans le diaporama ci-dessus
ont des légendes, on ne les voit que si on clique sur le diaporama et que les
photos deviennent à taille d'écran.
vendredi 6 décembre 2013
Du synapsique au syntaxique et vice versa.
Les impressions consignées, enregistrées dans l'hémisphère droit à l'état
brut, sont à la disposition de l'esprit. Si la voie employée pour les traiter est celle qui
traverse le corps calleux et aboutit au cerveau gauche, elles y sont élaborées,
deviennent verbales et peuvent être rangées dans les bibliothèques de
l'esprit.
La voie peut être autre, et les impressions transformées en musique, en
création plastique, ou même demeurer impressions ou sensations.
L'impression reçue mais non transmutée s'accompagne de bien être si elle
est au départ impression positive, mais est ressentie comme toxique si elle
était au départ impression négative.
Exemple : l'enfant de trois ans participe au repas familial dans la maison
de ses grands parents, en présence de toute la fratrie de sa mère, de son père, de son grand-père, de son arrière grand-mère, mais en l'absence inattendue de sa
grand-mère et de son arrière grand-père, parce que ce dernier a ėté l'objet d'un
problème médical soudain. L'enfant ne reçoit pas d'information verbale à ce
sujet ( par oubli, et du fait que tous sont préoccupés par la situation) et ne
reçoit que les informations non verbales, recueillies par son système sensitif.
Il sent la tension, il voit les visages tendus. Il a soudainement un accès de
colère, bizarrement dirigé contre le regard de son arrière grand-mère : il
réagit agressivement et lui enjoint de ne pas le regarder. Il finit après
quelques minutes, quelques échanges agressifs, quelques tentatives de le
discipliner, de le calmer, de le punir, il finit par dire qu'elle a "des larmes
dans son visage" ( ce qu'elle ne confirme pas, ce qui confirme qu'il ne voit pas
réellement mais perçoit ).
Ce n'est que plus tard dans la soirée, quand il reçoit l'explication
verbale de l'absence de son arrière grand-père que son humeur et son
comportement rentrent dans l'ordre. Il dit même à ce moment qu'il souhaite
prompte guérison, qu'il est sûr qu'on trouvera un bon médicament pour lui.
L'enfant dont la trajectoire a été perturbée affectivement, qui a grandi
dans une atmosphère saturée en impressions négatives non verbalisées, qui ne lui
ont pas été transcrites en mots, et de plus si de l'agressivité a été manifestée
à son égard, peut devenir un enfant à troubles du comportement, ou un enfant à
troubles de la communication.
Si pour l'enfant de trois ans, chez qui la structure est encore souple, le
comportement rentre dans l'ordre après quelques minutes, pour l'enfant chez
lequel il y a eu accumulation de ces situations, auxquelles de l'agressivité
dirigée contre lui ou concrètement perceptible a été ajoutée, la structure se
solidifie comme telle, et se développe une personalité encombrée de troubles du
comportement de façon durable.
Le mécanisme réparateur est celui de l'interpersonnel. Ce n'est pas
uniquement que des mots y sont prononcés, c'est que des mots sont prononcés par
ceux à qui l'attachement est le plus vif (mère et père en particulier).
Peut-être se produit-il au niveau cérébral ce que Winnicott décrivait en
termes psychanalytiques au sujet de l'espace potentiel. L'espace potentiel est
comme la latitude interne qui se développe à l'intérieur de l'individu au cours
d'un développement normal, latitude qui lui permet de progressivement acquérir
de la patience, de la réflexion, des mots pour ses impressions, et la capacité
d'être créatif. Curieusement, il semble que cet espace potentiel (interne) se
développe du fait que de l'espace est progressivement créé entre lui et
l'élément parental. Pour Winnicott, comme pour beaucoup de théoriciens
psychanalytiques, l'enfant ne naît pas avec la conscience d'être un individu à
part entière, mais il débute au contraire dans l'existence un peu comme un
prématuré, partie non dissociée de sa mère. Son individuation est le fruit de sa
séparation, une séparation qui doit être progressive et harmonieuse autant que
faire se peut, une séparation qui doit se dérouler au rythme de ce que l'un
(l'infans) et l'autre (la mère) peuvent accepter, peuvent supporter.
Cet espace interne, virtuel, abstrait, inconscient, analytique, est le
produit de la création progressive de l'espace interpersonnel qui se crée petit
à petit autour de lui, du fait du relationnel et de l'attachement.
Peut-être le mûrissement des fonctions cérébrales supérieures, sont le fait
de la myélinisation, de créations de synapses, et d'autres développement
chimiques, physiologiques et électriques internes. Mais peut-être le moteur de
l'activation des ces développements du monde interne, cérébral, de l'individu,
se situe-t-il dans l'interpersonnel, dans l'attachement, dans la relation, à
l'instar de ce qui se produit avec l'espace potentiel.
Le moteur de l'humain parait décidément bien être dans l'interpersonnel,
comme je l'écris dans plusieurs endroits, comme je l'écris dans l'article "ta
parole, ma parole" de ce même blog, autour des thèmes du livre de la
Genèse.
Aux plans philosophique, social ou intellectuel, la place dévolue à
l'interpersonnel parait optionnelle : on choisit comme ci ou comme ça, en
fonction de ses aspirations.
Aux plans psychologique et probablement neurologique, cela pourrait ne pas
être optionnel : on a besoin de l'interpersonnel. On en a besoin pour un
développement dans les meilleures conditions, mais peut-être en a-t-on non moins
besoin quand il s'agit du thérapeutique - quand il s'agit de corriger des choses
qui sont parties de travers, tant dans le psychologique que dans le
neurologique.
Le cerveau, étant une structure dont la plasticité n'est plus à démontrer,
en perpétuelle évolution tout au long de notre vie, peut peut-être non seulement
se développer mais aussi se réparer du fait de l'interpersonnel. Peut-être aussi
dans la phase de réparation, le cerveau gauche, des fonctions supérieures peut
être réactivé par le biais du cerveau droit, c'est à dire en remontant à la
source du trajet normal, en communiquant avant tout des impressions et en second
lieu du contenu (par exemple dans le cas de la rééducation)
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