lundi 11 septembre 2023

Le sage montre la lune, le simple regarde le doigt.

…dit un proverbe chinois. 

Dit un proverbe chinois pour attirer l’attention sur la nécessité de bien observer les situations dans lesquelles nous nous trouvons. 

 Un incident qui a peu été relayé par la presse et qui s'est produit la semaine dernière à l'hopital Hadassa à Jerusalem peut venir nourrir le développement de ces réflexions. 

 La ministre Struck, ministre des implantations qui s'illustre principalement par des propos ségrégationistes, œuvrant en particulier pour la multiplication des barrages, arguant notamment :"si un arabe de cis Jordanie ne peut entrer à Petah Tikva sans contrôle comment accepter qu'il circule librement sur les routes de Judée Samarie ?", ayant justifié l'amendement du serment d'Hippocrate "un médecin doit pouvoir choisir certaines personnes desquelles il n'a pas à être obligé de s'occuper" s'est magistralement faite éjecter de l'hôpital où elle était venue honorer de sa présence une séance de début d'année de filles du service civil….mais d’où elle avait eu à coeur de veiller auparavant à ce qu'aucun arabe ne soit dans la salle…que le Seigneur nous vienne en aide.

 Professeur Eytan Galon, chercheur en médecine régénératrice, fondateur et directeur de son laboratoire – où travaillent près d'une centaine de chercheurs, l'a apostrophée et lui a signifié que ses propos racistes lui interdisaient de se produire dans un établissement où circulent, se côtoient, travaillent, donnent et reçoivent des soins des individus de toutes les couches de la population. "raciste ! tu n'as rien à faire ici. Hors de scène à l'instant!" . 

Hormis mon adhésion totale à cette injonction, je me pose la question de la situation dans laquelle nous sommes réellement et de la suite. 

 Tandis que la partie du pays qui soutient la coalition ne tarit pas de rages à l’encontre de ceux qui s’opposent à la réforme judiciaire, il s’avère que dans les manifestations du camp adverse ce n’est plus tellement de cela que l’on parle. On ne parle plus tant de cette réforme qui n’est qu’un instrument, qui est le doigt, que de ce qu’elle sous-tend. 

Cette réforme judiciaire soi-disant opposée à une pseudo dictature des juges vise principalement à empêcher que la haute cour de justice ne s’oppose aux lois et aux tendances du gouvernement actuel…dans lequel les premiers violons sont les partis qui le maintiennent en place c'est-à-dire les extrémi-sionistes et les ultraorthodoxes. Le gouvernement est menacé de tomber s’il ne se conduit pas selon leurs exigences et neuf mois de désordre dans le pays garantit qu’en cas de nouvelles élections ce ne seront plus les mêmes qui l’emporteront. Et ce vers quoi tendent les représentants de ces petits partis qui tiennent de force le gouvernement est un virage du pays vers le racisme, vers le retrait des femmes de la scène publique, vers une imposition religieuse plus déterminante sur la vie du pays. Et donc l’incident rapporté plus haut est relié à cette analyse. 

Les positions de Struck, Ben Gvir, Smotritch, Goldknopf sont celles qu’il faut combattre. Parce que l’avenir dépend beaucoup plus de leurs lois, celles qu’ils tentent de faire passer, que de la composition de la haute cour. 

 Les questions que l’on doit se poser pour la suite sont de savoir s’il faut convaincre ou vaincre. 
 
Comment faire comprendre à de telles personnes, aujourd'hui portées au pouvoir (même si par le jeu d'un système électoral à réformer) donc par une suffisante quantité d'électeurs, que les idées kahanistes sont iniques ? ne doivent en aucun cas ni être adoptées ni encore moins représenter le judaïsme ou l'état d'Israël ? 

 Il ne manque pas de bonnes et belles personnes dans les implantations, dans le public sioniste religieux, qui en gros est l'électorat des tristes personnages qui sont aujourd'hui aux commandes. Il ne manque même pas parmi eux de sages ou tout au moins de personnes instruites, de personnes informées de l'histoire du monde, l'histoire de la montée du fascisme, l'histoire de la progression ou régression de l'humanité. Et pourtant ces partis extrémistes sont au gouvernement. Comment cela se fait-il ? 

 Une grande partie de l'électorat a voté pour eux par "vengeance", en réaction au démantèlement du goush katif ( qui était pourtant souhaitable, qui a pourtant été voté par un gouvernement dans lequel Netanyahou était ministre, qui a été réalisé par un gouvernement dont Sharon était le chef), une autre grande partie vit ou a de la famille qui vit dans les implantations et ils souffrent de la situation sécuritaire et se bercent de l'illusion que la faiblesse "de gauche" est la cause de l'insécurité et que c'est "la force" du discours et de la détermination de la droite qui vont résoudre le problème. Une plus petite partie ne reste pas passive mais s'est jointe aux bandes de délinquants qui répandent leur loi dans ces territoires, les "naaré haguevaot". Une encore plus petite minorité reste fidèle ou s'est trouvée acquise aux tristes idées de Meir Kahana, Baruch Goldstein qui ont commis de terribles dégâts dans le monde israélien et le monde juif. 

 Comment faire entendre à cet électorat les voix d'un judaïsme plus sensé, plus humaniste, plus vertueux, voix pourtant existantes pour ne citer que quelques noms : rav Beni Lau, rav Medan, Emmanuel Levinas, Daniel Epstein, Youval Sherlo, Yshaïahou Leibovitz et Ilaï Ofran. 

Comment aider – ceux parmi eux qui ne sont pas devenus de véritables fascistes – ces gens à retrouver le chemin de la Torah, dans laquelle le message humaniste est quantitativement et qualitativement plus important que tout autre message de droit sur la terre, et de rejet de l'autre ? 

 Comment les aider à ne pas inverser l’adage talmudique "Celui qui vient te tuer, tue le d'abord" en "tue d'abord celui qui te parait pouvoir un jour venir te tuer", ce qui parait être le slogan de cette triste s(m)inistre ? 

 Comment leur raconter que les manifestations d'opposition à leur mouvement ne sont ni des manifestations d'anarchistes ni même des manifestation de la gauche : s'y cotoient jeunes et vieux, ashkénazes et sefarades, hommes et femmes, juifs et arabes et, oui, gauche et droite. Parce que le message de ces égarés qui nous gouvernent n'est pas un message de droite mais un message de la pire extrème droite qui soit.. 

Nombreux sont les électeurs de droite qui se présentent tous les samedis soir de ces 36 semaines, affichant les distances qu'ils prennent avec cette mouvance. Cette mouvance mue par l'angoisse. Leur angoisse est l'agressivité meurtrière arabe et ils l'ont transformée en haine raciste. 

"Ce ne sont pas des terroristes qui font les attentats, c'est la nation arabe toute entière qui est l'ennemi d'Israël et qu'il faut éloigner et désintégrer par la force". "C'est en se montrant les maitres que le calme reviendra. Et surtout pas en discutant ou en se berçant de l'illusion que discuter est possible, que la paix pourra être faite" répêtent-ils. 

C'est précisément contre une telle dérive qu'invectivait Yshaïahou Leibovitz déjà au lendemain de la guerre des six jours. Il demandait que l'on rende ces territoires avant qu'ils ne nous corrompent, avant qu'ils nous fassent devenir ce que la Torah œuvre à nous éloigner d'être : une nation d'occupants, une nation régnant sur son territoire par autoritarisme. 

C'est un double danger, celui de devenir des occupants, des envahisseurs, des dominateurs, et celui d'entretenir la haine chez autrui. 

De quelle Torah surgit telle attitude sinon de celle des tripes ? Où a-t-on vu que l'autre peut ainsi être "vissé", opprimé et se comporter placidement ? les enfants de qui aura été opprimé et humilié peuvent-ils chercher autre chose que rendre la pareille, que réclamer justice, que chercher cette justice dans la vengeance ? 

En parallèle de la fracture qui divise le pays ces derniers neufs mois semblent se développer d'une part les actes terroristes contre les juifs et d'autre part les actes de liquidations à l'intérieur de la société arabe ? sont-ce deux contextes qui n'interfèrent pas l'un avec l'autre ? on m'a déjà répondu que le terrorisme est né bien avant que Ben Gvir, Smotritch et Struck ne deviennent s(m)inistres, il ne faut chercher aucun lien de cause à effet. 

Cela renvoie à la profonde question de la violence. Est-elle constitutive de l'homme ou réactive ? question à laquelle probablement ne trouverons-nous pas ici de réponse absolue. Peut-être n'y a-t-il à cette question aucune réponse absolue, peut-être s'agit-il ainsi non d'une question à laquelle il faut une réponse que d'une situation qu'il faut gérer. Même si l'agressivité, la violence, le crime existent chez l'homme et dans les sociétés, il y a des contextes où ceux-ci sont gérés de façon plus ou moins heureuse. 

Je ne me fais aucune illusion sur les effets d'une politique de rejet, de suspicion, de brimade. Je me demande même comment quelqu'un peut avoir l'illusion que cela donnera de quelconques résultats positifs.. 

 Quand le sage montre la lune, le niais regarde le doigt. 

 Le niais est celui qui nie. Il n'ignore pas que le sage montre la lune, il nie le bénéfice qu'il pourrait retirer de sa prise en compte. 

Tant qu'il s'agit de la lune, le mal n'est peut-être pas très important. Quand il s'agit d'individus. Les mépriser et les opprimer n'engendre que du négatif.

lundi 28 août 2023

Pour qui le temps travaille-t-il ?



La Judée Samarie est forcément au coeur de la sensibilité juive. C’est là-bas qu’est né le judaïsme, les patriarches vivaient sur cette chaîne de montagnes et nullement dans la vallée habitée par les philistins. Avraham s’installe à Beer Sheva (située sur les monts du Neguev, qui prolongent la chaîne vers le sud) mais c’est à « Kyriat Arba, qui est Hevron » (Genèse 23, 2.) qu’il achète le lieu de sépulture de Sarah, sa femme.
Pour la tradition juive, ce ne sont pas seulement les trois patriarches et leurs femmes qui sont enterrés dans ce caveau, ce sont aussi Adam et Eve, premier couple de l’humanité d’après la Bible.

Les juifs ont pendant 2000 ans évoqué quotidiennement Jérusalem (on prie pour la reconstruction de Jerusalem trois fois par jour lors de la prière, et aussi dans la bénédiction de fin de repas), située au coeur de cette chaîne, et Hevron, dans leur vécu religieux, ont souhaité de tout temps la reconstruction de Jérusalem, détruite par Nabuchodonosor, reconstruite puis redétruite par Titus en l’an 70, et …continuent de pleurer sur cette destruction, malgré le million d’habitants qui la parcourent au quotidien…du fait que le temple, lui, n’a pas été reconstruit.
Pour une frange du peuple juif, la guerre des six jours n’a pas seulement été une victoire militaire miraculeuse, elle a été l’évènement qui a fait passer la Judée Samarie de mythique à réelle.
Jérusalem n’a jamais été désertée par les juifs, une communauté parfois plus nombreuse parfois extrèmement réduite y est toujours restée. C’est un peu le cas de Hevron, ce n’est pas le cas de la Judée Samarie.
La frange israélienne émerveillée par la guerre des six jours a vu l’éspérance messianique se réaliser.
Il devenait possible d’habiter les lieux bibliques, Tekoa la ville du prophëte Amos, Bet El, Shiloh, Elon Moreh sont autant d’implantations nommées bibliquement authentiquement, parce qu’elles sont sur les lieux exacts de leur mention historique.
Vivre sur de tels lieux historiques tient du miracle, surtout quand leur souvenir a survécu à deux mille ans d’exil.

Le problème tient précisément à cette actualisation de l’histoire. Si elle a énormément ému une partie du peuple israélien, elle a laissé indifférente l’entière communauté internationale non juive, et a révolté le monde arabe. Ses dirigeants qui se sentent menacés par ce retour (le point de litige le plus menaçant étant le fameux mont sur lequel se tiennent le dôme du rocher et la mosquée Al Aqsah : les juifs vont-ils pousser l’ivresse jusqu’à reconstruire leur temple, c’est à dire jusqu’a détruire ces hauts lieux de l’Islam ?) et la population arabe qui vivait sur place, a continué à vivre sur place et s’est aussi énormément développée (en partie du fait de la reconstruction d’Israël : quand Israël construit en Judée Samarie comme Efrat, Ariel, Betar et encore de nombreuses autres, qui sont les ouvriers du bâtiment ? Sinon les arabes locaux, auxquels se joignent les cousins éloignés domiciliés par exemple en Irak et qui accourent se « relocationner » pour raisons économiques !). Toute cette population est hostile, qui plus fortement qui de façon un peu plus tiède, à l’installation juive en Judée Samarie.

Le résultat est connu et ne fait pas qu’exploser de nos jours : le conflit autour de cette Judée Samarie a donc 56 ans, ces territoires ayant conservé depuis la guerre des six jours l’ambigu statut de « territoires occupés ».

Que va-t-il se passer ? Me demandait ce matin un cousin par alliance domicilié aux USA aujourd’hui mais après avoir habité quelques années en Israël, et inquiet de notre situation nationale et internationale de cette année 2023.

Que va-t-il se passer ? Je l’ai déjà écrit plusieurs fois : le sujet de notre crise n’est pas le mode d’élection des juges, ou la réforme judiciaire. Celle-ci n’est que l’instrument. Si elle est menée, elle permettra l’annexion des territoires, c’est en tout cas ce qui est visé expréssément, même si non évoqué à voix haute.

C’est expréssément visé, souhaité, rêvé, prié par toute la population religieuse de Judée Samarie en particulier, qui voit en Ben Gvir, Smotritch, Struck leurs sauveurs, ceux qui réalisent leurs rêves, tandis que le reste de la population les perçoit comme des individus dangereux, menant Israël et la région au désastre. Heureusement, même si elles sont rares, des voix se font entendre depuis le judaïsme religieux pour émettre des réserves si ce n’est condamner cette position reposant sur le principe de plaisir et sur le rêve, dans le mépris pour toute la population arabe reléguée au dernier rang des priorités, loin derrière la terre, ce qui est mépris pour les nombreux versets de la Torah ordonnant un comportement moral vis à vis du non juif résidant en Israël.

C’est le noeud de toute cette crise. La réforme judiciaire, les dispenses de service national des ultraorthodoxes ne sont que des corollaires, des sujets qui ont chacun leur importance mais qui ne sont nullement le centre du problème, centre tenu par cette énorme question des territoires.

S’ils sont annexés, outre le fait que cela se fait en contradiction avec le droit et l’opinion internationale, cela accentue crucialement un problème, peut-être inextricable, de droits de l’homme : quel statut recevraient les plusieurs millions d’habitants arabes de ces territoires ? Si le statut de citoyens, cela mettra Israël en péril, du fait de l’accroissement brutal de population non juive et hostile au sionisme que cela provoquera. Si le statut de non-citoyens, Israël devient un pays officiellement d’apartheid.

Situation inextricable.

Le temps semble être le seul élément qui ne provoquera pas de séïsme politico social.

Netanyahou l’a d’une part bien compris, en maintenant systématiquement le sujet sous le tapis tout au long de son mandat, mais malheureusement, tout en ayant compris, Netanyahou a fait l’autruche, a donné le problème en héritage à ses successeurs.

La stratégie Ben Gvir-Smotritch-Struk est bien différente, et complètement explosive comme le prouvent ces derniers huit mois. Leur attitude engendre la violence. Délibérément. C’est du messiannisme actif, militant. Leurs actes forceront le cours de l’histoire croient-ils.

Cela se passera-t-il dans le sens souhaité par eux ? Nul ne le sait…et surtout, une bonne frange d’habitants du pays expriment semaine après semaine qu’ils ne s’identifient pas à cette vision et ne laisseront pas se faire ce renversement magistral de situation internationale.

Où continuer ?

Il n’existe qu’une solution : celle de la parole…adjointe au temps, c’est à dire à la patience.

Tant que des évènements échappant à la réalité ou à la vision humaine (et la guerre des six jours appartient à cette catégorie) ne se produisent pas, il n’y a que la force (la violence) ou la parole.

Tout devrait pousser à la seconde. Elle est difficile. Nos ennemis ne veulent pas dialoguer disent les extrémistes. Même si cette réponse est forcément partielle (certains palestiniens voudront dialoguer, tous ne sont pas activement des ennemis), commençons par dialoguer entre israéliens, qui tous, veulent la continuation du projet sioniste et la paix pour leurs enfants, et veillons à notre langage et à notre conduite. Pour que le temps nous serve au lieu de servir à la haine, au lieu de nous désservir.

vendredi 25 août 2023

Raison garder, raison retrouver ?

 



À l’école maternelle, dans le cercle familial où évoluent de petits enfants, les conflits sont nombreux et surgissent souvent. « Il m’a pris la place à laquelle je voulais être assis ! Il joue avec cette voiture qui est à moi ! Il a reçu plus de gateau que moi ! Lui, on lui donne toujours raison ! ». Autant de situations auxquelles sont confrontées les institutrices de petite section, et qu’elles gèrent différemment selon leur approche mais aussi selon leur niveau. Certaines vont étudier telle ou telle approche, celle de Montessori, celle de Steinee, certaines vont user de leur personalité, de leur charisme, de leur charme, de leur contact personnel avec les enfants et faire ainsi régner ou revenir l’ordre et la paix dans les coeurs. Certaines, moins bien dotées auront plus de mal, recoureront plus à l’autoritarisme, élèveront la voix. Certaines useront de violence, menaces de correction, ou correction.


À l’école primaire ces situations perdurent mais elles se font plus rares, et on a coutume d’y voir l’effet températeur de la maturité. Les enfants sont moins vulnérables, ont acquis de la capacité verbale, de la finesse, de la patience, de la tolérance. Par eux-mêmes mais aussi grace à une éducation par laquelle on leur a enseigné cet affinement progressif de la confrontation avec autrui qui me prend ce que je pense être à moi, qui est en conflit avec moi, qui peut être jaloux de moi, ou qui peut même me détester pour différentes raisons, incluant la couleur de ma peau ou mon appartenance ethnique ou religieuse.


À l’école maternelle il n’y a en général ni racisme ni antisémitisme, mais il y en a à l’école primaire, et il y en a encore plus au collège ou au lycée. Parce que les conflits ne sont plus les mêmes que durant la petite enfance.


Pourtant parfois, le langage est le même. Ce n’est plus « il a pris ma place, ma voiture » mais cela peut devenir « ces étrangers prennent notre travail! » ou encore « tes parents ont tué Jésus ! Mes parents me l’ont dit! ».


Le rôle de l’éducation ici aussi est primordial et l’enseignement doit ici intervenir, doit être l’adulte de qui l’autorité doit s’imposer mais de façon à laisser le dialogue et la raison se faire entendre. On croit encore que l’enseignement par exemple des faits de la shoah pourra aider à limiter l’apparition de l’antisémitisme dans les conflits interpersonnels au lycée.

Qu’en est-il de l’âge adulte ?
Est-on dans la même perspective ?


Les adultes qui ont des conflits interpersonnels, des conflits d’argent ou des confluts territoriaux ou inter éthniques, intercommunautaires sont-ils le prolongement des conflits de l’école maternelle ?
Il faut bien admettre une certaine similitude, une certaine analogie.


Mais il est indispensable de voir au moins deux différences majeures : les conflits adultes découlent généralement d’idéologie ou les intérêts sont teintés idéologiquement dans la plupart des cas « il me prend ceci parce que cela ! », et deuxième différence, il n’y a plus de situation d’enfant face à adulte. L’adulte est représenté par le juge et par le policier et ceux-ci n’ont aucun rôle pédagogique. Ils n’interviennent que quand l’incendie s’est déclaré, quand il y a eu infraction.

Et cependant l’analogie subsiste parce que l’individu qui sort de ses gonds émotionnellement, ou idéologiquement (adhère à une cause qui fera de lui tôt ou tard un agresseur ou un meurtrier) est un individu qu’il faut sinon éduquer au moins encadrer, accompagner, raisonner.

Le conflit antisémite a-t-il disparu de la surface de la terre ? Sûrement pas. Même une fois qu’ont été sus et montrés les terribles faits engendrés par lui, que cela ait été au cours des croisades, de l’inquisition ou de la shoah. Les mouvements néonazis ont refait surface, l’antagonisme duquel les sources sont une croyance religieuse ont perduré, et la xénophobie continue d’être bien présente, surtout quand l’humanité rencontre le phénomène de migration.

Comment comprendre la persistence de ces phénomènes ? Comment gère-t-on cela ?

Les adultes reçoivent d’une bonne éducation le message que les conflits doivent se gérer par la parole plutôt que par la force, et ils doivent avoir acquis la conscience que l’agressivité, la violence, le vol, le viol et le crime sont non seulement répréhensibles mais réprimés.

C’est le rôle de la société. Créer des villes et les administrer, avec des structures, des autorités, des juges et des policiers. Et les adultes mettent en place des structures de dialogue, de mise en place de lois. Les adultes étudient ces sujets à l’aide d’outils intellectuels et peuvent ainsi ne pas seulement avoir recours à la force et à la violence. Le réalisme convainct - ou devrait convaincre - même les plus pacifistes que les armes et les armées demeurent indispensables, parce que les situations ou l’individu doit se défendre sont soit le pain quotidien de certaines situations, soit peuvent surgir.

L’état d’Israël est ainsi un état dont l’existence a été votée à l’ONU, mais à laquelle se sont opposés tous les pays arabes principalement, ce qui a provoqué la guerre d’indépendance et ce qui justifie pleinement l’existence d’une armée (qui s’auto-désigne « armée de défense d’Israël », désignation qui peut et doit être une source de fierté de chaque israélien), et l’investissement massif dans le perfectionnement des moyens d’assurer cette défense.

La guerre d’indépendance a été miraculeusement gagnée, et ainsi en a-t-il été de la guerre des six jours, cette deuxième repoussant encore plus miraculeusement les frontières de notre petit pays bien au-delà des accords votés à l’ONU en 1948.

Et voici comment s’est trouvée crée une situation de conflit territorial, qui rappelle curieusement l’école maternelle. Chacune des deux populations en présence prétend à la souveraineté sur ces territoires que sont la Judée-Samarie, le Golan, et la partie est de Jérusalem.

Après 67, le Sinaï faisait partie de cette liste mais il a été rétrocédé à l’Egypte en 1977.

Pourquoi rendre le Sinaï, annexer Jérusalem et le Golan, et ne pas rendre la Judée-Samarie ?

Il y a controverse internationale sur ce sujet qui dure maintenant depuis 56 ans, et dont la gravité empire au rythme de la démographie : il y a maintenant énormément plus de population directement concernée par cette situation qu’il n’y en avait au lendemain de la guerre des six jours en 1967.

Dans le paysage politique israélien, les termes de « gauche » et de « droite » n’ont quasiment plus aucune signification sociale et économique, mais ils sont devenus exclusivement consacrés à cette question territoriale, la gauche souhaitant la restitution au moins partielle des territoires aux palestiniens, la droite les revendiquant farouchement, qui au nom de la récente histoire d’Israël (les frontières de 48 ne sont pas vivables, la guerre des six jours était une guerre de défense et ses résultats sont la situation avec laquelle les voisins et le monde doivent composer), qui au nom de l’histoire pluri millénaire du peuple juif (c’est à Hevron, Bet El, Shekhem, Shilo, Bet Lekhem qu’ont vécu les patriarches, qu’est née l’entité Israël puis qu’a vecu le peuple juif durant 1500 ans jusqu’à la destruction du templa par les romains en 70 et l’exil qui s’en est suivi).

L’actuel gouvernement est une coalition de droite tandis que les gouvernements de la majorité des périodes de l’histoire récente ont soit officiellement été des gouvernements d’union nationale soit dans la réalité.

Israël peut-elle être administrée tout entière sur base de l’idéologie de droite ? C’est ce que prétend ce gouvernement.

Cela  fonctionne-t-il ? Nous sommes après huit mois de manifestations et de recrudescence du terrorisme ainsi que d’une explosion de la violence au sein de la population arabe.

La situation se calmera-t-elle comme à l’école primaire et au collège, du fait que les adultes feront régler l’ordre et empêcheront la violence ? C’est l’illusion de laquelle se bercent les partisans farouches de l’actuelle politique, sans se rendre compte que si l’enfant qui élève la voix parce qu’on lui a pris son jouet n’est qu’un enfant qui va se laisser raisonner par un adulte, l’adulte qui conserve le même mode de réaction et d’exigence devient fasciste et dictatorial à son insu.

Sommes-nous dans une situation d’éducation ? Il faudrait pour cela que le pays soit gouverné par des adultes responsables, ceux de qui l’autorité est reconnue, en raison des rôles dont ils sont investis mais aussi en raison de leur comportement, de leur autorité morale, intellectuelle, religieuse.

Est-ce notre situation ? Quand le ministre de la sécurité intérieure et la ministre affectée aux territoires ont des discours et des comportements plus pyromanes que pompiers ? Quand leur discours et leurs exigences sécuritaires transforment le rôle de l’armée et la pervertissent, la font devenir non plus armée de défense mais armée d‘occupation. Quand les ministres du trésor, de la communication parlent et agissent de façon ouvertement discriminatoire ou coercitive si ce n’est liberticide ? Quand de surcroît le ministre de la justice et le député en charge de la commission du droit et de la justice mènent à grand bruit et avec énorme agressivité une politique de réforme visant à restreindre si ce n’est supprimer les limites aux décisions qui seront prises par le gouvernement ?


Quand semble-t-il l’autre moitié (même si la coalition dispose de 64 voix contre 56 à l’opposition, les voix exprimées lors de la dernière consultation électorale sont bel et bien à 50-50, certains partis comme meretz ou une partie du vote arabe n’ayant pas atteint le seuil de l’éligibilité ils ne sont pas représentés à la knesset mais leurs voix existent bel et bien ) ne peut s’associer ni même composer avec ce mouvement « à droite toute » !

Il parait clair que non. Nous ne sommes pas dans une situation de collège ou d’éducation, et il n’y a pas au gouvernement ni dans la coalition les adultes qui pourraient faire revenir ou conserver l’ordre. Il y a des individus qui parlent et agissent comme les enfants dans la classe non tenue ou la cour de récréation, mais ayant acquis au passage les outils guerriers que l’on proscrit dans les écoles.

La démocratie n’étant pas uniquement le fait qu’il y a un gagnant et un perdant aux élections, ce qui donnerait le droit à la majorité de cesser de tenir compte de la minorité, notre situation n’étant pas par ailleurs une situation de réelles majorité et minorité mais une situation de confrontation de deux parties égales en nombre, notre pays étant par ailleurs encore en situation sécuritaire vulnérable et la question de la Judée Samarie le nœud de cette extrasensibilité territoriale, il parait évident que « raison retrouver » s’impose, au nom de la raison, au nom de la sécurité, au nom de l’avenir de nos enfants, au nom de notre présent, au nom de notre renommée internationale (à laquelle des comportements, des déclarations et des décisions tels ceux de Ben Gvir, Struk, Smotritch, Amsallem, Karei et cie nuisent énormément et probablement à long terme), et aussi au nom de la préférence pour une solution démocratique et raisonnée aux conflits plutôt qu’une solution autoritariste ou dictatoriale.

J’appelle donc encore à un retour non à la consultation (il y aurait encore cette égalité, ce 50-50, et nous avons trop de fois été aux urnes ces dernières années) mais à la raison, à la réflexion, à la discussion.

Il n’y a pas en Israël de sénat, de lieu où puissent siéger et travailler non des politiciens en quête de siège et de pouvoir mais des personnages de niveau, émanant du monde universitaire, du monde rabbinique, de l’islam, de la science, et c’est l’urgence. Il faut créer aujourd’hui une telle instance.

Il faut laisser ce gouvernement - si à droite soit-il - travailler, à condition qu’il se reprenne, qu’il ajourne ses déterminations auxquelles s’omposent la seconde moitié du pays, et qu’il accepte de se limiter à la gestion sociale, économique et sécuritaire du pays, tandis que ce sénat s’attellera à la lourde tâche de la mise en place de cette Constitution qui fait défaut depuis 75 ans, laquelle devrait aider à gérer ces difficiles « vivre ensemble » desquels ce pays s’est donné le challenge.

C’est un extraordinaire challenge ! Ne le laissons pas se noyer dans la violence, dans le racisme, dans les conflits religieux ! C’est la raison d’être de l’état d’Israël et l’humanité israélienne en premier lieu, et l’humanité toute entière sont en attente de son aboutissement.

lundi 21 août 2023

Au feu ou au travail ?


Si nous n’étions pas face à du sang versé je dirais que le cirque continue.

Huit mois de gouvernement, huit mois de chaos, de propositions de lois scélérates, de fuite violente en avant, de manifestations, et malheureusement, huit mois de terrorisme.

Une amie de longue date, mais dont les idées ont quitté la route, réagissait il y a peu à une nouvelle d‘attentat terroriste en appelant : ”Struk à l’aide !”. Et cela m’évoquait tristement un adolescent qui était en état mental de grande détresse et qui appelait ainsi : ”corbeau ! À l’aide!”.

De même qu’aucun corbeau n’eut été en mesure d’alléger ses souffrances, de même Struk ne pourra-t-elle rien.
Pire, Struk, à la différence des corbeaux qui eux ne font pas de mal, empire la situation. Appeler Struk à l’aide équivaut à faire appel à un pyromane pour éteindre un feu. Il n’est pas exagéré de considérer que ces personnages politiques, aux commandes depuis décembre 22, qui appellent à un durcissement de la politique du gouvernement (il n’apparait pas qu’ils aient remarqué que eux sont au gouvernement, que eux ont même la responsabilité de la sécurité intérieure et de la situation dans les territoires) ont du sang sur les mains ! Il faudra bientôt non seulement exiger leur démission comme cela s’impose aujourd’hui, mais œuvrer à leur arrestation et à leur jugement !

Si un pauvre garçon qui appelle au secours un corbeau est pathétique, c’est parce que son mode cognitif fonctionne selon le processus primaire, celui de la psychose, et non selon celui, analytique et logique, de l’état organisé d’un individu en bonne santé.

Appeler aujourd’hui à durcir la politique procède du même mode de processus primaire. La violence et la haine répandue par ces personnages et leurs sbires donnent déjà de sanglants résultats, et quelqu’un qui n’a comme unique recours que l’appel à plus encore de violence et de coercition ne peut réclamer cela impunément.

Ceci tandis que les ultraorthodoxes ne prêtent aucune attention à la gravité de la situation sécuritaire ou même de fracture de la société mais concentrent toute leur énergie à l’obtention du vote de la loi d’exemption de service militaire des étudiants des yeshivot, en termes de “chose promise chose due”.

Le gouvernement de “à droite toute !” constitué à base d’un conglomérat acquis à coup de promesses répandues comme autant de chèques sans provision paraissait déjà d’entrée de jeu inadéquat, mais il met maintenant le pays au bord de l’abîme et de la faillite !

Je maintiens cependant qu’il ne faut pas encore qu’il tombe.

Israël ne doit pas retourner aux urnes pour la cinquième fois en si peu d’années. Ce gouvernement doit se consacrer aux affaires courantes, et réaliser la seule opération sensée qui dépend de lui et qui redressera son image : programmer le travail d’un sénat des têtes pensantes du pays, qui aura été constitué de façon provisoire conjointement par le bureau du premier ministre et celui du président de l’état, qui s’attellera à la difficile tâche du “comment continuer après une pareille situation de polarisation et d’abîme entre deux tendances qui sont en gros à part égale.

C’est sur la base de ces deux parties réunies par un projet commun que le pays doit continuer, et de la même manière que ce n’est pas la politique de durcissement qui apaisera la vague de violence qui ravage le pays, ce n’est pas ce gouvernement extrémiste et ses réformes radicales qui vont sortir le pays de la crise qui couvait, fruit d’une gestation de 75 années, mais qu’il a fait éclater au grand jour.

Il faut redéfinir les lignes directrices de ce que doit être l’état juif, qui ne peut vraisemblablement ni être l’état laïque et européen souhaité par une partie de la gauche, ni l’état régi par les lois de la Torah souhaité par l’extrémité droite du spectre des opinions.

Il s’agit encore une fois, de créer l’état juif, sur base de nos textes, des acquis des expériences politiques du monde environnant, et des 75 ans d’expérience imparfaite que nous avons derrière nous.

Il n'y a pas tant à appeler au feu qu'à se mettre au travail ! 

dimanche 30 juillet 2023

L’impératif de demain. Quelques réflexions supplémentaires sur notre difficile situation socio politique..


Les discussions et les avis d’experts se focalisent beaucoup sur cette réforme juridique mais je crains qu’elle ne soit pas le centre.

De la même manière, ce n’est pas le likoud ni même Netanayahou, ou encore Levine ou Rothman qui sont le centre du panorama humain de cette crise.

La réforme du système ne survient que parce que sans elle certains élements - qui sont le centre - ne pourront être menés à bien.

Je vais tenter ici d’écrire quelque chose qui n’ira pas dans le sens de fustiger « les autres », qu’il faut maintenant dépasser, mais bien plutôt de tenter la recherche du vivre ensemble. Comme j’ai entendu ce matin quelqu’un le dire, un état n’est pas un lieu de mise ensemble de gens qui pensent tous pareil, mais bien plutôt - et l’état juif en particulier - un lieu où des gens différents réussiront la vie ensemble. Je me distancie par exemple de prises de position comme celle de Amnon Rubinstein publiée ces derniers jours, et qui annonce la séparation. Nous vivons au sens large une époque de divorce trop facile. On se persuade trop facilement que le divorce va être la solution. On le voit et l’éspère comme une fin, comme la fin souhaitée, et on ne se rend que trop tard compte qu’il n’est en fait qu’un commencement, parfois le commencement d’une étape plus difficile que celle qui vient de s’achever.

Et donc quel serait le véritable centre ? Et l’acteur principal ?

Notre système electoral - très imparfait - nous fait croire que ce sont les grands partis qui tiennent le devant de la scène, alors que ce sont en réalité les petits, plus extrémistes par nature.

Ce ne sont pas ainsi ni Bibi, ni Lévine, likoudnikim, qui sont au centre. Et ce n’est pas la réforme qu’ils mènent qui est le sujet central de notre crise, mais elle ne se fait que pour servir les intérêts du sujet central.

Ce sujet est la place du judaïsme dans l’état juif.

Pour ceux qui ont créé le pays et ont signé la déclaration d’indépendance, le judaïsme est l’élément déclenchant mais il est loin d’être l’essence de l’état. Il s’agit -il s’agissait mais il s’agit encore - de créer un état européen. Un état moderne dans lequel ce sont les droits de l’homme et du citoyen, les acquits de la politique moderne, le droit aux femmes au vote et à la représentation comme exemple le plus vif, mais aussi droit des lbth+ , qui doivent présider.
Nul n’ignore que les dirigeants de ce pays ont presque toujours été soit franchement anti religieux, soit traditionnalistes, mais bien plus voués aux éléments sus nommés qu’à la Torah.

Aujourd’hui, quelques 35 députés voient l’état différemment. Et la coalition actuelle les représente. Elle les représente d’autant plus qu’ils étaient exclus du précédent gouvernement, elle les représente alors qu’ils ont sur l’estomac comme une pulsion de revanche vieille de 20 ans pour ceux qui limitent leur regard au désengagement de la bande de Gaza, pulsion de revanche vieille de 75 ans pour ceux qui remontent à la création de l’état.

Il n’y aura de progression qui ne soit pas guerre civile (il n’y aura pas - du moins je ne crois pas - de divorce par consentement mutuel) qu’au prix d’un accord à fabriquer sur ce sujet.

Il inclut la place qui doit désormais être donnée à la Torah concernant :
⁃ la place des lois de la Torah ( et il faut trouver un juste milieu entre ceux pour lesquels cette situation post électorale est l’occasion plurimillénaire d’instaurer l’état juif au centre duquel est la Torah, et ceux qui inscrivent sur les pancartes מדינת הלכה הלכה המדינה - un état mené par la loi juive est la fin de l’état),
⁃ concernant la géographie (et il faut pour cela se mesurer à la question de ces territoires, qui sont pour les uns des territoires conquis par la guerre et donc illégitimes, tandis qu’ils ne sont pour les autres que la concrétisation directe de ce que doit être l’état juif annoncé par la Torah),
⁃ concernant les droits et la représentation des femmes dans le pays,
⁃ concernant les non-juifs (et en premier lieu les arabes au sujet desquels les uns souhaitent ne pas leur donner de droits, par peur démographique qu’ils ne deviennent majoritaires, ou par xénophobie - voire racisme -, et ceux aux yeux desquels il ne saurait y avoir d’état démocratique sans d’égalité de citoyenneté),
⁃ concernant aussi - mais à mon sens de façon moins aiguë - la notion de service national.

Si il est clair qu’on ne fait la paix qu’avec ses ennemis, nous sommes aujourd’hui dans une situation de deux moitiés d’un seul corpus électoral, et donc deux moitiés d’un seul pays qui doivent trouver le moyen de finir par dialoguer et fabriquer une plateforme d’accord sur tous ces sujets qui sont eux le centre.

Ne peut pas se poursuivre la situation actuelle de bras de fer, qui risquera peut-être de tourner à la guerre civile, à l’issue de laquelle il n’y aura que des perdants.

Jusqu’ici, seules les étapes de Yom Hazikaron-yom haatsmaout, puis de 9 beav ont été comme de brèves interruptions de l’état de belligérance, mais celui-ci a réapparu dès la fin de chacune de ces journées, qu’elles aient été de deuil ou de réjouissance nationale.

Ceux qui sont sûrs d’avoir gagné les précédentes élections - mais qui vivent bizarrement la situation actuelle comme continuation de leur frustration, et le camp adverse doivent impérativement « déposer les armes », avant que les armes véritables ne viennent prendre la parole, et définir ensemble
⁃ des outils (parmi lesquels les anciens et actuels eis sauront suggérer le fameux « minimum commun » qui permet depuis cent ans aux membres de ce mouvement de jeunesse de vivre ensemble alors qu’ayant en son sein d’énormément differenetes façons d’être juif),
⁃ des temps d’élaboration de ce qui permettra à notre pays de surmonter ce qui le paralyse depuis maintenant sept mois, et de réussir un nouveau départ qui parait incontournable, mais qui est peut-être aussi prometteur.

Après tout, y a-t-il plus riche, plus nourrissant intellectuellement, que le bagage de deux mille ans de commentaires sur un texte (la Bible) qui est lui-même le livre le plus riche qui ait jamais été écrit ?

vendredi 23 juin 2023

Principe de plaisir, principe de réalité suite - grandes inquiétudes.

 



Suite aux accords d’Oslo, en 1993, leurs opposants n’ont pas mâché leurs mots. A leurs yeux, ceux qui les ont concoctés puis signés sont de véritables criminels, qui ont vendu le pays. Les mêmes ont pensé la mème chose du retrait de tsahal du Liban, et ont le même regard sur le désengagement de la bande de Gaza en 2005, considérant qu’outre renoncer à des territoires qui seraient nôtres au chapitre biblique, ces démarches aggravent la situation sur le terrain, nous affichent comme perdants aux yeux du hizballah, ont provoqué l’arrivée au pouvoir du hamas, et pire encore, ont chassé des israéliens de leurs maisons, recréant comme un exil. Ceux-là ne parlent pas du désengagement de 2005 mais de l’exil de 2005, utilisant le même terme en hébreu que celui utilisé pour l’exil des juifs d’Espagne en 1492.

Depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel gouvernement, il y a six mois, sont morts 27 juifs dans une vague d’attentats qui parait ne donner aucun signe de ralentissement, qui fait littéralement bondir les statistiques annuelles (depuis 20 ans les attentats n’ont fait que trois fois plus de 20 morts annuellement), et qui a déjà donné lieu à une opération militaire (glorieuse forcément. L’armée la plus éthique au monde…).

Hier, ce gouvernement ayant affiché à son programme, outre la réforme du système judiciaire qui met quelques 150000 à 200000 manifestants dans les rues du pays tous les samedis soir, et parfois aussi en semaine depuis maintenant 25 semaines, outre un programme de légalisation de dispenses du service national chez la population ultraorthodoxe - qui constitue un aggravement de la situation, ainsi qu'un programme officiel d’encouragement à l’implantation, la ministre « de l’implantation »  réagissait ainsi à la question à elle posée par le journaliste de galé tsahal
⁃ « quoi penser de cette donnée alarmante de 27 morts et de vague de terrorisme? » :
⁃ « il est temps de réagir, avec fermeté. » disait-elle,  en ajoutant :
⁃ « vous vous rendez compte qu’alors qui arabe qui veut travailler dans le centre du pays doit produire un certificat de casier judiciaire vierge, peut circuler en toute liberté partout, et y compris sur les routes de Judée Samarie et près des implantations n’importe qui ! Même un terroriste potentiel ! » et en concluant :
⁃ « il faut changer cela d’urgence ! ».

Autrement dit, le projet de cette citoyenne éclairée serait je suppose d’augmenter la quantité de barrages de contrôle, mais en fin de compte, de considérer tout personnage arabe comme potentiellement terroriste, et donc à museler. !!

Mis à part que ceci en dit long sur la conception des droits de l’homme dans cette partie de la coalition (le « sionisme religieux » auquel appartient cette ministre, ainsi que « la force juive » de Ben Gvir, ainsi que bon nombre d’électeurs et d’élus du courant ultraorthodoxe pensent dans ce même sens), il faut se demander à quoi s’attendent ces gens ?

Il faudrait pour eux  apparemment « mater » les arabes de manière à ce qu’ils comprennent qui est le chef, qui est l’occupant légitime de ce pays, de manière à ce qu’ils fassent leurs bagages et s’en aillent.

Ces gens ne rapprochent pas la politique de l’éducation ou de la sociologie et la psychologie. Ils savent concernant leurs relations à leurs enfants, leur famille, leurs voisins, que la haine engendre la haine, que le mauvais traitement engendre la pulsion de vengeance, que le mépris ne développe que haine et mépris. Mais ceci n’est pas valable pour le voisin arabe. Celui-ci n’est visiblement pas un être humain à leurs yeux. Celui-ci est un sous-être, mi potentiellement terroriste mi bête sauvage. On ne parle ni avec les terroristes ni avec les bêtes sauvages, on les mate, on les contrôle et on les neutralise.

Ce mode d’humanité est extrèmement intolérable.

Il l’est d’autant plus qu’il s’exprime au nom de la Torah, que d’aucuns (dont moi) considèrent comme le trésor le plus abouti de l’humanité en termes de matériau éducatif à l’établissement d’une société juste et éthique, à la relation interpersonnelle. Ce n’est pas seulement Emmanuel Lévinas qui se retourne dans sa tombe, ce sont des centaines de rabbins intellectuels au fil des siècles et des continents, qui ont su y trouver matière à richesse, à enthousiasme, à humanisme, au progrès de la pensée,  et à enseignement. Ce n’est pas à une ignorance ou à un dédain pour la Torah que l’on assiste, c’est à une gigantesque destruction, à un détournement. C’est à mon sens LE h’iloul hachem.

C’est ce que nous savons faire de la Torah ? C’est le résultat de cette véritable explosion d’étude qu’ont donné l’état d’Israël, les yechivot, les universités, le monde moderne ?

Nous savons prôner le puritanisme pieux, le racisme, le « tout noir et blanc » et c’est tout ?

Manitou, lui qui avait entièrement adhéré à la situation d’Israël après la guerre des six jours comme pré messianique, avertissait cependant : le messianisme vers lequel tend Israël depuis des millénaires est un sujet sérieux, très sérieux. « Nous avons eu de la chance disait-il que personne ne se soit laissé aller à monter sur un âne blanc et à dire « je suis le messie » car alors, nous repartions en exil pour 2000 ans ».

Et je me pose le plus sérieusement du monde la question du regard à avoir sur cette conception exprimée haut et fort par Orit Struk, par Betzalel Smotritch, par Itamar Ben Gvir, et par certains ministres de chass ou de yahadout haTorah, mais non moins par ceux qui ont voté pour eux. Ne faut-il pas les voir comme ce que craignait Manitou ? Aucun ne monte sur un âne blanc et se proclame le messie, mais que vaut - et que coûtera - leur perspective « messianique » (puisque si ces territoires sont les nôtres, c’est uniquement au nom de la Bible, dans une perspective de fin des temps biblique, messianique) ? À un retour à combien de siècles d’exil vont-ils nous condamner avec leur extrémisme, leur cécité ?

En attendant, ils ne font que scier la branche sur laquelle nous sommes assis. Il suffit d’entrer dans un hôpital, d’examiner les voiries municipales ou de compter le nombre de chantiers de construction pour comprendre combien les arabes sont vitaux dans ce pays. Ils construisent et ramassent nos poubelles, mais aussi soignent. Heureusement pour nous, ils ne sont pas seulement la cheville ouvrière, ils sont aussi les entrepreneurs, les médecins, on compte parmi eux bon nombre de juges, d’universitaires, de députés mais ainsi ils sauront garder avant tout  le souvenir de l’humiliation que leur dispense cette coalition. Certains se rappelleront aussi que leur condition est peut-être meilleure, pour eux palestiniens, que dans bon nombre d’endroits sur la terre, mais rien de cela ne promouvoira (le verbe promouvoir n’existe donc pas au futur ???)  un quelconque processus de réconciliation, de respect mutuel, de vivre ensemble ou de paix.

Le messie n’est pas là, seul son âne est arrivé.

Il est urgent de faire entendre de nouveau un message éclairé, pluraliste, progressiste. Non que celui-ci se soit complètement tû, il y a quand même quelque 50 % de la population qui ne s’identifie pas avec cette mouvance, mais il faut bien reconnaître qu’elle s’exprime magistralement en dehors du champ toranique quand ce n’est pas contre lui. Il y a urgence. Sociale, politique, éducationnelle, relationnelle, intellectuelle…

mardi 23 mai 2023

Sur le chariot, le miracle et les richesses de l'étude des textes

Il est de ces textes du midrach, ou de la guemara qui n’ont pas leur pareil pour soudain déclencher une élévation, et faire se mettre en place des choses qu’on ne comprenait pas des années durant. Même si je n’ai jamais étudié le midrach avec lui, c’est sans aucun doute à Lévinas et à la lecture répétée de ses « lectures talmudiques », que je dois d’avoir eu le mérite de parfois éprouver cela dans le midrach, la plupart du temps au détour du chemin, en général en enseignant un texte que j’ai pourtant lu en privé, préparé, mais duquel ne sort la perle que dans cette situation collective. Il n’y a pas que Lévinas, instruit et inspiré par Chouchani, chez qui j’ai trouvé de telles perles. Daniel Epstein, Aviah Hacohen, Manitou ont aussi fourni de tels éclairages ponctuels, mais qui ont pu devenir déterminants. 

 Ce sont de telles perles, de tels éclairages qui font le judaïsme ce qu’il est à mes yeux, qui font ce qu’il est aux yeux de Rabbi Yokhanan, selon la agada racontée en eikha rabba 1, 37. Alors qu’il s’était rendu à l’enterrement d’un personnage réputé sage, il avait cédé sa place de premier conteur d’oraison funèbre à un inconnu, qui avait insisté pour prendre la parole, même avant Rabbi Yokhanan.

 Le propos du vieil homme était que la mort d’un sage attriste plus le Maître du monde que la destruction du temple ou que la mise en application des malédictions proférées par la Torah. Il faisait reposer sa thèse sur l’utilisation du mot « peleh » (chose magnifique) dans différents contextes bibliques. Le mot apparait ainsi au singulier dans les malédictions (les 98 malédictions du Deutéronome, devarim 28, 59), au pluriel dans le texte des Lamentations (Lamentations 1, 9), et au pluriel ajouté au singulier dans le contexte de la disparition d’un sage (décrit par le prophète Isaïe 29,14).

 Cette interprétation - sollicitation du texte laissa Rabbi Yokhanan pantois, et surtout lui fit découvrir combien un enterrement pouvait aussi donner à tel ou tel individu, occasion de s’élever à une compréhension qu’il n’avait pas encore atteinte, qu’il n’aurait peut-être jamais atteinte sans cette oraison. 

Une oraison qui lui faisait découvrir combien la perte d’un sage peut augmenter la sagesse derrière lui. Une oraison qui lui rendait accessible à la compréhension ce qui n’était alors à ses yeux qu’un texte incompréhensible (l’oxymore de Lam. 1,9 : la « magnifique catastrophe » ). 

Cette découverte est triple. Elle donne un sens à ce qui en parait dépourvu, elle vient enrichir son étude d’une nouvelle dimension, et elle se produit au cours d’un enterrement, c'est-à-dire que c’est comme une « naissance » née d’un enterrement, un peu comme si la mort recevait un nouveau sens.

 Le « chariot divin » et le « miracle » sont les deux thèmes au sujet desquels ces dernières semaines m’ont été l’occasion de trouvailles que je souhaite ici partager. 

 Le chariot divin est décrit dans la vision d’Ezéchiel, et passe pour être incompréhensible, inaccessible, a été tel à mes yeux au long de toutes mes années, et c’est à Aviah Hacohen que je dois d’avoir reçu à ce sujet comme une révélation, reposant encore une fois sur le midrach rabba. Ses acteurs sont les mêmes docteurs du talmud dont parle Lévinas, docteurs qui font tellement défaut aujourd’hui, malgré le développement en nombre de la population dont l’occupation unique est l’étude.

 La question sur laquelle s’interroge le midrach (en Bamidbar 2,17) est le mode de déplacement du peuple dans le désert, au sujet duquel la Torah dit que le peuple « avançait comme il stationnait », au rythme de la nuée, nuée de fumée le jour, nuée de feu la nuit. Quand elle était immobile, le peuple s’arrêtait, stationnait. Quand elle se mettait en route, le peuple avançait, se déplaçait.

 C’est une question logistique légitime de se demander comment a pu avancer pendant quarante ans dans un désert aux routes inexistantes, aux multiples dénivelés, une telle quantité d’individus (la tradition - la Torah ! - parle de six cent mille hommes, auxquels s’ajoutent les femmes, les enfants et les vieillards !).

 Et on est tentés de ne pas prendre à la lettre toute cette description, mais voici que le midrach s’obstine, et semble même chercher une preuve de la façon dont le convoi était organisé. 

Certains (Rabbi Hama bar Hanina) disent : il faut prendre le texte à la lettre. S’il dit que le peuple avançait de la manière dont il stationnait, et que l’on sait comment il stationnait puisque c’est décrit en détail (le sanctuaire au centre, la tribu de Lévi autour du sanctuaire, et quatre fois (selon les points cardinaux) trois tribus, alors on peut déduire que c’est sous cette forme qu’il avançait.

 Quelle surface occupent 2 millions de personnes disposés ainsi en carré ? Il est déjà presque impossible de les imaginer en campement, voici qu’il faut encore avaler que ce campement se déplaçait tel quel ! Une autre lecture, plus « raisonnable » (attribuée à rabbi Hochaya) dit que le peuple avançait « en ligne », ce qui est plus digeste, mais qui semble nous éloigner de ce qui pourrait ici être la vraie question : si le livre de la Genèse nous décrit la mise en place de la famille qui constituera la base de ce peuple, si le livre de l’Exode contient en son centre et avec moult détails la construction du sanctuaire, si le livre du Lévitique est centré sur le fonctionnement par le peuple de ce même sanctuaire (sacrifices, rôle de la tribu de Lévi), de quoi peut bien parler le quatrième livre de la Torah, si ce n’est de la façon dont le peuple va se déplacer avec ce sanctuaire, dans l’espace mais aussi dans le temps ? 

 Et nous retombons sur la question sur laquelle s’est ouvert ce sujet : comment va-t-on réussir ce challenge de se déplacer avec ce sanctuaire, ou avec cette Torah ? Comment va-t-on réussir à emmener tout le monde ? À garder tout le monde ? À long terme. Face…au désert, ça parait le plus facile quand on a en tête l’antisémitisme et l’assimilation, le pluralisme, la sociologie, obstacles bien plus difficiles à affronter.

 Et voici que le midrach se focalise sur les symboles des étendards de chaque tribu, symboles que Chagall a magnifiquement représentés sur les vitraux de la synagogue de l’hôpital Hadassa à Jérusalem, mais que l’on trouve presque dans toute synagogue, symboles qui reposent sur les bénédictions données par Yaakov (fin du séfer beréchit) et par Moché ( fin du séfer devarim)…, et que le midrach utilise pour considérer le chariot céleste vu par Ezéchiel comme représentant précisément notre sujet : celui du déplacement du peuple muni du sanctuaire. Le chariot était effectivement composé, de façon inexplicable, irreprésentable, de quatre « roues » (à moins que ces « ophanim » soient des anges et non des roues), avec feu et « h’achmal » (le mot utilisé en hébreu pour électricité mais comme interprétation de ce mot qui figure seulement dans ce livre d’Ezéchiel, et dont personne ne connait le sens), chacun pourvu de deux têtes d’animaux, qui sont justement le support de cette comparaison faite par le midrach (bamidbar rabbah sur bamidbar 2,7) entre la formation déployée du peuple et le chariot céleste. 

Le peuple aux prises avec le transport de la Torah, ce serait cela le chariot céleste, la vision d’Ezéchiel se rapporterait à cette si difficile tâche, à laquelle nous n’excellons peut-être pas tant que cela, et pour laquelle il faudrait bien une vision prophétique ne serait-ce que pour nous persuader qu’elle est possible, cette tâche de réussir et à nous déplacer (et qui parmi nous ignore combien notre déplacement géographique est loin d’être rectiligne ? Avec des ancêtres qui sont passés d’un pays à l’autre, avec des juifs aux quatre coins du globe si j’ose cette image..) et à nous maintenir dans le temps, au fil des siècles, en gardant la Torah (mais pas le sanctuaire..!) avec nous.

 Et même une fois les tribulations achevées, quand il s’avère - après s’être ému de constater que les juifs des extrémités de la terre et ne s’étant pas rencontrés parfois pendant mille ans ont la même Torah, le même calendrier et la même pratique à peu de variantes près - que le vivre ensemble est finalement plus compliqué que la survie en mode éclaté, quand il s’avère que l’existence du lieu de vie juif se heurte sans discontinuité à l’hostilité arabe en particulier, internationale de façon plus générale, on comprend en quoi cette image du déplacement géographique du peuple selon une disposition absolument anti aérodynamique ne rend que partiellement compte de cette difficulté. 

La vision d’Ezéchiel ce serait donc la garantie que tout cela, toute cette Histoire, est géré, est un projet divin, dont nous ne comprenons pas les tenants et les aboutissements, mais qui est ainsi plus digeste (à mon sens) qu’une réalité uniquement conjecturelle…reste encore la difficile question : pourquoi enseigner les sagesses secrètes du chariot divin est une des plus grandes interdictions de la Torah ? 

Pourquoi ne vivrait-on pas mieux si on comprenait le sens de toutes ces tribulations ? Continuons donc à réfléchir. 

Mais ceci nous fait quand même déboucher sur l’autre éclairage qui s’est présenté à moi aussi ces dernières semaines : cette notion de miracle qui est tellement difficile à cerner, en particulier dans sa sélectivité. 

Parce que qu’untel puisse dire qu’il a été sauvé et que c’est un miracle, qu’est-ce que cela veut dire pour ceux qui n’ont pas eu la chance de profiter de ce même miracle alors qu’ayant été dans la même situation ? Et donc si des miracles se produisent du fait de certaine protection divine, qu’est-ce qui fait qu’elle est si elliptique ? Et le monde ne pourrait-il pas être dirigé tout simplement ? Sans qu’il soit nécessaire que des miracles, et des interventions soient attendues ?

 Et voici que sur le verset 9 du premier chapitre des Lamentations de Jérémie, sur cet oxymore selon lequel Sion aurait « magnifiquement dégringolé » (ותרד פלאים serait-ce « L’obscure clarté qui tombe des étoiles » de Racine ?) le midrach trouve à expliquer que ces « plaïm » (ces merveilles) sont les miracles. Miracles dont le mot « Ness » remonterait à « nissaïon » (épreuve), et suite à sa réussite à surmonter l’épreuve, l’individu brandirait (à l’aide d’un étendard, « ness » en hébreu) la preuve de sa victoire ? 

Les miracles deviennent ainsi non des îlots d’intervention divine, mais le signe visible et montrable de la capacité de survie, ou de surmonter les obstacles de la vie. Une définition un peu laïque, terrestre, du miracle, mais qui serait de ce fait plus accessible par notre entendement… Deux éclairages concernant deux notions qui demeurent des énigmes bien actuelles, et au sujet desquelles il faut dissiper les ténèbres…tout en admettant (ou non..) que les ténèbres ne sont pas toujours à être entièrement dissipées.